Texte de D.Hume : relations d’idées et choses de fait.

« Tous les objets sur lesquels s’exerce la raison humaine ou qui sollicitent nos recherches se répartissent naturellement en deux genres: les relations d’idées et les choses de fait. Au premier genre appartiennent les propositions de la géométrie, de l’algèbre et de l’arithmétique, et, en un mot, toutes les affirmations qui sont intuitivement ou démonstrativement certaines. Cette proposition: le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés, exprime une relation entre ces éléments géométriques. Cette autre: trois fois cinq égalent la moitié de trente, exprime une relation entre ces nombres. On peut découvrir les propositions de ce genre par la simple activité de la pensée et sans tenir compte de ce qui peut exister dans l’univers. N’y eût-il jamais eu dans la nature de cercle ou de triangle, les propositions démontrées par Euclide n’en garderaient pas moins pour toujours leur certitude et leur évidence.

Les choses de fait, qui constituent la seconde classe d’objets sur lesquels s’exerce la raison humaine, ne donnent point lieu au même genre de certitude; et quelque évidente que soit pour nous leur vérité, cette évidence n’est pas de même nature que la précédente. Le contraire d’une chose de fait ne laisse point d’être possible, puisqu’il ne peut impliquer contradiction, et qu’il est conçu par l’esprit avec la même facilité et la même distinction que s’il était aussi conforme qu’il se pût à la réalité. Une proposition comme celle-ci: le soleil ne se lèvera pas demain, n’est pas moins intelligible et n’implique pas davantage contradiction que cette autre affirmation: il se lèvera. C’est donc en vain que nous tenterions d’en démontrer la fausseté. Si elle était fausse démonstrativement, elle impliquerait contradiction, et jamais l’esprit ne pourrait la concevoir distinctement. »

David Hume, Enquête sur l’entendement humain (1748), section IV, partie 1, trad. D. Deleule, Éd. Nathan, coll. «Les Intégrales de philo « ,1982, pp. 50-51.

Lecture du texte.

a- Que sont d’après vous les relations d’idées et dans quelles disciplines les trouve-t-on ? De quel genre de certitude relèvent-elles ? De quoi sont-elles totalement indépendantes ?

– ce sont des relations purement rationelles ou logiques, sans aucun lien avec un fait empirique. On les trouve principalement dans les mathématiques.

– elles relèvent de la certitude démonstrative ou déductive. Chaque proposition est conséquence logique nécessaire des précédentes. Les premières propositions de l’ensemble des propositions (ou système) ainsi formé sont les axiomes ou postulats.

(La certitude démonstrative est telle que le système ne contient pas une proposition et sa négation. Il est consistant ou non-contradictoire)

– elles sont totalement indépendantes des faits empiriques.

b- Que sont d’après vous les choses de fait et dans quelles disciplines les trouve-t-on ? En quoi ne relèvent-elles pas du même genre de certitude que les relations d’idées ? De quel genre de certitude relèvent-elles alors ?

– le choses de fait sont les faits empiriques (les propositions relatives à ces faits). On les trouve dans les sciences empiriques.

– ces propositions ne relèvent pas de la certitude démonstrative mais de la preuve empirique. Cette preuve peut prendre différentes formes, par ex. l’expérimentation en sciences de la nature.

Comme elles ne relèvent pas de la certitude démonstrative, les propositions empiriques sur les choses de fait ne sont pas nécessaires mais simplement contingentes. Autrement dit, les propositions empiriques contraires à celles que nous acceptons aujourd’hui peuvent être vraies. Cela ne pose pas un problème logique.

Ex : aujourd’hui, les faits empiriques confirment que le soleil se léve chaque jour. Mais il est possible de penser que demain il ne se lévera pas. Cela n’est pas contradictoire avec le fait qu’il se soit levé chaque jour durant une très longue période.

Exprimé d’une autre façon, nous pourrions que la probabilité que les faits confirment la proposition empirique reconnue comme vraie est grande (puisqu’elle est fondée sur les nombreux faits précédents qui l’ont confirmée), mais elle ne sera jamais égale à 1, puisqu’il est toujours possible que les faits empiriques ne la confirment pas.

La proposition « le soleil se lévera demain » est donc vraie mais de façon seulement probable. C’est une vérité de fait.

la proposition « le carré de l’hypothénuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés » (Pythagore) est vraie de façon nécessaire (un moderne dirait valide ou conséquence logique des axiomes). C’est une vérité de raison.

sur la distinction sciences empiriques / sciences formelles, cf ce texte de C.Hempel

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