Texte de Hobbes : ce qu’est la liberté politique.

« Étant donné […] qu’il n’existe pas au monde de République où l’on ait établi suffisamment de règles pour présider à toutes les actions et paroles des hommes (car cela serait impossible), il s’ensuit nécessairement que, dans tous les domaines d’activité que les lois ont passés sous silence, les gens ont la liberté de faire ce que leur propre raison leur indique comme leur étant le plus profitable. Car si nous prenons la liberté au sens propre de liberté corporelle, c’est-à-dire de ne pas être enchaîné ni emprisonné, il serait tout à fait absurde, de la part des hommes, de crier comme ils le font cette liberté dont ils jouissent si manifestement. D’autre part, si nous entendons par liberté le fait d’être soustrait aux lois, il n’est pas moins absurde de la part des hommes de réclamer comme ils le font cette liberté qui permettrait à tous les autres hommes de se rendre maîtres de leurs vies. Et cependant, aussi absurde que ce soit, c’est bien ce qu’ils réclament ; ne sachant pas que leurs lois sont sans pouvoir pour les protéger s’il n’est pas un glaive entre les mains d’un homme (ou de plusieurs) pour faire exécuter ces lois. La liberté des sujets ne réside par conséquent que dans les choses que le souverain, en réglementant les actions des hommes, a passées sous silence, par exemple la liberté d’acheter, de vendre, et de conclure d’autres contrats les uns avec les autres, de choisir leur résidence, leur genre de nourriture, leur métier, d’éduquer leurs enfants comme ils le jugent convenable et ainsi de suite ».

HOBBES, Léviathan (1651)

Ce texte a été donné au bac 2017 en terminale ES.

Première lecture :

– on remarque l’importance prise par la notion de liberté et secondairement celle de loi.

– Attention à l’expression : « être soustrait aux lois » qui signifie « ne pas être soumis aux lois ».

– compréhension phrase par phrase (simple paraphrase) :

Hobbes commence par affirmer que compte tenu que les lois ne peuvent pas tout régir (c’est une impossibilité de fait), la conséquence est que ce qu’elles n’interdisent pas est autorisé. La liberté est donc dans ce silence des lois. Hobbes précise tout de même que les gens suivent leur raison et font ce qui leur est profitable.

Puis il réfute par l’absurde la thèse que la liberté consisterait dans la possibilité corporelle de se mouvoir, puisque celle-ci est déjà donnée. L’absurdité ici consiste à réclamer qque chose (une liberté corporelle) que l’on a déjà. Comprenons : réclamer la liberté, c’est réclamer autre chose que la liberté corporelle, qque chose de plus qu’elle.

Il continue par une seconde réfutation par l’absurde, celle que la liberté consisterait à ne pas être soumis aux lois. L’absurdité ici consiste dans le fait que l’absence de pouvoir des lois entraîne que les actions des hommes ne sont plus empêchées, ce qui a pour conséquence que chacun peut se rendre maître de la vie d’un autre. C’est l’idée d’un « état de nature » qui pour Hobbes équivaut à un état de guerre civile, de tous contre tous. Il est absurde d’affirmer que c’est un état libre de l’homme, puisque faute de sécurité, il n’y a plus de liberté.

Par la suite, Hobbes affirme contient le pouvoir exécutif (le glaive) d’un Etat est nécessaire pour la sécurité et donc la liberté, ce pouvoir exécutif étant soumis aux lois (ce n’est pas une violence arbitraire).

Enfin, le texte se termine par une reprise de la définition de la liberté politique : elle consiste en tout ce que les lois autorisent, cad ce qu’elles n’interdisent pas, ce sur quoi elles se taisent. Des exemples sont donnés : achat/vente, résidence, régime alimentaire, choix d’une profession, éducation des enfants, etc.

Mise en valeur du problème et de l’intérêt du texte. 

On voit clairement que le problème du texte est celui de la compréhension de ce qu’est la liberté. Ce qu’elle n’est pas, et que Hobbes réfute : la simple mobilité du corps, sans les lois; des lois sans force pour être appliquées. Ce qu’elle est : le silence des lois pourrait-on dire de façon imagée, soit l’ensemble des conduites qu’elles n’interdisent pas, voire dont elles ne s’occupent pas. Intérêt ici : on voit que les hommes n’ont pas intérêt à avoir des lois sur toute chose, car cela réduit leur liberté d’autant. Il s’agit donc pour être libre de ne pas avoir trop de lois, mais au moins celles qui assurent la sécurité de tous.

On peut donc dire de ce texte qu’il est à la fois une défendre d’un Etat fort, capable d’assurer la sécurité, mais aussi d’un Etat limité quant aux domaines d’actions soumis aux lois. Il est donc de ce point de vue un texte libéral : limitation de l’autorité de l’Etat afin d’assurer la liberté politique des hommes.

Le mouvement du texte : 3 moments se dégagent assez bien, mais ils ne sont pas forcément équilibrés.

– les 5 premières lignes: définition de la liberté politique selon Hobbes.

– de la ligne 5 à la ligne 14 : 2 réfutation successives de mauvaises conceptions de la liberté. On s’attardera sur la 2nde qui est en fait la réfutation d’une conception très populaire de la liberté, celle de faire ce que l’on veut sans être soumis par aucun règlement ni contrainte.

– de la ligne 24 à la fin : reprise de la définition de la liberté politique, avec des exemples.

Un corrigé possible ici : http://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/leviathan-hobbes-1651-24434

 

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