texte de Kant : penser le Je.

  « Posséder le Je dans sa représentation: ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne, c’est-à-dire un être entièrement différent, par le rang et la, dignité, de choses comme le sont les animaux sans raison, dont on peut disposer à sa guise; et ceci, même lorsqu’il ne peut pas dire Je, car il l’a dans sa pensée; ainsi toutes les langues, lorsqu’elles parlent à la première personne, doivent penser ce Je, même si elles ne l’expriment pas par un mot particulier. Car cette faculté (de penser) est l’entendement.

  Il faut remarquer que l’enfant, qui sait déjà parler assez correctement, ne commence qu’assez tard (peut-être un an après) à dire Je; avant, il parle de soi à la troisième personne (Charles veut manger, marcher, etc.); et il semble que pour lui une lumière vienne de se lever quand il commence à dire Je ; à partir de ce jour, il ne revient jamais à l’autre manière de parler. Auparavant il ne faisait que se sentir; maintenant il se pense. » 

Emmanuel KANT, Anthropologie du point de vue pragmatique, 1797. Trad. Michel Foucault, Vrin, 1964, p. 16.

 

Ce texte a pour objet la faculté de penser humaine, appelée ici l’entendement (fin 1er §), dans la mesure précise où elle lui permet de se penser (« posséder le je dans sa représentation »). On peut donc dire qu’il a pour objet la pensée ou conscience de soi (conscience réflexive).

Cette notion de conscience de soi est examinée selon 2 dimensions qui sont présentées ici à l’aide de 2 distinctions, 2 oppositions fortes : celle entre la personne et la chose (1er §) puis celle de la sensibilité et de la pensée (2nd §). Le problème posé dans ce texte est donc celui des implications de la conscience de soi, mais aussi celui de ses manifestations.

Dans le 1er §, la notion de personne est pensée en lien avec les notions de temps, d’animal et de langage. Ce rôle du langage est repris dans le 2nd § pour distinguer sensibilité et pensée. C’est la raison pour laquelle on peut distinguer 2 moments dans le texte : le premier est composé des 1ères lignes du 1er § (jusqu’à « sa guise ») et il porte sur la notion de personne. Le second est la suite et fin du texte et il pour objet la pensée, plus exactement sa manifestation (ou non) dans le langage.

 

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