Michel Foucault : l’invention de la prison ou le dispositif panoptique.

Michel Foucault est un philosophe du 20ième s. Il a une nouvelle façon de faire de la philosophie qui consiste à analyser les pratiques humaines collectives. Il s’intéresse donc à histoire, à la médecine, au droit, etc. mais son intérêt porte sur ce qui fait problème dans l’histoire, la médecine, le droit, etc., sur les façons qu’a une chose de faire problème et sur les pratiques, les discours qui font naître ce problème.

La question qui le guide : comment un être humain se transforme en sujet pris dans des relations de pouvoir complexes (pouvoir de la raison, de la justice, de la médecine, des sciences, des techniques, de l’économie, etc.). Une idée importante : le pouvoir ne se possède pas. Il n’est pas à cette poignée d’hommes que l’on appelle hommes de pouvoir). Il s’exerce, il est exercé par un grand nombre d’hommes et de dispositifs techniques, juridiques, matériels, communications, etc.
Il a réfléchi en profondeur sur l’asile, la prison et de façon générale les lieux d’enfermement. Sa réflexion sur la prison aboutit à la publication de Surveiller et Punir en 1975.

L’invention de la prison.
Comment au 18ième s. l’on passe d’une conception de la punition qui fait violence au corps (le supplice en place publique) , à une autre qui vise à faire châtiment au corps (une violence plus sourde) pour redresser l’esprit (l’âme), le discipliner, et qui instaure un régime de surveillance comme prévention de la délinquance.
La prison est d’abord un lieu d’enfermement, de privation de liberté, mais c’est aussi un lieu où l’on agit sur les êtres dans le but de les changer,de  les transformer. Le but de cette transformation est  de les réinsérer dans la société.
Pour transformer les êtres il convient d’abord de les surveiller. De ce point de vue la prison ne met pas les détenus « à l’ombre », dans l’obscurité d’une geôle ou d’une oubliette. Elle les met dans une cellule où il doit être possible de les surveiller ie. les observer. La prison est un dispositif de visibilité dont le modèle a été donné au 18ième s. par un philosophe anglais Jeremy Bentham dans un traité célèbre appelé le Panopticon (1780).
Ce dispositif panoptique est construit selon une règle simple : la surveillance du plus grand nombre à l’aide du moins de surveillants possible. Sa forme la plus connue est celle du cercle avec au milieu le surveillant et tout autour les prisonniers surveillés. Le dispositif est tel qu’il peut fonctionner avec un surveillant quelconque (sans qualification par ex), voire sans surveillant du tout, car il importe avant tout que les prisonniers se croient surveillés de façon continuelle.

Capture d’écran 2015-11-09 à 00.26.43Le dispositif panoptique de J.Bentham.

A ce dispositif technique (architectural, économique) de surveillance s’ajoute un ensemble de disciplines qui visent à corriger l’âme, l’éduquer en agissant sur le corps. D’où la création de nombreux règlements, qui visent à encadrer, planifier l’ensemble des activités. Il importe que le détenu n’ait pas de moments « oisifs ». Ce dispositif de surveillance et de discipline n’est pas propre à la prison. Il peut s’appliquer à d’autres lieux où trouvent réunis des hommes : l’école, la caserne, l’usine, le bureau, etc.
Ainsi s’installe un pouvoir de normalisation que le droit, la loi, la justice vont justifier. Est constituée la délinquance entendue comme l’étude des crimes, des délits et de ceux qui les commettent. A la naissance de la prison est donc liée celle des sciences humaines (psychologie, sociologie) qui fondent en raison le pouvoir de normalisation. Surveiller et punir se présente comme une histoire de l’âme moderne en relation avec l’acte de punir (cf. texte de M.Foucault), l’histoire d’un dispositif d’assujettissement à l’origine des sciences humaines.

Pour une explication de ces idées par M.Foucault lui-même, voir cette vidéo (8min) extrait du documentaire Michel Foucault par lui-même (lien vers ce documentaire sur la page Des liens)

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