texte d’Aristote : l’âme comme réalisation de la vie.

« Mais, parmi les corps naturels, les uns ont la vie, cependant que les autres ne l’ont pas ; et par vie, nous voulons dire la propriété de par soi-même se nourrir, croître et dépérir. Si bien que tout corps naturel, ayant la vie en partage, peut être substance, une substance, cependant, comme on l’a dit, composée (1). Mais, puisque c’est précisément un corps qui a cette propriété, c’est-à-dire possède la vie, le corps ne saurait être l’âme. Le corps, en effet, ne se range pas dans les réalités qui se disent d’un sujet, mais se présente plutôt comme sujet ou matière.

Il faut donc nécessairement que l’âme soit substance comme forme d’un corps naturel qui a potentiellement la vie. Or cette substance est réalisation. Donc, elle est la réalisation d’un tel corps. »

Aristote, De l’âme, II, 1, trad. R.Bodéüs. Ed. Flammarion, coll. GF, 1993, pp. 135-136.

Note : 1. composée d’une matière et d’une forme.

les étapes du raisonnement :

– Aristote commence par distinguer entre les corps naturels ceux qui sont vivants de ceux qui ne le sont pas. Il le fait à l’aide d’une définition de la vie qui s’appuie principalement sur l’observation empirique des spécificités du vivant : nutrition, croissance et mort.

– pour qu’un corps naturel soit le corps de tel être vivant, telle substance (un animal par ex.) alors il faut qu’il ait la vie en partage. Autrement dit, la simple matière du corps ne suffit pas à faire l’être vivant (sinon le cadavre serait un être vivant, ce qui est absurde), il faut quelque chose de plus : la vie. L’être vivant en tant que substance est corps et âme, un composé.

– or, dire qu’un corps possède la vie signifie qu’il est distinct d’elle (posséder n’est pas être). Le corps est sujet (ou matière), il n’est pas la propriété de ce sujet. C’est donc l’âme qui est cette propriété.

– elle l’est d’une certaine façon : comme forme de cet être (la vie de tel ou tel être vivant). Elle est vie et forme d’un corps précis qui la contient potentiellement (en puissance). Ex : l’âme de l’animal est sa vie et sa forme, et elle est associée à un corps précis susceptible de recevoir cette forme et cette vie. De ce point de vue, l’âme en tant que forme et vie réalise le corps.

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