Qui incarne la philosophie ? Un portrait de Socrate.

Un portrait de Socrate à partir de l’article de M. Eltchaninoff sur Socrate (Philosophie Magazine n°100, Juin 2016).

Socrate est un philosophe grec du Vième s. av.JC. Il est une référence pour tous ceux qui entreprennent d’étudier la philosophie. Pourtant, il est une figure éminemment paradoxale (qui surprend par ses contradictions apparentes). Mais n’est-ce pas le signe d’un penseur libre ?

Les paradoxes de la figure Socratique :

  • son apparence : il est laid, d’apparence simple, se déclare ignorant. MAIS par son discours, sa capacité d’interrogation, de réflexion, il désarçone et démasque les puissants, ceux dont la parole et la position font autorité dans la cité.
  • c’est un sage qui prend volontiers ses distances à l’égard des passions (des désirs). MAIS il suscite le désir au plus haut point ! Cf. le portrait amoureux d’Alcibiade à la fin du Banquet de Platon. Ici,  dans une traduction de V.Cousin, à partir de 325).Il suscite aussi contre lui la violence lorsqu’il défie ses juges.
  • il est avant tout un penseur rationnel. MAIS il déclare suivre une voix intérieure, son démon, et aurait été initié à des mystères en Thrace.
  • il connaît l’enseignement du philosophe physicien Anaxagore. MAIS son objet d’étude n’est pas la nature (phusis –> physique), c’est l’homme et la cité.
  • il semble vouloir changer la façon de vivre dans la cité, la rendre plus juste  (dissidence). MAIS il accepte la cité telle qu’elle est (il refuse de s’évader car c’est désobéir aux lois, cf le dialogue Criton, ici dans une trad. ancienne d’E.Chambry).
    Son obéissance est une façon de résister, sa dissidence, un « courage de la vérité ».
  • il critique le caractère irrationnel de la croyance religieuse, il est accusé d’impiété. Mais il a un vrai respect des dieux de la cité.

Ce qui caractérise Socrate : il vit selon sa pensée, une pensée qui n’est pas soumise aux préjugés de son temps, qui s’élabore de façon critique et indépendante. De sorte que même lorsqu’il agit comme les autres hommes, il le fait toujours en suivant sa raison.

Quelques mots sur l’origine de la philosophie en Grèce.

Philosophie est un terme grec qui signifie amour (philo) du savoir, de la sagesse (sophia). La philosophie naît et se développe en Grèce durant l’Antiquité. Quelques grandes étapes pour comprendre.

  1. Avant l’apparition de la philosophie, il y avait les mythes. Ce sont des récits imagés, de tradition orale d’abord, qui mettent en scène les dieux et les hommes. Au delà de leur diversité, les mythes ont une même fonction : rendre compte du monde tel qu’il est. Pourquoi la terre, les mers ? Pourquoi les montagnes, les forêts, les êtres vivants ? Pourquoi les êtres humains, les cités, les guerres, les maladies, etc.. ? Les mythes répondent de façon vivante à toutes ces questions à l’aide de fictions.
  2. La philosophie naît de la critique des mythes, à partir du VIII ième s. av JC. On leur reproche leur fantaisie, leur anthropomorphisme (donner une forme humaine aux dieux), leurs contradictions, etc. Les premiers philosophes sont des physiciens. Ils s’intéressent à la nature (phusis en grec) dont ils prétendent rendre compte à l’aide d’un principe unique qui est matériel (l’eau, le feu, etc) ou rationnel (le nombre des pythagoriciens). Leur explication du monde marque l’émergence d’une pensée rationnelle : la diversité sensible du monde réduite à un seul principe explicatif. Quelques noms : Thalès, Anaximandre, Pythagore, Héraclite, PArménide, Démocrite, etc.
  3. A Athènes au Vième s, l’activité intellectuelle est florissante. 2 figures : celle de Socrate (cf. portrait plus haut). Celle des sophistes : ce sont souvent des étrangers qui viennent à Athènes vendre leur enseignement (ce qui choque beaucoup les grecs, Platon et Aristote par ex.). Ce sont des professionnels du discours et de l’argumentation. Ils bousculent l’éducation traditionnelle et en matière de vérité défendent des thèses relativistes (« à chacun sa vérité »). Deux noms : Protagoras et Gorgias.
  4. Les philosophes qui viennent après Socrate : Platon, son élève, mais aussi Aristote. Puis, plus tardivement, différents mouvements philosophiques : les cyniques, les stoïciens, les épicuriens.

 

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