Texte (n°3) de D.Hume : « les relations d’idées et les faits ».

«Tous les objets de la raison humaine ou de nos recherches peuvent se diviser en deux genres, à savoir les relations d’idées et les faits. Du premier genre sont les sciences de la géométrie, de l’algèbre et de l’arithmétique et, en bref, toute affirmation qui est intuitivement ou démonstrativement certaine. Le carré de l’hypoténuse est égal au carré des deux côtés, cette proposition exprime une relation entre ces figures. Trois fois cinq est égal à la moitié de trente exprime une relation entre ces nombres. Les propositions de ce genre, on peut les découvrir par la seule opération de la pensée, sans dépendre de rien de ce qui existe dans l’univers. Même s’il n’y avait jamais eu de cercle ou de triangle dans la nature, les vérités démontrées par Euclide conserveraient pour toujours leur certitude et leur évidence.

Les faits, qui sont les seconds objets de la raison humaine, on ne les établit pas de la même manière ; et l’évidence de leur vérité, aussi grande qu’elle soit, n’est pas d’une nature semblable à la précédente. Le contraire d’un fait quelconque est toujours possible, car il n’implique pas contradiction et l’esprit le conçoit aussi facilement et distinctement que s’il concordait pleinement avec la réalité. Le soleil ne se lèvera pas demain, cette proposition n’est pas moins intelligible et elle n’implique pas plus contradiction que l’affirmation : il se lèvera. Nous tenterions donc en vain d’en démontrer la fausseté, elle impliquerait contradiction et l’esprit ne pourrait jamais la concevoir distinctement.»

David Hume, Enquête sur l’entendement humain (1748), section IV, partie 1.

 

Introduction.

Il s’agit d’un texte très célébre de l’Enquête dans lequel Hume établit une différence importante entre 2 objets de la pensée : les relations d’idées et les faits. Ils ne sont pas connus de la même façon, ni avec la même certitude.

– le thème : les objets de la pensée et la connaissance que nous en avons.

– le problème : c’est surtout celui de la connaissance des faits. Elle n’est pas démonstrativement certaine selon Hume (thèse du texte). Cela remet en cause l »idée que nous nous faisons de la connaissance de la nature. Plus généralement, cela interroge sur la manière dont notre entendement connait les faits (ex : relation de causalité).

– le plan : 2 parties qui correspondent aux 2 paragraphes. La 1ère porte sur les relations d’idées, la 2nde sur les faits.

– l’intérêt du texte : c’est celui de la connaissance humaine et de ses limites.

1ère partie : les relations d’idées et la connaissance que nous en avons.

Que sont les relations d’idées ?

– ce sont des relations purement rationelles ou logiques, sans aucun lien avec un fait empirique. On les trouve principalement dans les mathématiques.

– elles relèvent de la certitude intuitive ou démonstrative (déductive). Chaque proposition est conséquence logique nécessaire des précédentes : c’est la certitude démonstrative. Et les premières propositions du système, les axiomes ou postulats, sont vraies de façon évidente : c’est la certitude intuitive.

– elles sont totalement indépendantes des faits empiriques.

– des exemples : le théorème de Pythagore, les opérations de l’arithmétique.

La 2nde partie : les faits et la connaissance que nous en avons.

Que sont les faits ?

– les faits sont donnés par l’expérience sensible, les impressions. Il sont empiriques. Les propositions relatives à ces faits se trouvent dans les sciences empiriques.

– ces propositions ne relèvent pas de la certitude intuitive ou démonstrative mais de la preuve empirique. Cette preuve peut prendre différentes formes, par ex. l’expérimentation en sciences de la nature.

Comme elles ne relèvent pas de la certitude démonstrative, les propositions empiriques sur les faits ne sont pas certaines mais simplement probables Autrement dit, les propositions empiriques contraires à celles que nous acceptons aujourd’hui peuvent être vraies. Cela ne pose pas un problème logique.

Ex : aujourd’hui, les faits empiriques confirment que le soleil se léve chaque jour. Mais il est possible de penser que demain il ne se lévera pas. Cela n’est pas contradictoire avec le fait qu’il se soit levé chaque jour durant une très longue période.

Exprimé d’une autre façon, nous pourrions dire que la probabilité que les faits confirment la proposition empirique reconnue comme vraie est grande (puisqu’elle est fondée sur les nombreux faits précédents qui l’ont confirmée), mais elle ne sera jamais égale à 1, puisqu’il est toujours possible que les faits empiriques ne la confirment pas.

La proposition « le soleil se lévera demain » est donc vraie mais de façon seulement probable. C’est une vérité de fait. Elle est très différente par nature de la proposition « le carré de l’hypothénuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés » (Pythagore) qui elle est vraie de façon nécessaire (un moderne dirait valide ou conséquence logique des axiomes). C’est une vérité de raison.

Conclusion : la connaissance des relations d’idées est rationnelle, démonstrative et nécessaire, certaine. A l’inverse, celle des faits est empirique, contingente, simplement probable.

Dans la suite de l’Enquête, Hume va s’interroger plus avant sur la nature de cette connaissance, en particulier celle qui repose sur la relation de causalité, et ce qu’elle nous apprend de la nature de notre entendement.

 

En plus :

– sur la distinction sciences empiriques / sciences formelles, cf ce texte de C.Hempel

– une explication de ce texte par un collègue : ici.

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