L’intérêt de l’histoire est-il d’abord de lutter contre l’oubli ?

Une rapide analyse du sujet nous apprend l’importance de plusieurs mots :

– ceux principaux d’histoire et d’oubli.

L’histoire ici, dans la mesure où elle est censée lutter contre l’oublie est la discipline historique, soit l’étude du passé des hommes et plus généralement de leur devenir.

L’oubli est la perte du souvenir, de la mémoire, cad la perte de ce dont nous nous souvenons d’ordinaire, soit pour l’avoir vécu, soit pour l’avoir appris de façon intentionnelle.

On retrouve ici une distinction/opposition connue entre histoire et mémoire, cad entre d’un côté la connaissance historique, qui a pour fin l’objectivité, pour méthode et pour sources, celles reconnues par la communauté des historiens, et de l’autre côté la mémoire, individuelle ou collective, qui est un rapport subjectif et identitaire au passé.

– ceux, plus secondaires, d’intérêt, de lutter et le terme d’abord.

L’intérêt d’une chose est l’avantage qu’elle a pour nous ou que nous lui trouvons, le bénéfice qu’elle nous apporte. L’intérêt de l’histoire est donc à chercher parmi les avantages, les utilités qui nous conduisent à l’étudier.

Lutter ici, contre l’oubli signifie que l’on s’efforce de se souvenir. Le verbe lutter relève du vocabulaire du combat et laisse entendre qu’il existe des forces qui nous font oublier le (notre ?) passé. Quelles pourraient être ces forces ?
Se souvenir ici gagne à être distingué de connaître, comme la mémoire est distinguée de l’histoire.

D’abord signifie en premier et suppose un ordre de priorité. C’est celui qui est discuté dans le sujet, plus que l’existence de l’intérêt qu’à l’histoire de lutter contre l’oubli.

D’où un problème que ce texte expose de façon brève :

Lutter contre l’oubli, devoir se souvenir : nous sommes là devant une conception de l’histoire qui la ramène à l’écriture d’un roman ou récit national, dont le but serait de maintenir de façon durable la conscience qu’une communauté a d’elle-même, et par là sa cohésion. L’histoire servirait donc un but politique, national ou social.

Or, nous savons que de nombreux historiens s’opposent à cette conception et refusent que leur discipline se fasse servante de la mémoire, qu’elle soit nationale ou communautaire. Car l’historien a d’abord une exigence d’objectivité, d’impartialité de la connaissance historique. Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas le souci de lutter contre l’oubli, mais qu’il a d’abord celui de lutter contre l’ignorance ou l’illusion, le caractère à la fois partiel et partial de la mémoire.

Voilà l’intérêt premier : celui de la connaissance la plus rigoureuse. Mais cela ne veut pas dire que ce soit le seul, ni même le plus élevé. A supposer qu’elle soit bien écrite, l’histoire n’a pas seulement pour but d’occuper les historiens à une tâche ardue : elle doit servir aux hommes, à l’amélioration de leur vie présente et à venir. C’est cela qui lui donne sens et qui la distingue d’un simple archivage du passé.

L’intérêt premier de l’histoire est donc d’abord celui de la connaissance rigoureuse, car elle est la condition nécessaire à tout intérêt ultérieur porté à l’histoire. Mais ce n’est pas son intérêt final, qui est la compréhension et l’amélioration du devenir humain.

 

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