Peut-on vaincre un préjugé ?

discrimination-60512_12801) analyse (rapide) de la question
La question porte sur le préjugé, plus exactement la possibilité de la vaincre, ce qui indique très clairement que le préjugé est un adversaire nuisible dont nous voulons, devons nous débarrasser. C’est un présupposé du sujet, difficilement discutable dans la mesure où effectivement avoir des préjugés est un défaut.

Dans le détail, l’analyse donne :

peut-on : est-ce possible ? En a-t-on la capacité ?
vaincre : ici détruire, éradiquer; au moins empêcher de nuire, de se répande. Donc lutter contre lui. C’est un combat qui nous est proposé.
un : un préjugé quelconque donc potentiellement tous. Donc à la fois les miens et ceux des autres.
préjugé : c’est le terme important. Il est assez simple : un préjugé est une opinion non réfléchie sur un sujet donné. Elle est adoptée sans jugement, avant tout jugement (pré-juger). Synonyme possible : un parti-pris (idée de partialité). Préjugé est systématiquement péjoratif à la différence d’opinion, avis ou point de vue. Ces derniers peuvent être réfléchis.

2) le problème : une fois établi sa réalité, il s’articule simplement à l’aide de 2 thèses.

Etablir la réalité des préjugés et leur caractère nuisible n’est en l’occurrence pas très difficile compte tenu du fait que leur existence est admise et critiquée par tous. Préjugés racistes, sexistes, opinions toutes faites et le plus souvent péjoratives sur telle ou telle personne, chacun a pu faire l’expérience du caractère nuisible des préjugés. En a-t-on pour autant une véritable connaissance susceptible de les empêcher de nuire ?

la 1ère thèse que l’on peut défendre est que le préjugé est nuisible car il est faux ou bête. Par définition, la fausseté ou la bêtise nous empêche d’agir, de nous conduire de façon intelligente. On doit donc combattre les préjugés. Cela est possible en développant de façon systématique l’information, l’instruction, la réflexion critique.

la 2ième est que le préjugé, comme une plante parasite, résiste à la réfutation que l’on veut en faire. Soit parce qu’il fait obstacle à l’instruction, la réflexion, soit parce qu’il renaît sans cesse, soit parce qu’il se diffuse de façon trop rapide (cf. ici l’image de la « mauvaise herbe » dans un jardin).

 

Quel ordre des parties (des thèses) ?

2 possibilités :

Soit l’on commence par affirmer que le préjugé ne peut être vaincu, puis l’on affirme que si. Problème : si l’on a bien défendu la thèse que le préjugé était résistant, la partie suivante paraît peu compréhensible. Et puis quelle troisième partie ? Si l’on conclut en partie 2 que le préjugé peut être vaincu, le problème est solutionné. D’où le faible intérêt d’une 3ième partie.

A l‘inverse, si l’on affirme d’abord que le préjugé peut être vaincu, alors la 2ième partie met en valeur le problème, puisqu’elle montre que celui dont on croyait s’être débarrassé est toujours là ! Dans une dernière partie on peut alors s’interroger sur la persistance du préjugé, ce qu’elle nous apprend de l’homme, de la société, de l’intelligence.

3) des éléments de discussion
De façon générale, retenez que toute argumentation en philosophie est liée à l’analyse des concepts, ici celui de préjugé. Chaque argument va donc nous éclairer sur une propriété essentielle du préjugé : comment il naît, évolue, disparaît, de quoi il est constitué, etc.

Attention aux exemples de préjugés utilisés : faites en sorte qu’ils ne soient pas stigmatisants (évitez les termes qui peuvent être insultants).

a) Soit la thèse : il est possible de vaincre le préjugé. Quels arguments ?

. Si le préjugé est l’opinion fausse formée sans savoir et sans réfléchir, alors il doit être corrigé par l’instruction et l’enseignement de la réflexion. Il suffit de s’y prendre tôt et de façon pacifique, habile, afin de surmonter des résistances.
Cf. par ex. le rôle de l’école.

. Par ailleurs chacun a intérêt à se débarrasser des préjugés : les siens parce qu’ils nous empêchent d’agir intelligement, ceux des autres car nous pouvons en être victime.

. Le moyen de lutter contre les préjugés, quand ils ne sont pas violents, est de les laisser s’exprimer, de les laisser montrer leur fausseté ou leur bêtise, puis de leur opposer une réponse réfléchie. Lorsqu’ils sont violents, il convient de démontrer leur bêtise sans les laisser s’exprimer (Ex : les préjugés racistes qui sont interdits par la loi en France).

. De façon générale, il convient pour vaincre les préjugés de développer de façon systématique le goût de la réflexion critique.
Cf. le texte de Nietzsche : la philosophie veut nuire à la bêtise.

. D’où la nécessité de créer les conditions d’une libre expression et de se doter de règles qui permettent la discussion critique. C’est le choix des sociétés libérales et démocratiques du point de vue de leurs lois.

b) L’autre thèse : les préjugés résistent à leur réfutation. Pourquoi ?

. D’abord rappeler qu’effectivement certains préjugés par exemple les préjugés racistes, sexistes, nationaux résistent à la réfutation que l’on veut en faire. Leur résistance n’est pas logique, rationnelle. La bêtise des préjugés est le plus souvent simple à démontrer. Comment expliquer alors leur résistance ?

. S’interroger ensuite sur le gain apparent que procure le préjugé : par définition, il dispense de réfléchir, offre une réponse facile à toutes les questions et de ce point de vue sécurise ou réconforte (de façon illusoire bien sûr).
Il permet ensuite de définir son identité, d’affirmer sa force : il est le plus souvent l’expression d’un intérêt égoïste, d’une volonté de domination (cf. les préjugés racistes/sexistes)

. Il a surtout pour lui la force de l’habitude : cf. la formation des préjugés au sein du milieu familial, social, culturel.

. il rend manifeste l’existence d’une certaine inertie naturelle de la réflexion critique : il est très paradoxal de penser que l’on a des préjugés car ils ne nous apparaissent pas comme tels mais comme des évidences, des nécessités de la croyance.
Cf. Allégorie de la caverne de Platon. La sortie douloureuse hors de la caverne.

c) une 3ième thèse ou une nouvelle façon de discuter le problème : que nous apprend le préjugé sur l’homme et la société ?

. la caractère grégaire de l’homme. L’appartenance à un/des groupes, l’effet de cette appartenance sur les croyances.

. son souci pratique (d’agir) qui lui fait dire et penser n’importe quoi : penser rapidement, signe de bêtise.
cf. Montaigne et la profession d’ignorance.

. l’utilité des préjugés pour qui veut manipuler les hommes : par ex, le politique démagogue qui divise, oppose les personnes , s’en prend aux jeunes/vieux, aux riches/pauvres, aux étrangers/nationaux, à l’Europe/son pays, etc. Des personnes ont donc un intérêt objectif à ce que les préjugés se développent.
Cf. Kant et les tuteurs du troupeau.

. le caractère problématique de l’intelligence : penser par soi-même, c’est d’abord et de façon durable penser contre soi-même.
Cf. texte de Russell sur la valeur de la philosophie.

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