Raisonne-t-on bien quand on veut avoir raison à tout prix ?

1) brève analyse du sujet.

Il met en balance 2 expressions  : celle de « bien raisonner » et celle « d’avoir raison à tout prix ». Elles ont en commune un terme, et sans doute aussi, on peut la penser, la notion associée à ce terme : celle de raison.

Le sujet nous invite à opposer ces 2 expressions. Voyons ce qu’elle signifient :

bien raisonner : raisonner signifie utiliser sa raison, soit une faculté de relier les idées entre elles et de décider de la vérité (ou de la fausseté) des jugements. L’expression dit clairement que l’on peut bien ou mal raisonner, soit relier correctement les idées entre elles ou au contraire de façon incorrecte, soit mal raisonner. Mal raisonner implique que nos raisonnement sont faux, et avec eux les jugements qui les utilisent.

On peut se demander quelles sont les règles qui distinguent le bon du mauvais raisonnement. Il en est une qui vient rapidement à l’esprit : celle de la cohérence, de la non contradiction avec soi. Affirmer la proposition A et, dans le même moment, des propositions B, C, etc. qui impliquent le contraire de A, revient à se contredire. Voilà un mauvais raisonnement.

On peut en imaginer d’autres. Certains raisonnements sont mauvais en eux-mêmes. C’est déjà le cas du raisonnement contradictoire. Mais il y en a d’autres. Ex : mal associer un terme à sa définition. Autre ex : ne pas tirer la bonne conséquence logique d’une proposition. D’autres relèvent d’une méconnaissance des faits. On fait alors de mauvaises relations entre les idées parce que l’on fait de mauvaises relations entre les faits pensés par ces idées. Ex : ne pas associer un effet à sa cause véritable, mais à une autre, illusoire, par ex : « pierre est malade parce qu’il est brun ».

Les personnes raisonnement mal soit par ignorance ou maladresse, soit par négligence ou par intérêt. On peut refuser d’examiner la correction d’un raisonnement parce que cela remettrait en cause une idée, une opinion qui nous est chère.

avoir raison à tout prix : l’expression se divise en 2 parties.

La première, avoir raison, signifie avoir un avis qui est mieux fondé en raison que les autres, soit un avis qui a pour lui les meilleurs raisonnements, les plus convaincants. Aussi avoir raison va-t-il signifier penser le vrai (de façon rationnelle).

Mais avoir raison, au sens plus populaire de l’expression, signifie avoir le dernier mot dans une discussion, soit l’emporter. Mais cette victoire n’est pas sans ambiguïté : le silence de l’adversaire a peut-être été obtenu non par l’exposé des meilleures raisons, mais par des procédés argumentation fallacieux. Ex : ridiculiser l’adversaire pour lui faire perdre ses moyens. Autre ex : jouer sur la force des images.

Ce dernier sens est renforcé par le second terme de l’expression « à tout prix ». Le prix est le coût que l’on est prêt à payer pour obtenir une chose. Il est donc ce que l’on va céder, perdre. L’adjectif « tout » dit clairement que ce prix peut être trop élevé, excessif. On perdrait trop en voulant avoir raison. On perdrait notamment la correction des raisonnements.

On l’aura compris ; vouloir avoir raison à tout prix implique que l’on cesse de bien raisonner. Voilà une première thèse d’affirmée, et le début d’un problème.

2) le problème.

Il n’y a de problème que s’il y a une difficulté intellectuelle, soit un obstacle persistant. Qu’est-ce donc qui fait obstacle à la thèse précédente ? Une autre thèse qui affirmerait que la recherche des meilleurs raisonnements suppose une volonté de les trouver, soit une volonté d’avoir raison, le « à tout prix » venant signifier la force sans égale de cette volonté.

Clarifions : la thèse opposée serait que pour bien raisonner, il faut vouloir l’emporter dans une opposition des idées. Bien raisonner demanderait un effort consistant de recherche rationnelle de la vérité, une sorte d’obstination. Cette recherche pourrait coûter cher : temps, énergie, efforts. On défendra bien cette thèse en montrant que la réflexion est une activité qui engage tout l’être d’une personne, son caractère, ses motivations, ses intérêts, et non pas simplement une capacité impersonnelle à bien raisonner.

Nous avons donc 2 thèses et un examen possible. Reste que le sujet favorise la 1ère thèse, et cela pour la raison que nous avons indiquée plus haut : la volonté de rechercher de façon  rationnelle de la vérité trouve sa limite logique dans le cas où le prix à payer est la correction des raisonnements. Il y a là une contradiction dont on voit mal comment on pourrait la dépasser. Mais il est intéressant de l’analyser plus en détail au cours du devoir.

3) Idée d’un plan

Pour faire simple, on dira que ce sujet oppose d’un côté le souci de respecter les règles du bon raisonnement, qui est le souci de la raison elle-même, et de l’autre la volonté d’avoir raison, cad de posséder de l’emporter sur autrui dans le cadre d’une opposition de raisons. Souci de correction de la pensée contre intérêt pour la victoire de sa pensée.

– une 1ère partie peut chercher à lier ces 2 tendances : on cherche alors à montrer que le souci de bien raisonner implique un intérêt pour le fait d’avoir raison. Il faut en quelque sorte être animé d’une volonté de l’emporter pour élaborer les meilleurs raisonnements. L’action de bien raisonner est entreprise quand on poursuit un but : avoir raison. L’absence de volonté de l’emporter serait à l’inverse la marque d’une fragilité des raisonnements.

Idée 1  : on ne raisonne pas pour rien, mais pour avoir raison.

Idée 2 : le meilleur moyen d’avoir raison est de bien raisonner.

Idée 3 : bien raisonner a un prix. Il faut être prêt à le payer.

– une 2ième partie va au contraire chercher à opposer ces tendances. Le fait de vouloir avoir raison sera alors la cause d’un usage incorrect du raisonnement, de façon volontaire ou involontaire.

Idée 1 : le souci de l’emporter dans une discussion conduit à négliger les règles du bon raisonnement. Il conduit même à utiliser des raisonnements fallacieux.

Idée 2 : le prix est alors très lourd. C’est le prix théorique d’avoir mal raisonné, et donc de ne pas avoir raison. C’est aussi le prix social, moral de ne pas tenir compte des meilleurs arguments avancés pas autrui.

Idée 3 :  la réflexion rationnelle ne peut pas être réduite à  la volonté d’avoir raison. la complexité des problèmes est telle qu’une explication, un point de vue rationnel ne suffit pas. L’enjeu n’est plus alors d’avoir raison et de donner tort aux autres, mais de faire entendre les différentes raisons et raisonnements qui permettent d’appréhender la complexité du réel.

– une 3ième partie peut rejouer cette opposition mais dans un contexte différent : celui de la politique et des débats démocratiques. Que faire par ex, devant un adversaire qui ne respecte pas les règles du bon raisonnement ? Faut-il adopter sa stratégie ? S’en démarquer ? La question ici est posée d’un point de vue à la fois moral et d’efficacité politique.

Idée 1 : les mauvais raisonnements peuvent paradoxalement avoir une grande force et faire élire un homme.

Idée 2 : dans le domaine politique, la raison ne suffit pas. Il faut la force et la ruse pour avoir raison. C’est là une bonne raison de raisonner de façon trompeuse.

Idée 3 : mais n’est-ce pas là une illusion ? Se donner de bonnes raisons de duper tout le monde par ses raisonnements, n’est-ce pas de façon plus triviale, défendre ses seuls intérêts, attitude critiquable d’un point de vue moral et qui d’ordinaire ne demande pas beaucoup de raisonnement ? N’est-ce pas finalement se duper soi-même ?

Ex. d’introduction

Les dirigeants d’une entreprise de produits chimiques raisonnent-ils bien quand ils défendent, à coups d’articles qu’ils prétendent scientifiques, l’utilité et l’innocuité d’un produit qui leur assure de substantiels revenus ?

Raisonner signifie faire des raisonnements, soit des liens entre des idées. On raisonne bien quand ces raisonnements observent certaines règles, quand par ex. ils ne sont pas contradictoires. Avoir raison signifie vouloir à l’aide des meilleures raisons l’emporter dans une controverse. Cette victoire a un prix, qui est ici un coût.

On ne saurait bien raisonner sans le vouloir, cad sans vouloir avoir raison. La correction d’une réflexion exige des efforts, de la rigueur, un intérêt pour la démarche rationnelle et la vérité qui est son terme. Celui qui veut bien raisonner doit donc payer un certain prix. Faut-il pour autant accepter n’importe quel coût ? Car vouloir avoir raison peut paradoxalement conduire à mal raisonner. Le désir de l’emporter dans la discussion nuit alors à la correction des raisonnements.

Dans quelle mesure la volonté d’avoir raison est-elle nécessaire à l’usage correct de la raison ? Faut-il pour autant lui sacrifier le souci de bien raisonner ? Mais,à l’époque des « fake news », peut-on seulement se contenter de bien raisonner ?

 

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