Problème : une oeuvre d’art est-elle nécessairement belle ?

Ce sujet a été donne en série ES au Bac 2017.

Avertissement : les sujets sur l’art sont attirants comme le sont les arts eux-mêmes. Mais ils sont un peu délicats à traiter parce qu’ils cristallisent les passions : chacun se croit volontiers autorisé à dire ce que l’art, et ce qu’il n’est pas, et s’offusque de ce que les autres ne pensent pas comme lui ! Gare aux réactions passionnelles donc !

Par ailleurs, la culture et les références des candidats sur l’art ne sont pas toujours ce que l’on pourrait attendre. Par ex, nombre d’élèves dans leur devoir se limitent à parler de la peinture et d’oeuvres picturales classiques qu’ils ne connaissent pas toujours très bien. Cela est étrange parce qu’il leur est tout à fait possible de faire référence à d’autres pratiques artistiques et à des oeuvres qu’ils connaissent mieux : celles de la littérature par ex, et les oeuvres étudiées en 1ère.

Pour aborder ce sujet, il convient donc d’accepter que de fait un certain nombre de pratiques soient considérées comme des arts, et un certain nombre d’objets comme  des oeuvres d’art. C’est là pourrait-on dire un fait historique, social, celui de l’usage de ces mots « art », « oeuvre d’art ». Après, libre à chacun, sur la base d’une argumentation précise de prendre ses distances par rapport aux usages.

Revenons au sujet. Une oeuvre d’art est-elle nécessairement belle ? On voit d’emblée que le sujet porte sur la notion d’oeuvre d’art -qui n’est pas celle de l’art- et qu’elle est associée à celle de beauté. Très vite, on remarque le terme « nécessairement » qui radicalise la question : il ne s’agit plus de savoir si une oeuvre peut être belle, mais si elle doit l’être, si la beauté est une de ses propriétés essentielles, ce sans quoi elle n’est pas une oeuvre d’art.

La forme de la question.

Le sujet invite le candidat à examiner dans un premier temps la ou les raisons pour lesquelles une oeuvre d’art est dite belle et devrait toujours l’être. On devine alors que dans un second temps, cette conception de l’oeuvre va être contestée. Voilà pour la forme. Reste à alimenter la réflexion sur le fond, et à essayer de comprendre les raisons qui s’opposent et font problème

– En quel sens une oeuvre d’art est-elle nécessairement belle :

Partons de ce qu’est une oeuvre d’art. D’ordinaire, on la distingue des autres objets créés par l’homme en ce que son apparence sensible est essentielle, là où elle est secondaire pour un autre objet. Cela ne veut pas dire que l’apparence d’un meuble, d’un vêtement soient sans importance, mais elle n’est là que pour embellir un objet qui en lui-même a une utilité autre: celle du meuble est de ranger, porter, celle du vêtement d’habiller. L’embellissement de ces objets a seulement pour but de les rendre plaisants, attractifs. L’oeuvre d’art elle, n’a pas d’autre utilité que celle d’être perçue. Son apparence sensible est donc essentielle.

Mais en quoi consiste cette utilité d’être perçue ? C’est celle de plaire, de causer un plaisir en touchant nos sens et par ce biais notre esprit. Une oeuvre d’art s’adresse à nos sens : la vue, l’ouïe principalement. Elle est constituée de telle façon que les sons, les couleurs, les mouvements, etc. que l’on perçoit d’elle nous plaisent. Sa composition n’est donc pas livrée au hasard mais obéit à un certain ordre, que l’on peut qualifier d’harmonieux : un ordre plaisant. Ce plaisir est le sentiment de beauté. En ce sens, une oeuvre d’art est conçue pour être belle, pour plaire par le seul jeu des formes, des couleurs, des sons, des mouvements, etc. qu’elle manifeste de façon sensible.

– en quel sens néanmoins la beauté n’est pas une propriété essentielle de l’oeuvre d’art :

Une première difficulté vient de ce qu’il n’est pas aisé de définir et donc d’établir la beauté d’une oeuvre. Il y a non seulement des goûts différents d’un point de vue individuel, mais des conceptions différentes du beau selon les cultures et les époques.

Une seconde difficulté est que la notion de beauté ne rend pas bien compte de la diversité des oeuvres d’art et des usages de l’art. Une oeuvre d’art ne fait pas que plaire par sa beauté : elle peut aussi émouvoir, faire rire, choquer, interpeller un public. Elle s’adresse aussi à l’esprit humain, à sa compréhension du monde et de l’existence à travers des formes sensibles. Elle s’adresse à la fois aux sens, à l’imaginaire et à l’intelligence : elle fait sentir, agir, penser. Aussi la notion de beauté peut-elle être jugée réductrice pour la définir.

 

Une correction possible de ce sujet : http://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/une-oeuvre-dart-est-elle-necessairement-belle-24435

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