texte de Spinoza : les hommes sont dans l’ignorance des causes qui les font agir.

« Il suffira pour le moment de poser en principe ce que tous doivent reconnaître : que tous les hommes naissent sans aucune connaissance des causes des choses, et que tous ont un appétit de rechercher ce qui leur est utile, et qu’ils en ont conscience. De là suit : I° que les hommes se figurent être libres, parce qu’ils ont conscience de leurs volitions (1) et de leur appétit (2) et ne pensent pas, même en rêve, aux causes par lesquelles ils sont disposés à appéter et à vouloir, n’en ayant aucune connaissance. Il suit : 2° que les hommes agissent toujours en vue d’une fin, savoir l’utile qu’ils appètent. D’où résulte qu’ils s’efforcent toujours uniquement à connaître les causes finales (3) des choses accomplies et se tiennent en repos quand ils en sont informés, n’ayant plus aucune raison d’inquiétude. S’ils ne peuvent les apprendre d’un autre, leur seule ressource est de se rabattre sur eux-mêmes et de réfléchir aux fins par lesquelles ils ont coutume d’être déterminés à des actions semblables, et ainsi jugent-ils nécessairement de la complexion (4) d’autrui par la leur. »

Spinoza, Ethique, (1677), Livre I « De Dieu », Appendice, trad. C. Appuhn.

Notes : 1 : actes de la volonté. 2: tendance, désir (appéter signifie tendre vers). 3 ce en vue de quoi les choses sont faites, but poursuivi. 4 : la constitution d’un individu, la façon dont il est fait naturellement.

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