Problématisation : le désir est-il la marque de notre imperfection ? (S, 2018)

A) l’analyse du sujet

a) la forme de la question

3 termes : désir, imperfection et marque. La notion importante est le désir. Le sujet est de la forme : X est-il la marque de Y ? Le rapport entre X et Y qui est interrogé ici est celui de « être la marque ».

b) les termes du sujet.

a21) Une marque est (cf. Cnrtl) d’abord un signe matériel appliqué sur une chose pour indiquer ses caractéristiques et permettre de la distinguer. Par extension, le terme désigne tout ce qui sert à identifier, reconnaître quelque chose, même s’il s’agit d’une empreinte ou d’une trace involontaire, accidentelle. Le sujet demande donc si le désir est le signe volontaire ou la trace involontaire de notre imperfection.

On voit mal comment un homme pourrait vouloir signifier, indiquer à autrui son imperfection. Cela est plus concevable pour un Dieu créateur ! On pense bien sûr au péché originel, soit le désir d’Adam et Eve de goûter au fruit défendu (celui de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, passage raconté ici dans la traduction originale de Chouraqui). Dieu aurait alors créé l’être humain capable de désirer, en particulier ce qui est interdit. Le désir serait donc la manifestation de la nature peccable (encline au péché, défectueuse) de l’homme. 

A l’inverse, on comprend que le désir puisse être la manifestation involontaire de l’imperfection humaine, même s’il s’agit d’une conception négative, et discutable, du désir.

c) notre imperfection

Le terme « notre » ne renvoie pas à l’individu qui s’interroge mais aux êtres humains en général. 

Le terme d’imperfection peut être compris de 2 façons (cf. Cnrtl) :

  • soit comme un manque de perfection, une limite de l’être humain : manque de force, d’intelligence, de courage, de beauté, etc. mais aussi manque des choses que nous désirons. 
  • soit comme une déviance, un travers, un vice, donc non pas comme une limite mais plutôt une corruption, une dénaturation. Le désir peut alors être un penchant à l’excès, à un illimité qui ne convient pas à la nature de l’homme. A rapprocher de la notion grecque d’hybris (on prononce « ubris »), que l’on traduit par démesure. Cf. ici, une note intéressante sur cette notion.

A ce stade, la question devient : le désir est-il la manifestation des limites de l’homme ou de sa nature corrompue ?

d) reste le terme de désir. On peut consulter cette fiche.

B) la compréhension du problème. 

Le sujet fait clairement référence à la conception du désir comme manque mais aussi, dans une autre mesure, à la conception biblique du désir comme expression à la fois de la liberté et de la possibilité de pécher (commettre une faute). C’est cette thèse, au delà de la référence biblique, qu’il invite à exposer dans un premier temps, puis à discuter.

Quelle discussion ? Elle n’est pas évidente ici tant que l’on place le désir sous la perpective, le point de vue de la perfection : désirer apparaît alors toujours comme une tentative de combler un manque ou au contraire de dépasser une mesure, une norme, un interdit. C’est l’idée de perfection qu’il faut interroger ici. D’où vient l’idée qu’il existerait une perfection humaine ? N’est-ce pas là l’expression d’un désir ? Ne faut-il pas alors voir la perfection, non pas comme une norme qui existe indépendamment de l’homme, mais au contraire comme une création du désir humain ? D’où la possibilité de comprendre le problème posé.

Parce qu’il est vécu comme un manque ou un trouble, le désir est pensé comme une manifestation de l’imperfection de l’homme. Pourtant, il ne saurait y avait de perfection que pour un être de désir, qui en fait son objet. De quoi alors le désir est-il la marque : des faiblesses de l’homme ou de son pouvoir créateur ? 

Ce dernier paragraphe pourrait constituer une compréhension du problème dans une dissertation. 

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