Texte de Cicéron : l’origine du mot philosophie.

Quant au nom, nous l’avouons, il est moderne, mais la chose est ancienne. En effet, qui peut nier que la sagesse ne soit ancienne et que son nom ne le soit  comme elle ? N’est-ce point par ce beau nom qu’on a désigné chez les anciens la science des choses divines et humaines, et la connaissance des causes et de l’origine de tout ? Ainsi, les sept que les Grecs ont appelé sophoi, nous les avons appelés et réputés sages […].

Suivant leur exemple, tous ceux qui se sont appliqués ensuite aux études contemplatives ont été réputés et appelés sages, et ce nom leur est resté jusqu’au temps de Pythagore, qui, au rapport d’Héraclide de Pont, disciple de Platon et fort instruit, vint à Phlionte s’entretenir avec Léon, prince de cette ville, longuement et doctement sur certaines questions. Léon, admirant le génie et l’éloquence de Pythagore, lui demanda quelle était la science qui lui inspirait le plus de confiance. Et le sage lui répondit qu’il ne savait aucune science, mais qu’il était ami de la sagesse, philosophe. Surpris de la nouveauté du nom, Léon doit avoir demandé ce qu’étaient les philosophes, et en quoi ils différaient des autres hommes. Et Pythagore a dû répondre : « Qu’il comparait la vie de l’homme à ce commerce qui se faisait en présence de la Grèce assemblée pendant la solennité des jeux publics. De même que les uns se rendent là pour briller dans les exercices du corps et y mériter l’honneur d’une couronne; que d’autres n’y vont que pour y faire quelque profit, en vendant ou en achetant, tandis qu’il est une troisième classe, et la plus noble, qui n’y recherche ni les applaudissements ni le profit, qui ne s’y rend que pour observer attentivement ce qui se fait et comment les choses se passent : de même nous sommes venus d’une autre vie, d’une autre existence, comme on va d’une ville à une grande foire, les uns, pour chercher la gloire; les autres, l’argent; un petit nombre dédaignant tout le reste et s’appliquant à bien étudier la nature des choses. Ce sont là les hommes qu’on appelle amis de la sagesse, c’est-à-dire philosophes; et comme à l’égard des jeux le parti le plus noble est d’y assister sans esprit de lucre, de même, dans la vie, l’étude et la connaissance des choses sont de beaucoup préférables à tout le reste.

Cicéron, Tusculanes, V,III, 7; trad. de M.Matter, Paris, 1834.

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