texte d’Aristote : du goût de l’imitation.

« Il semble bien que, dans son ensemble, la poétique doive sa naissance à deux causes, toutes deux naturelles. En effet, les êtres humains sont dès leur naissance naturellement enclins à imiter, et cela précisément les distingue des autres animaux : l’homme est l’être le plus enclin à imiter, et il fait ses premiers apprentissages au moyen de l’imitation. Et, tous, ils prennent naturellement plaisir aux imitations ou représentations, comme les œuvres d’art en témoignent : nous prenons plaisir à contempler les figurations, réalisées avec la plus grande exactitude, de choses qui, pour elles-mêmes, sont pénibles à voir, comme c’est le cas de l’apparence extérieure d’animaux particulièrement ignobles ou de cadavres. Ici aussi, la raison en est que comprendre procure un très vif plaisir non seulement aux philosophes, mais aussi de la même façon, aux autres hommes, même s’ils n’y ont qu’un accès limité. En effet, voir des figurations donne du plaisir pour la raison que, en les contemplant, on comprend par inférence ce qu’en est chaque élément, par exemple que ce personnage-ci, c’est Untel. S’il se trouve qu’on ne l’a pas vu auparavant, ce n’est pas en tant que représentation que cet élément donnera du plaisir, mais c’est en raison du fini de son exécution, de ses couleurs ou d’autres choses du même genre. »

Aristote, Poétique, Chap.4, 1448b. trad. Pierre Destrée, Oeuvres complètes, Flammarion.

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