Le travail et la technique

Au sens courant, le travail désigne l’activité rémunérée. Quant à la technique, elle est le plus souvent assimilée aux inventions technologiques de notre quotidien, comme internet ou le téléphone portable. Ce sont là deux points de vue réducteurs.

Le travail est bien plus que l’emploi : il est un certain rapport de l’homme au monde et à lui-même. Par son travail, l’homme transforme, modifie son environnement, se l’approprie et le fait servir à ses propres fins. Ce faisant, il se transforme lui-même et la société à laquelle il appartient.

De même, la technique n’est pas réductible à quelques objets utiles aussi pratiques soient-ils. Elle désigne un ensemble beaucoup plus complexe de savoirs, de procédés, d’objets et d’énergies qui modifient l’action humaine, lui donnent puissance et efficacité. Par ce biais, elle instaure un nouveau rapport de l’homme au monde.

Travail et technique sont des notions intimement liées : la technique est le fruit du travail humain qu’elle contribue à modifier en profondeur, au point même de remettre en cause son existence.

3 questions pour mieux comprendre leurs relations complexes, se faire une idée juste de leur importance et de leurs liens :

– Pourquoi le travail et la technique sont-ils déterminants pour comprendre le rapport de l’homme au monde ?

– En quel sens peut-on dire que le développement des techniques menace l’existence du travail et la société sur laquelle il repose ?

– Faut-il considérer la technologie comme une utopie dangereuse ?

 

1) le travail et la technique comme transformation de la nature et de l’homme.

Un nouveau rapport à la nature

Le terme de travail désigne le plus souvent une activité sérieuse, coûteuse en efforts voire pénible. On l’oppose volontiers d’un côté au jeu et au loisir, de l’autre au repos.

Cette conception a pour origine la condition naturelle de l’homme en tant qu’être vivant : comme tous les autres êtres, il doit s’efforcer de se maintenir en vie, et pour cela de prélever dans son environnement de quoi satisfaire ses besoins. En ce sens très restreint, le travail comme activité vitale est commun à l’homme et aux animaux.

Mais du fait de son évolution, l’homme a changé son rapport au monde : le développement de la bipédie a permis l’accroissement du volume de son cerveau et a libéré l’usage de ses mains. Les hommes ne se sont plus alors contentés de prélever dans la nature de quoi satisfaire leurs besoins, ils ont cherché à détourner les processus naturels à leur profit.

Ainsi se développent les premiers savoirs et procédés techniques qui donnent à l’action humaine une efficacité meilleure : ainsi peut-on penser se développent les connaissances empiriques, pratiques de la faune et de la flore, les premiers essais d’élevage animal et de culture végétale.

L’invention des premiers outils est ce moment privilégié de l’histoire de l’humanité où l’homme ne se content plus de se servir de tel ou tel objet naturel pour obtenir ce qu’il veut, comme le font encore certains animaux, le singe ou la loutre par ex. Il utilise des outils pour fabriquer des outils (cf texte 13 de Bergson p. 165) : une pierre sert à en tailler une autre afin de la rendre coupante. La fonction et son amélioration sont pensées indépendamment de l’usage présent de l’outil. Avec la technique, l’homme substitue à l’instinct l’intelligence qui fabrique.

Le travail humain alors se différencie des efforts de l’animal pour survivre : il devient une véritable connaissance du monde et des moyens d’agir dessus, de se l’approprier, connaissance que l’on peut apprendre, transmettre via les gestes, le langage. Le travail prend une véritable dimension culturelle, anthropologique. En tant qu’activité modifiée par la technique, capitalisable, transmissible et perfectible, il devient le propre de l’homme.

un nouveau rapport à soi et aux autres.

En transformant la nature, l’homme se transforme aussi lui-même. Il acquiert les savoirs techniques, mais aussi le sérieux de l’effort, la patience, l’ endurance. Le loisir peut s’interrompre en toute liberté mais pas le travail. Le travail oblige l’homme à ne pas satisfaire de façon immédiate son désir. Il est selon Hegel une médiation entre lui et la nature. Il amène l’homme à prendre conscience de lui-même, de son désir, de ses forces, de son intelligence, de son inventivité. Il est une expérience concrète de sa liberté.

Le travail inscrit l’homme dans le temps utile qui est celui de l’anticipation de la satisfaction des besoins, celui aussi des nécessités de la tâche à réaliser : temps de la préparation de la tâche et des moyens de la réaliser (outils, matériaux, main d’oeuvre, savoir-faire); temps aussi de l’effort qu’il faut mesurer, doser, de façon opportune.

Le travail inscrit l’homme dans de nouveaux liens sociaux : celui des échanges des produits du travail. Les avantages de la spécialisation des tâches entraînement une multiplication des échanges et une nouvelle organisation sociale fondée sur la division du travail (cf. texte de Platon p.154) . Apparaissent alors des fonctions qui sont autant d’identités sociales : le paysan, l’artisan, le guerrier, le religieux dans les sociétés traditionnelles, la diversité des métiers, emplois, professions aujourd’hui.

C’est là une dimension importante du travail : la dimension sociale. Le travail relie les êtres les uns aux autres, cela de manière nécessaire – les autres ont besoin de mon travail comme j’ai besoin du leur – là où les relations créées par le loisir sont contingentes. le travail créée le commun de la communauté : celle des échanges sociaux et marchands, celle des travailleurs partageant une même tâche et vivant les mêmes conditions.

le travail comme condamnation

Mais avec le travail, l’homme, libéré de la nature, fait l’expérience négative de la soumission à la tâche. C’est le labeur difficile, ingrat auquel sont condamnés les hommes pour survivre ou échapper à la pauvreté. Car avec le travail apparaît la propriété, que le travail justifie (cf texte de Locke p. 158) – on possède le fruit de son travail, de ses efforts- et avec elle les inégalités.

D’abord dominé par l’impératif biologique,naturel de vivre, le travailleur est désormais dominé par un ordre socio-économique qui le contraint à la tâche, l’exploite, l’épuise.

Le travail est alors présenté comme un châtiment divin (« tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », Genèse), associé à la souffrance (travail vient de tripalium, instruments à trois pieux destiné à torturer et à ferrer les grands animaux).

Dans l’Antiquité, pour Aristote par ex. le travail est associé à l’esclavage. L’homme libre ne travaille pas. Il a le loisir de s’occuper à la vie de la cité, de penser. Il n’a pas besoin des loisirs pour échapper un bref moment au travail.

A l’inverse, l’époque moderne (depuis le 18ième s.) valorise le travail. Elle est en fait la mesure de la valeur d’échange de toute chose : « ce que chaque chose coûte réellement à celui qui veut se la procurer, c’est le travail et la peine qu’il doit s’imposer pour l’obtenir » (cf. texte 6 d’A.Smith). Il est pour Kant la source de l’estime de soi : « la nature a voulu que l’homme (…) ne participe à aucun bonheur ou à aucune autre perfection que ceux qu’il s’est créés lui-même, libre de l’instinct, par sa propre raison ». (cf texte 7 de Kant, p. 160).

Et de fait, les différentes révolutions industrielles du charbon, de l’électricité et du pétrole n’ont pas tardé à mettre tout le monde au travail : hommes, femmes, enfants.

Mais cette valorisation du travail cache mal selon Marx  l’exploitation à laquelle sont soumis les travailleurs : l’ouvrier, sa famille, vendent leur force de travail pour un salaire de misère qui leur procure tout juste de quoi vivre. Ils sont abrutis par le rythme du travail toujours plus soutenu afin d’améliorer sa productivité (la productivité du travail est le rapport entre la production et les moyens qui permettent de l’obtenir et l’améliorer. Augmenter les cadences, augmente la productivité). Le travailleur est aliéné dans son produit : sa force de travail vendue au capitaliste, il se trouve dépossédé de son usage, qui est le travail. Il contribue à l’accroissement d’un capital qui le domine. Il connaît la précarité du chômage. (cf texte 10 de Marx p. 162).

La valorisation du travail est selon Nietzsche (cf texte 12 p. 164) une forme dissimulée de l’asservissement des individus. L’homme qui travaille est soumis aux finalités, au temps du travail, à sa contrainte. Le travail, « cad ce dur labeur du matin au soir », est  » la meilleure police ». Il « entrave le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance ». La valorisation du travail et de l’utilité sociale par le travail sont donc des discours suspects.

Faut-il alors souhaiter la disparition du travail ? Faut-il attendre des objets techniques qu’ils nous dispensent de travailler ?

 

2) Vers la fin du travail ?

L’homme ne se contente pas de transformer le monde : il invente sans cesse de nouveaux moyens et de nouvelles organisations sociales pour transformer différemment le monde.

la technique comme système.

Les inventions techniques de l’homme gagnent à être pensées en terme de système, d’éléments associés les uns aux autres : objet technique/savoirs et procédés/énergie.

Les premières pas de la technique humaine furent sans doute l’utilisation des outils, puis celle des outils à faire des outils. Par là, était isolé l’intérêt particulier porté à la technique, au savoir technique. Penser la fonction d’un outil, prendre le temps de l’améliorer, ce n’est pas perdre du temps, au contraire : c’est en gagner pour plus tard, en termes d’efficacité du travail. Les êtres humains se constituent ainsi un capital de savoirs techniques transmis aux générations suivantes, savoirs toujours susceptibles d’être améliorés.

L’outil est l’objet technique de la main, donc de l’énergie humaine. Il demande de la force mais aussi et surtout de l’habileté, un véritable savoir-faire que le maître transmet à son apprenti au sein d’un atelier, lieu d’une pratique commune et d’une transmission des savoir-faire. Les premières machines utilisent les énergies naturelles de l’air, de l’eau (pensons au rôle essentiel des moulins dans l’histoire de l’humanité), mais aussi celle de la traction animale.

Le système technique ainsi formé est le suivant : outils, 1ères machines/savoirs empiriques /énergie de l’homme, de l’animal, des éléments naturels.

La révolution industrielle des XVIIIiè et XIXiè s naît avec la connaissance et la maîtrise scientifique des énergies fossiles : le charbon, le gaz principalement, auquel succède en partie au XXiè s le pétrole.  Ces énergies sont utilisées soit directement soit en tant qu’elles fournissent de l’électricité.

La puissance technique de l’homme s’accroît de façon considérable. Le nouveau système technique est le suivant : machines (à vapeur, électrique, etc)/sciences de la nature/énergies fossiles, électricité.

L’époques moderne n’a fait que poursuivre dans cette direction. Les sciences de la matière et du vivant se sont considérablement développées. L’homme maîtrise désormais l’énergie atomique. L’essor des moyens techniques est considérable : nous sommes désormais à l’âge des savoirs et de la puissance technologique. Techno : relatif à la technique; logie : relatif au savoir, à la science. Notre époque est profondément transformée par le développement des moyens scientifiques et techniques.

Il s’accompagne de la généralisation d’une certaine organisation du travail humain : celui d’une division scientifique, plus connue sous le nom de taylorisme (de l’ingénieur américain Taylor qui le popularisa). Le principe : pour qu’une activité humaine soit efficace, on gagne à séparer et à faire réaliser par des personnes différentes le travail intellectuel et les autres travaux, qui ne demandent pas d’activité de réflexion, d’initiative ou d’habileté particulières. Ainsi la productivité du travail est augmentée, ainsi sont clairement distingués et dans le lieu de travail et dans le société les différents travailleurs (cadres et ouvriers/employés, les concepteurs dirigeants et les exécutants)

La technique fait-elle disparaître le travail ?

La division du travail réduit certaines activités à être de pures actions dépourvues d’initiatives, d’où leur automatisation. Un automate est une machine dotée d’un programme qui lui permet selon la complexité de son programme, d’effectuer des tâches répétitives de façon autonome. Les automates modernes sont capables d’effectuer des taches relativement complexes (ex : le tri de courriers, de paiements)

Les automates et de façon générale l’essor des technologies permettent de penser autrement le travail humain : il peut être confié à un ensemble de machines qui effectuent les unes après les autres les tâches analysées, pensées, programmées, le tout sous la surveillance de techniciens à la fois chargés de la production et de la maintenance. Le fait est que l’automatisation a en partie fait disparaître certains métiers.

Mais on peut faire remarquer que cette disparition est aussi le fruit d’une concurrence internationale des producteurs/travailleurs entre eux. En témoignent les délocalisations par ex du travail ouvrier dans des pays aux coûts de production moindres. Par ailleurs, le développement des techniques demandent aussi des travailleurs, de sorte qu’il est à son tour créateur d’emplois.

La discussion complète de ce sujet renvoie davantage à des études économiques. Le philosophe lui s’intéressera à une autre question : faut-il souhaiter la fin du travail ?

Si la fin du travail est synonyme d’un chômage généralisé et d’inégalités durables entre d’un côté ceux qui possèdent le capital qui leur permet de bien vivre et ceux qui n’ont rien d’autre pour vivre que leur capacité de travail désormais inutile, alors non, on ne saurait vouloir la fin du travail. Car le travail est pensé comme la source du revenu. Il est donc une nécessité économique et sociale. On ne saurait, au nom de la propriété privée, empêcher les hommes de se procurer de quoi vivre.

Mais on peut imaginer que la place du travail diminue dans le vie des hommes en temps, en importance : il s’agirait alors de le partager (ou que chacun au moins puisse en avoir un) et de le rémunérer en conséquence. Travailler moins mais gagner plus en quelque sorte ! On peut même imaginer que le travail ne soit plus corrélé au revenu : c’est l’idée d’un revenu universel versé par un Etat, qui prendrait alors sur les richesses crées par tous. Ce principe est déjà en partie à l’oeuvre dans le système des aides sociales, qui forment un revenu non corrélé au travail.

Outre les problèmes économiques, politiques que peuvent poser ces mesures, demandons-nous si les hommes sont prêts à ne plus travailler.

La fin du travail n’est-elle pas le début de l’ennui, d’une oisiveté dont l’homme serait encombrée ? Ne serait-il pas alors tenté par le divertissement, soit l’activité ludique, en apparence libre et plaisante, mais qui ne ferait que dissimuler son ennui et le sentiment de son inutilité ? Les hommes peuvent-ils se passer de la discipline de l’effort et du progrès auquel le travail les soumet ? Le travail n’est-il pas une condition nécessaire au progrès moral et personnel des êtres humains, ainsi qu’à leur reconnaissance sociale ?

 

3) Le pouvoir technologique : une utopie dangereuse ?

la technique est-elle neutre ?

Les discussions sur la technique sont souvent embarrassées par une affirmation qui tend à relativiser toutes les critiques que l’on porte sur elle. C’est l’affirmation selon laquelle la technique serait neutre.

Est neutre ce qui n’est ni d’un bord, ni d’un autre (ne uter en latin : ni l’un ni l’autre). Un objet, un procédé, un savoir techniques seraient neutres, du moins en apparence, parce qu’ils ne seraient que de simples moyens, indépendants de toute fin.

Prenons un exemple simple : un outil ou une arme ne sont en eux-mêmes « ni bons ni mauvais ». Ils sont de simples objets. Ce sont leurs usages qui sont bons ou mauvais, cela tant d’un point de vue technique que moral.

Par ex. une pince n’est en elle-même ni efficace, ni inefficace : cela dépend de l’usage qu’on en a, du but technique que l’on vise. Elle peut s’avérer pratique pour saisir tel objet, peu pratique pour une autre tâche.

De la même façon, une arme n’est en elle-même ni bonne ni mauvaise d’un point de vue moral : c’est l’usage qu’on en fait (attaquer ou se défendre par ex) qui est bon ou mauvais.

Aussi, à tous ceux qui critiquent le développement accru des moyens techniques et l’usage destructeur qu’on en fait sur l’homme et la nature, il est possible de répondre que ce sont les usages de la technique qui sont condamnables (ou louables !), non les techniques elles-mêmes. De sorte qu’il faudrait laisser les techniques se développer et veiller exclusivement à en faire un bon usage. Ainsi les développements du nucléaire, de l’informatique, de la génétique, etc. ne seraient en eux-mêmes ni bons ni mauvais. Il faudrait donc ne pas s’y opposer par principe.

Ce raisonnement est critiquable dans la mesure où il ne considère pas le développement de  la puissance technique pour ce qu’il semble devenu : une fin en soi.

On peut, pour expliquer cette critique, utiliser un texte de Kant sur la morale, dans lequel, à l’occasion d’une distinction entre impératifs de l’habilité et impératifs moraux (devoirs moraux), il reproche aux parents de se préoccuper davantage de rendre leurs enfants habiles plutôt que bons moralement. Et c’est en effet un souci des parents que de permettre à leurs enfants d’acquérir de nombreux moyens d’agir, quitte à négliger la réflexion quant à  l’usage de ces moyens.

De la même façon, mais cette fois-ci à l’échelle des entreprises et Etats et plus généralement encore de l’humanité toute entière, nous pourrions dire que les groupes humains sont avant tout soucieux d’augmenter leur puissance technique dans les domaines économique, militaire, scientifique. Ce n’est pas la recherche d’un monde meilleur qui guide la recherche technologique, mais le souci de développer des savoirs, des procédés, des objets et des énergies qui permettront de conquérir des marchés, asseoir une domination politique ou pour le moins éviter celle des entreprises/Etats concurrents.

Le progrès des technologies est devenu une fin en soi. Ou plutôt il se dispense de se donner une fin, sinon celle de l’accroissement de la puissance qu’il procure. Ce faisant, il tend à s’autolégitimer : on n’arrête pas le progrès dit le bon sens commun ! Ici, ne pas arrêter le progrès ne signifie pas qu’il faut se réjouir des inventions à venir. Il signifie que le développement technologique s’impose à nous à la façon d’un destin auquel l’homme serait soumis, une sorte de fatalité.

Il est possible de la refuser, de contester la nécessité dans laquelle nous serions de toujours développer de nouvelles puissances techniques sans prendre en compte les conséquences que ce développement est susceptible d’avoir sur l’homme et la nature. C’est l’idée de la responsabilité de l’homme selon Jonas (cf. texte 18 p. 169)

Hans Jonas part d’un constat historique : du fait de sa puissance fondée sur les sciences, « le pouvoir technologique nous pousse en avant vers des buts du même type que ceux qui formaient autrefois la réserve des utopies ».

Au sens strict, une utopie est un projet imaginaire de société future (le terme a pour origine un livre de l’anglais Thomas More au XVIième s.). U-topia : ce qui n’a aucun lieu, autrement dit, ce qui n’existe pas. Une utopie n’est donc pas un idéal de société à réaliser, mais une pure hypothèse qui sert à éclairer et critiquer la réalité présente (le livre de More est en fait une critique de la société de son temps.)

Jonas fait le constat que ce qui nous semblait utopique, « jeux hypothétiques », avant le développement des technologies, est devenu une possibilité, des « esquisses concurrentes de projets exécutables ».

Par ex, la génétique rend possible une modification profonde du vivant et de l’homme. Rend possible : nous ne sommes qu’au début de ces modifications. Et il est difficile de prévoir ce que sera l’avenir de ces technologies. Tel est notre problème : nous nous trouvons dans l’obligation de prévoir les effets lointains de l’usage de ces techniques alors même qu’ils sont extraordinairement complexes, puisqu’ils mettent en jeu un grand nombre de paramètres naturels et sociaux.

Il nous faudrait pour décider de l’usage ou non des ces tehniques une sagesse que nous n’avons pas et même à laquelle nous avons cessé de croire.

D’où selon Jonas l’adoption d’un principe de responsabilité d’un genre nouveau.

Au sens classique, être responsable signifie devoir répondre de ses actes devant les autres, devant un tribunal par ex. (responsabilité juridique). On est responsable des actes dont on est l’auteur, cad des actes que l’on a choisi de faire librement. En ce sens, on ne saurait être responsable de ce que l’on n’a pas fait.

Pour Jonas, l’homme doit se reconnaître responsable devant l’avenir et pour autrui. Autrement dit, il a l’obligation de prendre en compte dans ses choix présents, la vie des générations à venir, soit des personnes qui n’existent pas encore, et vis à vis d’actes qui n’ont pas été réalisés.

Plus simplement cela signifie que l’homme moderne doit agir en suivant un principe de précaution et s’interdire de réaliser ce qui est susceptible d’être un danger pour l’humanité future.

Jonas formule cela à la façon d’un impératif catégorique (un devoir absolu) : « Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre ».

Nous devons donc aujourd’hui nous interdire certains développements technologiques car ils contiennent comme effets possibles (et non nécessaires) la non existence de l’humanité future.

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