texte de Darwin : naissance du sens moral.

« Un être moral est quelqu’un qui est capable de réfléchir sur ses actions passées et sur leurs motifs -d’en approuver certains et d’en désapprouver d’autres ; et le fait que l’homme soit le seul être qui mérite assurément cette qualification constitue la plus grande distinction qui soit entre lui et les animaux inférieurs. Mais dans le quatrième chapitre, je me suis efforcé de montrer que le sens moral procède, premièrement, de la nature durable et toujours présente des instincts sociaux ; deuxièmement, de l’appréciation par l’homme de l’approbation et de la désapprobation de ses semblables ; et troisièmement, de la haute activité de ces facultés mentales, assortie d’impressions passées extrêmement vivaces ; et sous ce dernier rapport il diffère des animaux inférieurs. En raison de cette disposition d’esprit, l’homme ne peut s’empêcher de regarder à la fois en arrière et en avant, et de comparer des impressions passées. Ainsi donc, après qu’un désir ou une passion temporaire a jugulé ses instincts sociaux, il réfléchit et compare l’impression maintenant affaibli de ces impulsions passées avec les instincts sociaux toujours présents ; et il ressent ce sentiment de déplaisir que tous les instincts insatisfaits laissent derrière eux, il prend donc la résolution d’agir différemment à l’avenir – c’est la conscience. Tout instinct constamment plus fort ou plus durable qu’un autre fait naître un sentiment que nous exprimons en disant qu’il faudrait lui obéir. Un chien d’arrêt, s’il était à même de réfléchir sur sa conduite passée, se dirait à lui-même «j’aurais dû (comme en fait nous le disons de lui) tombé en arrêt devant ce lièvre et non pas céder à la tentation passagère de le chasser».
Darwin, La filiation de l’homme et le sélection liée au sexe, chap.26

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