texte de Descartes : ce que c’est que penser.

« 9. Ce que c’est que penser
Par le mot de penser, j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous-mêmes; c’est pourquoi non seulement entendre, vouloir, imaginer, mais aussi sentir, est la même chose ici que penser. Car si je dis que je vois ou que je marche, et que j’infère(l) de là que je suis; si j’entends parler de l’action qui se fait avec mes yeux ou avec mes jambes, cette conclusion n’est pas tellement infaillible, que je n’aie quelque sujet d’en douter, à cause qu’il se peut faire que je pense voir ou marcher, encore que je n’ouvre point les yeux et que je ne bouge de ma place; car cela m’arrive quelquefois en dormant, et le même(2) pourrait peut- être arriver si je n’avais point de corps; au lieu que si j’entends parler seulement de l’action de ma pensée ou du sentiment, c’est-à-dire de la connaissance qui est en moi, qui fait qu’il me semble que je vois ou que je marche, cette même conclusion est si absolument vraie que je n’en puis douter, à cause qu’elle se rapporte à l’âme, qui seule a la faculté de sentir ou bien de penser en quelque autre façon que ce soit. « 
René Descartes, Principes de la philosophie (1644), partie I, § 9, Éd. Gallimard, coll. «Bibliothèque de la Pléiade », 1966, p. 574.

1. j’infère : je déduis.
2. le même : la même chose.

Le texte se divise aisément en deux moments :

– jusqu’à la ligne 9.
Descartes commence par définir la pensée de façon générale : « tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous-mêmes ». Cette aperception de soi, en langage plus moderne, est appelée la conscience de soi. Penser signifie pour Descartes être conscient de ce qui se passe en nous. Aussi tout acte qui s’accompagne de conscience de soi est-il pensée : vouloir, imaginer, sentir, etc.
Par contre, marcher, qui est une action du corps, ne s’accompagne pas nécessairement de conscience de soi (ex. du somnambulisme).

– après la ligne 9, « au lieu que.. ».
A l’inverse, toute activité de pensée en moi , y compris la pensée que je marche, s’accompagne nécessairement de la conscience que je pense (attention à bien distinguer ici entre l’action de marcher, qui est celle de corps, et l’action de penser que je marche, qui est celle de l’âme). Toute conscience est conscience de soi, toute pensée est pensée de soi : c’est la réflexivité inhérente à la pensée. Pour Descartes, l’activité de pensée se rapporte à l’âme seule, distincte du corps.

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