S’engager, est-ce renoncer à sa liberté ?

1) brève analyse du sujet

Il porte sur l’action de s’engager, qui est donc au centre du problème. Ce qui est demandé : est-ce renoncer, cad perdre sa liberté ? La notion de liberté sert ici de référence pour penser l’engagement. Elle est donc bien la notion fondamentale du sujet, même si la question porte sur l’engagement.

Que demande au juste le sujet ? Si s’engager implique le fait de perdre sa liberté. Pourquoi cette question ? On devine qu’elle remet en cause une conception commune de l’engagement qui justement voudrait qu’il implique la perte de la liberté. Cf. par exemple le lieu commun qui affirme que choisir signifier renoncer. La notion de choix n’est pas celle d’engagement mais elle en est proche au sens où un engagement, à première vue, se présente comme un choix (ce qui ne veut pas dire que tout choix ait la force, la valeur d’un engagement).

Nous avons donc une thèse commune : s’engager implique que l’on perde sa liberté. Question : pourquoi ? Il faut ici se demander quel est le sens précis du verbe s’engager. Ce que nous allons faire, et dans le même moment avancer dans la compréhension du problème.

2) vers le problème.

Le terme de liberté peut être défini simplement en terme d’action et de volonté. On ne s’attardera pas dessus maintenant. On peut simplement renvoyer à ce texte.

Intéressons-nous au verbe s’engager. On peut s’appuyer sur quelques exemples : le mariage, la prêtrise, le militantisme, le fait de donner sa parole, etc. Mais cela ne suffit pas. Il faut aller à la définition générale.

S’engager : verbe pronominal, réflexif. L’action d’engager porte sur soi. On « agit » sur soi. Et que fait-on ? Que fait par ex. celui qui s’engage dans le mariage ? Un peu de réflexion nous montre qu’il s’oblige à adopter dans le futur une conduite donnée, déterminée par des règles. Par ex, subvenir aux besoins matériels de son conjoint, à hauteur de ses moyens, lui être fidèle, etc. Il affirme donc présentement accepter de se soumettre dans le futur à des règles, des obligations, qui d’ordinaire sont énoncées, définies.

L’engagement est donc toujours :

– une relation à soi (et le cas échéant aux autres) qui consiste en un acte de la volonté, et donc une affirmation de sa liberté. Le verbe s’engager a ici le sens de faire une action, passer à l’action, ne pas rester sans rien faire, soit l’opposition activité/passivité.

L’engagement s’oppose ici la passivité qui peut être l’expression de l’impuissance, de la neutralité ou de l’indifférence. Ces 3 termes n’ont pas la même importance. Si l’impuissance est un manque de liberté, la neutralité et l’indifférence peuvent au contraire être définis comme des choix. Du moins, cela est clair pour la neutralité (ex : ne pas s’engager dans un conflit). L’est-ce pour l’indifférence ? N’est-elle pas plutôt un manque d’attention, une négligence, une passivité déguisée ? Est-ce encore être libre ? A discuter.

– un pari sur l’avenir : au moment où je m’engage, je ne connais pas exactement toutes les conditions dans lesquelles j’aurais à respecter mon engagement. Et elles peuvent être telles que je ne sois plus d’accord pour le respecter. Pourtant je suis engagé, j’ai fait un choix. J’ai pris un parti, et refusé les autres. Et j’en ai accepté par avance les conséquences. Je suis donc obligé devant moi, devant les autres de me comporter conformément à ce qui est convenu. Ma volonté est soumise à l’obligation de tenir mon engagement. Ai-je perdu alors ma liberté ?

Je peux bien sûr ne pas respecter mon engagement, mais cela serait jugé comme une faute. Les autres comptent sur moi : ils m’ont fait confiance, et leur action, sa réussite, repose en partie sur le respect de ma parole. Puis-je alors leur faire défaut ? Que deviendrait notre relation après cela ? Que vaudrait ma parole, y compris à mes propres yeux ?

Mais puis-je à ce point renoncer à changer d’avis ? Une parole donnée doit-elle être suivie mécaniquement, sans réfléchir, sans s’interroger ? J’ai pu me tromper, mal mesurer les enjeux. J’ai pu changé. Suis-je alors tenu par la personne que j’étais avant ? A qui dois-je être fidèle : au moi ancien, qui s’est engagé, au moi actuel, qui a changé d’avis ?

Agir ou ne pas agir, être fidèle à sa parole ou ne pas l’être : quelles réponses à ses questions définissent le mieux la liberté ?

3) vers un plan

la 1ère partie : elle défend la thèse commune (mais ce n’est pas la peine de l’écrire !), suivant laquelle l’engagement est un perte volontaire de la liberté.

Il s’agit alors surtout d’insister sur les conséquences de l’engagement : l’obligation morale, sociale, juridique de le respecter, le poids que cela fait peser sur moi (celui de la culpabilité, du regard des autres), l’entrave que cela représente (l’impossibilité de prévoir toutes les conditions d’une action future, et donc le fait que je me soumette à une certaine contingence). De ce point de vue, ne pas s’engager est plus sage, cela n’oblige à rien, n’hypothèque pas l’avenir. Est maintenue la possibilité de toujours agir comme on l’entend.

transition : mais que vaut la liberté d’une personne qui n’est engagée à rien ? Sur quel fondement peut-elle bâtir sa conduite ? Par ailleurs, le refus de s’engager n’est-il pas un engagement malgré soi : celui qui consiste à défendre son intérêt présent ? N’est-ce pas de l’opportunisme au sens égoïste du terme par ex ?

La 2nde partie : elle défend la thèse que l’engagement est une affirmation de la liberté.

Ce qui peut être fait en valorisant à la fois la dimension de l’activité (par opposition à la passivité), et celle de la volonté.

Sur ce dernier point : il faudrait insister sur l’idée que l’obligation ne s’oppose pas à la liberté. S’obliger signifie se déterminer à vouloir, donc obéir à soi-même. Or l’obéissance à soi-même est liberté (Rousseau). Mettre en valeur aussi le rôle de la réflexion et des principes. Un acte libre est fondé en raison. Il peut donc être un engagement au sens où le principe guide l’action présente mais aussi future.

Encore faut-il que l’engagement soit précisé, réfléchi : être l’ami, le compagnon, le parent, l’associé de quelqu’un oblige, mais pas à tout !  En se mariant par ex, on ne s’oblige pas à obéir aveuglement aux décisions de son conjoint, ce qui pour le coup serait une perte effective de liberté.

transition : de ce point de vue, nul n’est jamais tenu de faire ce que sa conscience lui interdit de faire, et cela quel que soit son engagement.

La 3ième partie : peut-on rompre un engagement ?

Cette partie s’inscrit dans le fil de la partie précédente. Elle cherche à penser les conditions de la rupture d’un engagement.

A mettre en valeur ici : on ne peut pas justifier les pires actions au nom d’un engagement pris. Cf. par ex. l’argumentation des tortionnaires qui affirment avoir obéi aux ordres, et seulement cela, comme ils s’y étaient engagés, du fait de leur engagement à servir un Etat, une armée, une cause.

On doit refuser cette argumentation. La liberté comprend toujours la possibilité de réviser son jugement et donc son action : on peut s’être trompé, avoir été vaniteux, bête. On peut avoir changé d’avis, ne plus avoir les mêmes croyances, les mêmes sentiments, les mêmes valeurs. L’engagement n’est pas la réduction d’un homme à une mécanique, un rouage. Toujours il garde en lui la faculté de penser donc de changer d’avis. La nécessité de l’engagement est morale, c’est celle de l’obligation. Ce n’est pas la nécessité physique, matérielle de la contrainte.

Si elle garde l’obligation de répondre devant les autres de son engagement, et donc de son non-respect, si donc elle doit être prête à en assumer les conséquences, une personne reste toujours et de façon prioritaire responsable devant soi de sa conduite. C’est la condition de tout engagement.

 

Ce contenu a été publié dans corrigés, la conscience, la croyance, La dissertation, la liberté, la morale, le devoir, problématiser, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire