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La raison et le réel

Le problème posé par ces 2 notions et leur rapprochement est double. C’est celui de :

  • la rationalité du réel. Y a-t-il de l’irrationnel dans le monde ? Y a-t-il quelque réalité qui échappe à toute explication ?
  • la réalité de la raison. Qu’est-ce que la raison et quelles figures prend-elle (de quelles définitions est-elle susceptible) ?

Des définitions.

  1. ce qu’est la raison, son effort pour expliquer, comprendre le réel.

– l’étymologie de raison : du latin ratio qui signifie le rapport, la relation. (cf. par ex. la raison d’une suite). Sans donner à l’étymologie plus d’importance qu’elle n’en a, nous allons retrouver cette idée de relation dans l’usage du mot raison.

  • définition  de la raison (de travail) : la raison est une faculté et un motif.

a) elle est une faculté humaine de penser, cad une capacité de l’homme (et non un organe) à se représenter le monde, à s’en faire des idées, associées à des mots, des signes d’une langue. Une représentation : ce qui est présent à l’esprit
La raison : faculté à classer le réel à l’aide de catégorie, ou si l’on veut de concepts (qui sont comme les étiquettes des ensembles qui classent, nomment les choses).
Faculté de juger : juger au sens logique signifie attribuer des propriétés à une chose. La raison attribue des propriétés aux choses qu’elle regroupe sous un même concept. Ex : relation de ressemblance, de causalité, de conséquence, etc.
La raison produit de cette façon une pensée du réel qui prend la forme d’un langage : c’est la dimension symbolique (le monde des signes, des mots) que l’homme interpose entre lui et le monde.

b) la raison est un motif qui rend compte du comportement des êtres intentionnels.
Ex : la raison de ma présence ici. A distinguer de la cause. Ex : la cause de ma chute est que j’ai trébuché sur une pierre. La cause n’est pas un motif qui me pousse à agir, mais une action qui a lieu sur moi.

2. ce qu’est le réel (définition de travail) : ce qui est indépendant de moi.

On confond volontiers réel et sensible. Même s’il y a du bien-fonde à considéré comme réel ce qui est donné à mes sens, cela ne suffit pas. Ex : la réalité des rayons infrarouges, de l’infiniment petit.

Le réel est ce qui existe indépendante de moi, de mon esprit, de mon imagination, de mes désirs, de ma volonté. Le réel n’est pas ce que je pense ou veux. Il n’est pas une fiction de mon esprit, un fantasme de mon imagination et de mes désirs, un décision de ma volonté. Il ne s’y oppose pas nécessairement mais il n’est pas cela. Il est indépendamment de moi, sans que j’y puisse rien, même s’il m’est donné la possibilité de la changer. Changer le réel suppose d’abord qu’on ait reconnu son existence.

Le réel a donc une double dimension. Une dimension à la fois la métaphysique ou existentielle : il est une existence posée indépendamment de la mienne, que je la reconnais ou non. Une dimension pratique : il est ce avec quoi je dois faire quand j’agis, ce contre quoi je me bute ou ce sur quoi je m’appuie.

Des textes.

Rappel : le problème que nous examinons est double.

– c’est celui de la rationalité du réel : le monde tel qu’il est est-il un tout organisé, ordonné selon des lois, ou au contraire, du fait de son désordre, échappe-t-il à toute compréhension ?

– c’est celui de la réalité de la raison. Quel sens précis donne-t-on au mot raison lorsque l’on qualifie telle ou telle réalité de rationnelle ? Y a-t-il une plusieurs définitions de la raison ?

Les auteurs, les textes que nous allons voir ensemble répondent différemment à ces questions. Pour l’essentiel, certains auteurs affirment la rationalité du réel, tandis que d’autres au contraire la nie ou la relativise.

2 penseurs rationalistes :

– le texte de Marc-Aurèle : Marc-Aurèle est un empereur romain. C’est aussi un philosophe. Il appartient à ce courant de la pensée antique qu’est le stoïcisme.

Les stoïciens sont convaincus que le monde est soumis à un ordre rationnel strict. Tout ce qui arrive est donc nécessaire, cad conforme à cet ordre rationnel divin, qui définit un destin. Il est donc inutile de vouloir s’y soustraire, encore plus de s’y opposer. Au contraire, il faut l’accepter.

D’où le texte : chaque homme, être raisonnable, est membre de ce grand tout qu’est le monde. Sans lui, il n’est rien. Cf. l’image du corps et de ses membres : un homme qui croit pouvoir exister sans les autres hommes et comme un bras ou une jambe qui prétendrait exister sans le corps complet.
Il faut méditer sur ce lien étroit, organique qui nous lie à l’ensemble des hommes et du monde, à l’ordre rationnel qu’il compose. Aimer le monde tel qu’il est, l’accepter pleinement, c’est finalement s’accepter pleinement soi-même.

– le texte de Hegel : Hegel est un philosophe du 19ième s. Il est célèbre pour sa philosophie de l’histoire. Hegel pense derrière son apparence chaotique (son lot de guerres, de violences arbitraires, de changements imprévisibles), l’histoire humaine suit un certain ordre rationnel qui est dialectique, cad conflictuel. La rationalité du monde se réalise à l’aide de son contraire : les passions humaines (cad les intérêts individuels).
Le moteur de l’histoire est le grand homme, celui dont l’ambition, l’énergie, le sens de l’opportunité sont tels qu’il en devient capable d’agir de façon forte sur son temps, et par là il réalise, à son insu, un plan de la raison.
L’exemple que donne Hegel est Napoléon, chef politique et militaire conquérant, dont l’ambition va certes mener la France à la défaite, mais aussi bouleverser l’ Europe de son temps (les monarchies d’ancien régime), et propager l’idéal révolutionnaire d’un Etat moderne fondé en droit. Le grand homme n’est pas lui-même conscient de ce qu’il réalise. Il est utilisé par la Raison (que Hegel appelle aussi l’Esprit) à la façon d’une ruse : c’est la passion qui aide à la réalisation d’un idéal rationnel.

Le texte donné est compliqué. Pour l’essentiel il faut retenir que l’histoire n’est pas livrée au hasard. Elle est la réalisation d’un ordre rationnel, la Raison divine ou absolue (cf dernier §).

 

1 penseur rationaliste mais critique : Kant est aussi un philosophe allemand mais du 18ième s.

Le point de départ de sa réflexion : on ne peut pas d’emblée affirmer que le monde, tel qu’il est donné à notre perception ou expérience sensible, soit rationnel. Pourtant, il existe une connaissance rationnelle de ce monde : les sciences physiques. Comment les sciences sont-elles possibles si le monde n’est pas d’emblée rationnel ?

La réponse de Kant : la rationalité du monde est en fait celle de la raison humaine. La raison humaine ordonne le réel, lui donne une forme rationnelle si l’on veut, à l’aide de ses catégories a priori (avant toute expérience, cad innées). Les catégories sont des concepts purs et généraux de l’entendement (raison) qui mettent en forme la matière de l’expérience sensible.

La connaissance scientifique est un mixte, à la façon d’un gâteau (!) : la matière est le donné sensible de l’expérience (l’appareil en pâtisserie) , la forme est la raison, ses catégories (le moule), le résultat est la science (le gâteau). D’où le titre du texte : la raison prend les devants. Elle donne une forme rationnelle à notre connaissance du monde.

Conséquence : nous ne connaissons le monde qu’à travers cette forme donnée par notre raison. Kant dit que nous ne connaissons que les phénomènes du monde (le monde tel qu’il nous apparait), et non le monde en lui-même (ce que kant appelle le noumène).

2 textes plus critiques sur la rationalité du monde.

– le texte de Pascal : Pascal est un philosophe français du 17ième s. Un savant brillant (il invente les probabilités) et un esprit critique. Les Pensées sont un recueil de textes inachevé. Pascal voulait montrer la misère de l’homme sans Dieu. Pour lui, la raison ne suffit pas rendre compte de la condition humaine dans l’univers. Il faut donc penser un Dieu et la foi si l’on ne veut pas conclure que la vie est absurde.

Le texte : il décrit l’état d’ignorance, de désarroi de l’homme sans Dieu. La raison permet de connaître que nous ne sommes rien dans un univers infini (l’espace), et que la mort nous attend (le temps), mais elle n’est pas capable de donner sens à notre existence. Il y a donc un irrationnel : celui de l’existence humaine. La foi est nécessaire pour le dépasser. Elle est cette croyance nécessaire au dépassement de l’irrationnel de l’existence.

– le texte d’Einstein : Einstein est un savant très célèbre qui au début du 20ième s. a révolutionné la science physique avec la théorie de la relativité.

le texte ; il défend l’idée que la science est de formation double. Elle dépend à la fois de l’expérience sensible, dont elle cherche à rendre compte, mais aussi de la raison humaine, qui crée des concepts pour nommer, expliquer les phénomènes. Ces concepts acquièrent un haut degré d’indépendance par rapport à l’expérience sensible, de sorte que nous en parlons comme s’ils s’agissaient de réalités en elles-mêmes.
Pourtant ce sont des créations de l’esprit humain. Mais le fait est là : elles aident à comprendre le monde tel qu’il est. Le plus étrange, c’est que le monde se laisse expliquer par de tels concepts.
A noter : la relation avec Kant, qui est cité dans le texte. Pour Kant et Einstein, la raison humaine participe de façon active à la construction d’une pensée rationnelle, scientifique du monde. Mais alors que pour Kant, ce rôle de la raison est pensée de façon générale, une fois pour toutes : ce sont les catégories (innées) de la raison qui définissent la forme de toute connaissance, pour Einstein, chaque nouvelle théorie scientifique  crée de nouveaux concepts qui sont une nouvelle façon de penser le monde. La théorie de la relativité par ex. pense de nouvelles façons les concepts de temps, de masse, d’énergie. Elle élabore un nouveau modèle du monde.

 

 

 

 

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