Texte de Kant : de l’autorité d’autrui.

« Lorsque, dans les matières qui se fondent sur l’expérience et le témoignage, nous bâtissons notre connaissance sur l’autorité d’autrui, nous ne nous rendons ainsi coupables d’aucun préjugé ; car, dans ce genre de choses, puisque nous ne pouvons faire nous-mêmes l’expérience de tout ni le comprendre par notre propre intelligence, il faut bien que l’autorité de la personne soit le fondement de nos jugements. Mais lorsque nous faisons de l’autorité d’autrui le fondement de notre assentiment à I’égard de connaissances rationnelles, alors nous admettons ces connaissances comme simple préjugé. Car c’est de façon anonyme que valent les vérités rationnelles ; il ne s’agit pas alors de demander : qui a dit cela ? mais bien qu’a-t-il dit ? Peu importe si une connaissance a une noble origine ; le penchant à suivre l’autorité des grands hommes n’en est pas moins très répandu tant à cause de la faiblesse des lumières personnelles que par désir d’imiter ce qui nous est présenté comme grand. »

Kant, Logique (1800)
Note : un assentiment est un accord.

Le plan. Le texte de Kant examine 2 situations :

a) la 1ère situation : une personne fonde son jugement sur l’expérience d’une autre personne, qui joue alors le rôle d’autorité (référence).
Ex : j’affirme qque chose d’un pays que je n’ai pas visité, et je me fonde pour cela sur le témoignage d’une autre personne.

La thèse et l’argument ce cette partie : dans ce cas, mon jugement n’est pas un préjugé.
Argt : comme notre expérience est limitée, il est nécessaire que nous fondions certains de nos jugements sur celle d’autrui.

b) La 2ième situation : une personne fonde son assentiment (accord) sur le raisonnement d’une autre personne.
Ex : j’affirme que 2 + 2 = 4, ou qu’il faut préférer son ami à son chien (ex. tirés d’un texte célèbre de Malebranche).

La thèse et l’argument de cette partie : dans ce cas, mon jugement est un préjugé, ce qui est critiquable.
Argt : les vérités rationnelles sont anonymes. Nous pourrions dire autrement : elles n’expriment rien de personnel. Elles reposent simplement sur un usage correct de sa raison, faculté commune à tous les hommes. D’où la question n’est pas « Qui a dit cela ? », mais « Qu’a-t-il dit ? »

Conséquence : adopter sans réflexion le jugement d’un grand homme est un préjugé. Mais cela est répandu, car le désir d’imiter est important

Le problème discuté dans le texte : fonder son jugement sur l’expérience d’autrui, est-ce se rendre coupable de préjugé ?
La réponse (thèse) : non (cf. raisons évoquées plus haut). Mais cela l’est lorsqu’il s’agit de connaissances rationnelles.

L’intérêt philosophique : il est multiple.

a) Cela peut être celui de la valeur de connaissance que nous devons reconnaître à l’expérience personnelle, celle d’autrui mais aussi la nôtre (pour autrui). 

En général, l’expérience personnelle a une valeur de connaissance moindre, justement à cause de son caractère personnel. Mais paradoxalement, cela lui donne plus de légitimité à être reprise comme fondement, car elle ne prétend pas au satut de vérité impersonnelle des connaissances rationnelles.

b) mais c’est aussi celui de la définition du préjugé. Kant limite ici la définition du préjugé aux connaissances rationnelles, cad à ses seules connaissances où il est possible à un homme de juger rationnellement d’abord. S’il affirme sans raisonner, alors il répète un préjugé.

On peut critiquer cette conception et trouver pour le moins dangereux de fonder son jugement sur le simple témoignage d’autrui, sa seule expérience sommes toute très relative.  Kant le sait bien, et ne nous y oblige pas. On pouvait néanmoins s’attendre à ce qu’il nous recommande d’adopter une certaine distance critique à l’égard des témoignages d’autrui avant d’en faire le fondement de nos jugements. Par ex : s’interroger sur la personne qui témoigne, ses intentions, ses intérêts, la cohérence de ses propos, etc.

c) cela pourrait être aussi le penchant des hommes à suivre l’autorité des grands, en clair, la soumission de leur esprit à la tradition ou la réputation.

https://www.philomag.com/bac-philo/annales/explication-de-texte-kant-7426

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