Problématisation : Faut-il respecter les traditions ?

 » Créon : Ainsi tu as osé passer outre à ma loi ?
Antigone : Oui, car ce n’est pas Zeus qui l’avait proclamée ! ce n’est pas la Justice, assise aux côtés des dieux infernaux ; non, ce ne sont pas là les lois qu’ils ont à jamais fixées aux hommes, et je ne pensais pas que tes défenses à toi fussent assez puissantes pour permettre à un mortel de passer outre à d’autres lois, aux lois non écrites, inébranlables, des dieux ! Elles ne datent, celles-là, ni d’aujourd’hui ni d’hier, et nul ne sait le joue où elles ont paru. »
Sophocle, Antigone.

On qualifie de traditionnelle la transmission d’une pratique, valeur, croyance, etc. quand celle-ci s’étend sur plusieurs générations. Dans les sociétés anciennes, les traditions ont force de loi. Davantage, elles font la loi ou se substituent aux lois quand celles-ci sont absentes ou s’opposent à elles. Pensons par ex. au personnage d’Antigone qui fait passer la loi divine, le respect dû aux morts et aux siens avant la loi humaine, l’interdiction de Créon. A l’inverse, la modernité a un rapport plus critique à l’égard des traditions : abandon des croyances religieuses, du mariage, transformations de la famille, discussion de l’autorité, etc. L’individu n’hésite plus aujourd’hui à remettre en cause la valeur accordée autrefois aux traditions. Faut-il s’en réjouir ou le déplorer ? Devons-nous réapprendre à respecter les traditions ?

Les traditions tiennent leur autorité du temps, de l’accord des générations sur leur valeur. Elles sont ancrées au sein des sociétés, des cultures. Elles ont su  faire consensus autour de leur vérité, leur efficacité, leur justice. Elles ont en quelque sorte fait et refait leurs preuves.  Pourquoi donc en changer, les remettre en cause ? Aux modes passagères, les traditions opposent leur autorité supérieure, celle de « l’éternel hier », qu’elles affirment intemporelle.

Peut-on pour autant imposer aux êtres d’une époque donnée les règles, croyances, conduites adoptées plusieurs siècles plus tôt ? N’est-ce pas prétendre abolir les évolutions techniques, les changements de modes de vie, le progrès du savoir qui définissent l’histoire humaine ? La valeur de vérité d’une opinion, le caractère juste ou efficace d’une conduite doivent être fondés sur ce qui définit cette opinion ou cette conduite en elle-même, et non sur leur ancienneté, qui est commune à nombre de choses humaines sans valeur.

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