Texte de D.Hume : faiblesse, crainte, mélancolie, ignorance sont les vraies sources de la superstition.

nazar-amulet-65015_1280L’esprit de l’homme est sujet à certaines terreurs et à certaines appréhensions inexplicables, qui procèdent d’une situation personnelle ou publique malheureuse, d’une mauvaise santé, d’un naturel sombre et mélancolique, ou du concours de toutes ces circonstances. Un tel état d’esprit engendre la crainte de maux infinis et inconnus de la part d’agents mystérieux ; et quand il n’y a rien de réel à redouter, l’âme, agissant à son propre détriment, et entretenant son inclination prédominante, invente des objets imaginaires, à la puissance et à la malveillance desquels elle ne donne pas de limite. Comme ses ennemis sont entièrement invisibles et totalement inconnus, les méthodes adaptées pour les apaiser sont également inexplicables, et consistent en cérémonies, observances, mortifications, sacrifices, présents, ou toute pratique qui, en dépit de son absurdité ou de sa vanité, se trouve recommandée par la sottise et la fourberie à une crédulité aveugle et terrifiée. Faiblesse, crainte, mélancolie, jointes à l’ignorance, donc les vraies sources de la superstition.

David Hume, « Superstitions et enthousiasme » dans Histoire naturelle de la religion, trad. Malherbe, Vrin, p.28.

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