texte de Bergson : la conscience est un trait d’union entre le passé et l’avenir.

  « […] qu’est-ce que la conscience? Vous pensez bien que je ne vais pas définir une chose aussi concrète, aussi constamment présente à l’expérience de chacun de nous. Mais sans donner de la conscience une définition qui serait moins claire qu’elle, je puis la caractériser par son trait le plus apparent: conscience signifie d’abord mémoire. La mémoire peut manquer d’ampleur; elle peut n’embrasser qu’une faible partie du passé; elle peut ne retenir que ce qui vient d’arriver; mais la mémoire est là, ou bien alors la conscience n’y est pas. Une conscience qui ne conserverait rien de son passé, qui s’oublierait sans cesse elle-même, périrait et renaîtrait à chaque instant: comment définir autrement l’inconscience? […] Toute conscience est donc mémoire – conservation et accumulation du passé dans le présent.

  Mais toute conscience est anticipation de l’avenir. Considérez la direction de votre esprit à n’importe quel moment: vous trouverez qu’il s’occupe de ce qui est, mais en vue surtout de ce qui va être. L’attention est une attente, et il n’y a pas de conscience sans une certaine attention à la vie. L’avenir est là ; il nous appelle, ou plutôt il nous tire à lui: cette traction ininterrompue, qui nous fait avancer sur la route du temps, est cause aussi que nous agissons continuellement. Toute action est un empiétement sur l’avenir. […]

  Disons donc, si vous voulez, que la conscience est un trait d’union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l’avenir. »

Henri Bergson, L’Énergie spirituelle, 1919, PUF, pp. 4-5.

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