Problématiser : Peut-on se libérer de sa culture ?

Ce sujet a été donné en série S en juin 2017. Nous allons essayer de voir quel problème il pose.

Rappels :

– la question du sujet n’est pas encore un problème. Elle est une simple demande dont on ne comprend pas encore le sens, la nécessité et l’intérêt.

– un problème est une difficulté persistante. Dans le cas d’un travail de réflexion, il s’agit d’une difficulté de compréhension. Cela signifie que l’on doit répondre à la question suivante : pourquoi l’idée de se libérer de sa culture nous met-elle devant une difficulté ?

la forme de la question

La forme de la question est une aide ici.

Le terme introducteur « Peut-on » détermine 2 réponses possibles : oui ou non. On devine alors que le problème va consister dans le fait que l’on a à la fois de bonnes raisons de répondre oui mais aussi de répondre non à la question. Apparaît la difficulté. C’est elle que le travail de réflexion doit essayer de clarifier puis de résoudre de façon progressive.

Le possessif « sa » culture indique que le sujet présuppose un lien d’appartenance de l’individu à une culture parmi d’autres. Le mot désigne alors l’ensemble des pratiques, croyances, valeurs, etc. communes à un groupe donné (et pas un autre). Quelle est la nature de ce lien d’appartenance ? En quel sens peut-on dire qu’il est privatif de liberté ? Cela ne va pas de soi et mérite d’être précisé. Voilà un premier élément du problème, et vraisemblablement, une première partie du devoir.

Supposons ce travail fait. Demandons-nous maintenant quelles sont les raisons qui font que l’on peut vouloir se libérer de sa culture, et surtout les moyens que l’on peut mobiliser. C’est cela que le verbe « se libérer » indique : la liberté n’est pas donnée, elle est une conquête. Suffit-il par ex. de s’éloigner, de se couper de son groupe d’appartenance culturelle ? Se libérer implique-t-il de renoncer, rejeter ? Quel effort de pensée surtout cela demande-t-il ? Comment nourrir la critique, informée de sa propre culture ?  Voilà un deuxième travail à réaliser, et un deuxième partie du devoir.

A ce stade, en nous appuyant seulement sur la lecture du sujet, nous voyons apparaître 2 parties qui s’opposent : la 1ère explique en quel sens nous sommes liés à une culture, la 2nde essaie de penser comment nous pouvons ne pas lui être soumise.

Nous commençons alors à mieux comprendre le problème posé : c’est celui du lien individuel à notre culture. Le fait est que les hommes ne se développent pas de façon seulement naturelle. Ils vivent en société, au sein de différents groupes humains comme la famille, la ville ou le village, la communauté religieuse, le groupe social, la nation, etc. Dès l’enfance, par le biais de l’éducation et de la socialisation, il leur est transmis un certain nombre de pratiques, de croyances, de connaissances, de valeurs, de modes de vie. A terme, cela détermine leur comportement, leur manière de penser, d’agir, de vivre.

Cela a manifestement des aspects positifs puisque par ce biais, les hommes développent leur humanité au delà de la simple animalité. Mais on peut voir aussi dans ce lien d’appartenance à une culture un aspect négatif, celui de la limite, voire celui de la contrainte.

L’acquisition d’une culture n’est pas en effet un processus librement choisi par l’individu mais imposé – certes pour son bien- par son groupe. Quelle liberté critique, en particulier quelle liberté de pensée un individu a-t-il par rapport à sa propre culture ? Il existe en effet différentes façons pour les hommes de vivre, de penser, de croire, d’agir, d’aimer. Pourquoi un individu serait-il restreint à celles de sa culture native ? Ne peut-il, ne doit-il pas même chercher à s’en émanciper ? Et n’est-ce pas d’ailleurs un des buts de la philosophie de permettre cette émancipation, qui n’est pas un rejet de sa culture, mais une façon de ne pas en dépendre ? Cela ne doit-il pas devenir un but même de l’éducation ?

les termes de la question

Il est nécessaire de toujours préciser le sens des termes employés et donc d’en faire l’analyse. Ce travail doit être minutieux, précis. Attention néanmoins : l’analyse est au service de la compréhension du problème, elle n’est pas une fin en soi. Il ne s’agit de composer des définitions de dictionnaire.

2 notions importantes ici : celle de culture et celle de liberté, plus exactement celle de libération.

– La culture ici désigne en priorité l’ensemble des pratiques, croyances, connaissances, valeurs,  modes de vie, etc transmis par l’éducation et la socialisation. De ce point de vue la culture est lié aux traditions, aux usages, moeurs, coutumes, etc qui ont cours dans un groupe donné.
Cette culture, qui est profondément sociale, existe aussi en chacun d’entre nous. Chaque membre d’un groupe est porteur en lui-même de la culture de ce groupe. C’est « sa culture ».

Le terme de culture a aussi de façon plus générale le sens de transformation sous l’action de l’homme : c’est par ex. la culture de la terre, l’agriculture. De la même façon, un homme est transformé, changé sous l’action de la culture. Son état primitif, animal, est modifié, et il développe des capacités proprement humaines : celles du langage par ex. mais aussi des capacités techniques, des croyances religieuses, des connaissances du monde, des pratiques sociales, etc.

Le mot culture a enfin un autre sens : celui de connaissances. On parle ainsi d’un homme cultivé. C’est là un sens plus spécifique, qui est moins pertinent pour ce sujet, mais qui peut être en compte, à l’occasion d’une argumentation précise. Reste alors à préciser que l’on donne ce sens au mot culture.

– la notion de liberté est largement débattue en philosophie. Reste que l’on peut en donner 2 significations simples.

la première est la liberté d’action, celle des corps : la liberté de se mouvoir par ex. Un homme est libre lorsqu’il peut faire un usage non contraint, non forcé de son corps.

La seconde et la liberté de la volonté. Elle est plus complexe car elle ne se voit pas. Une personne est libre quand elle veut quelque chose sans être limitée, contrainte dans son choix (dans l’acte de choisir, et non pas dans sa réalisation).

Par ex, une personne qui se décide pour une action en fonction d’un mensonge qu’on lui a fait, n’est pas libre, car sa volonté est limitée par l’ignorance dans laquelle elle est du mensonge. De façon générale, une personne ignorante ou dans l’illusion ne veut pas librement, et donc n’est pas libre, même si elle croit l’être.

Ici, il est question de libération. Cela signifie comme nous l’avons vu plus haut, que la liberté est obtenue suite à un effort qui a consisté à supprimer les limites et les contraintes.

Pour un corrigé possible de ce sujet, cf ces liens :

http://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/peut-on-se-liberer-de-sa-culture-24438

http://hansenlove.over-blog.com/2017/06/peut-on-se-liberer-de-sa-culture-sujet-s-quelques-pistes.html

 

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