Le langage

Définition courante

Au sens courant, le langage est une faculté, une capacité que possèdent les hommes de s’exprimer et de communiquer entre eux à l’aides de signes vocaux ou écrits. Ces signes ne sont pas les mêmes selon les langues, et de fait il existe un grand nombre de langues humaines.

Les problèmes que pose la notion

1) Y a-t-il une spécificité du langage humain ?

Dans la mesure où ils produisent eux aussi des sons ou des gestes, peut-on dire des animaux autres que l’homme qu’ils ont un langage ? Quelle est la spécificité du langage humain ?

a-la communication animale.

De fait, de nombreux animaux communiquent entre eux, et cela est vrai pour des espèces différentes, des mammifères par ex. mais aussi des insectes.

La communication des abeilles a été étudiée par K.Von Frisch. Il a établi que les abeilles échangeaient des informations à propos de nourriture à l’aide de 2 danses, l’une circulaire et l’autre en 8.

Les chimpanzés utilisent des cris et des gestes pour communiquer. En captivité, ils sont capables d’utiliser des signes inscrits sur des tablettes. On peut mentionner aussi le cas célèbre de Washoe, guenon à laquelle un couple d’américains avait appris une partie de la langue des signes.

b- les limites de la communication animale.

La limite principale de la communication animale est sa rigidité.

Elle est très souvent limitée aux mêmes usages  : manger, se reproduire, se défendre, etc.

Elle n’est pas intentionnelle mais automatique : l’abeille danse automatiquement, et répète la même danse. Le message ne varie pas.

Elle est une transmission plus qu’un échange : quand l’animal A émet un son, cela provoque une action chez l’animal B, action qui n’est pas une réponse. Au mieux, il peut émettre à son tour un son, réaliser un geste qui vise lui aussi à agir sur A. Ce que l’on ne voit pas : une réponse de B à A, soit un message qui porterait sur le message de A, l’information transmise (par ex : demander simplement à ce que le message soit répété, précisé, corrigé).

On distingue le signe linguistique du signal grâce auquel les animaux communiquent. Le signal est l’expression d’un état physiologique (faim, peur, etc.). Le signe lui est une création humaine : il relève de la fonction symbolique, et il est lié à la pensée. (c’est la thèse de Descartes selon laquelle les animaux émettent des sons mais ne pensent pas. Cf texte p.127)

c- signe et fonction symbolique.

Au sens général, un objet (traces, sons, gestes, couleurs, etc) est un signe quand sa perception renvoie à quelque chose d’autre que lui, qui n’est pas directement perçu. Ex : la sirène comme signe d’incendie.

Un signal est un signe soit naturel, soit conventionnel, conçu pour déclencher une action : la fumée par ex. signale un incendie (signal naturel), mais c’est aussi le cas de la sirène (signal conventionnel). Nous l’avons vu, la communication animale est faite de signaux.

Un indice est un signe. Il est d’ordinaire laissé de façon non intentionnelle : une trace sur le sol, un cheveu dans une pièce. L’indice est liée physiquement à l’objet, l’être auquel il renvoie.

Une image est un signe qui a pour particularité de ressembler à la chose à laquelle elle renvoie. Une carte par ex. est à l’image (variable en échelle) d’un territoire, et peut mettre en image des entités ou résultats politiques, des flux économiques ou migratoires, des tailles de villes, etc.

Du fait de la ressemblance, l’image a un rapport relativement naturel à ce qu’elle représente. Mais une image peut renvoyer de façon beaucoup plus conventionnelle à ce dont elle est le signe : l’image d’un loup pour la cruauté, de la Tour Eiffel pour Paris, etc. La notion de ressemblance n’entre plus en jeu. Elle fonctionne alors comme un symbole.

Un symbole est un signe conventionnel : il n’est pas une partie, il ne ressemble pas à ce quoi il renvoie. Ex : un mot est un symbole, mais aussi le + pour l’addition, le Na pour le sodium, etc.

Le symbole est composé d’une partie matérielle qui est le signifiant (ex. les sons ou les lettres pour un mot), et d’une autre partie, intellectuelle ou intelligible qui est le signifié, soit le sens ou l’idée du mot. Ex : le signifiant « cheval » (le mot écrit sur une feuille ou les sons prononcés) a pour signifié l’idée du cheval. Le symbole (signifiant/signifié) renvoie ou non à une référence, qui est la chose dont on parle, ici le cheval réel par ex.

Le lien entre le signifiant et le signifié est conventionnel : il varie selon les langues (L’idée de cheval est lié à des signifiants différents selon les langues, par ex. horse en anglais). Le symbole n’est donc pas une copie à la façon d’une image ou un morceau comme l’indice de ce dont il parle. Le symbole peut donc servir à nommer et à parler de tout ce qui ne se figure pas : les idées générales, les abstractions.

d- la double articulation

Les langues humaines sont doublement articulées. Elles sont constitués pour la plupart d’un petit nombre de sons, dénués de sens en eux-même, que l’on appelle phonèmes. Ils sont une trentaine en français.  Associés entre eux, ces phonèmes donnent les mots. C’est la 1ère articulation : avec une trentaine de phonèmes, il est possible de constituer un très grand nombre de mots, qui forment un lexique.

Les mots associés entre eux, selon un ordre précis, forment les phrases. C’est la 2ième articulation, selon les règles de la syntaxe.

Là donc où l’animal reprend, répète de façon rigide les mêmes signaux, l’homme lui crée, invente des phrases jamais entendues auparavant.

 

2) Quel est le pouvoir des mots ?

Les usages du langage ont-ils simplement pour but d’exprimer du sens et de le communiquer à autrui ? Sont-ils nécessaires à la pensée ?

a- communication et expression

Le langage humain a deux grandes fonctions : celle de communiquer et celle d’exprimer.

Au sens strict, la communication est une simple mise en commun. C’est en ce sens que les animaux communiquent le plus souvent. La communication humaine elle est un échange : A dit quelque chose à B qui peut lui répondre, dans l’intention par ex de s’assurer qu’il a bien compris le message.

La communication est une dimension fondamentale du langage. C’est en parlant avec d’autres et en les écoutant que nous apprenons une langue. L’usage du langage est lié à cette notion d’échange avec autrui, raison pour laquelle il est convenu qu’on ne doit pas parler seul (même si en réalité nous le faisons).

Mais la fonction la plus essentielle du langage est l’expression, soit ici la manifestation sensible, à l’aide de mots, de phrases, de ce que l’on pense ou ressent. Toute communication suppose une expression préalable, mais toute expression n’est pas destinée à être communiquée : on peut parler mais plus encore écrire pour soi.

Les hommes s’expriment à la fois pour dire ce qu’ils ressentent, mais aussi pour agir sur autrui, conseiller, inciter. Ils s’expriment aussi lorsqu’ils décrivent ce qu’ils voient, description qui peut prétendre à une vérité. Ils s’expriment encore pour dire ce qu’ils pensent, défendre de façon argumentée leur point de vue, ce qui oriente l’expression vers le dialogue, l’échange des raisons.

b-langage et pensée.

La notion d’expression peut laisser penser que le langage extériorise quelque chose qui existait préalablement à lui, soit la pensée. Il serait le support d’une pensée distincte de lui.

On peut portant à la façon de Hegel (cf texte 9p. 129) faire remarquer que sans mot, une pensée n’existe pas de façon objective.  Elle est défectueuse. Il serait donc déraisonnable de prétendre penser sans mots, et l’inexprimable ne serait rien, n’aurait aucune dignité. Il serait simplement le signe d’un grand trouble qui règne dans la pensée. Une pensée qui cherche ses mots se chercherait elle-même.

Reste que l’individu qui parle, utilise le langage de façon inventive, il ne se contente pas d’utiliser un code tout fait. Il peut jouer avec le langage (utiliser un terme de façon imagée par ex, changer en partie la syntaxe, jouer sur un double sens, etc.), soit se montrer créatif d’un point de vue subjectif. La capacité humaine à comprendre un propos est ainsi faite qu’il aura quand même de grande chance d’être compris. Notre usage du langage, la connaissance que nous en avons nous permettent de saisir les usages inventifs d’autrui.

Comme l’a montré Bergson (cf texte 11 p. 131) l’usage normal du langage ne fait souvent qu’exprimer la surface des choses, de l’existence, ce qui est connu de tous, l’impersonnel. Le propre de l’artiste, de l’écrivain, du grand romancier est justement de faire surgir quelque chose de nouveau par un usage nouveau, créatif, de la langue. On peut aussi penser à la poésie.

Une langue n’est donc pas un code qui servirait à exprimer une pensée, mais plutôt une structure réglée et un  matériau malléables dont les hommes peuvent avoir des usages variés, libres. Certains sont fixes, connus de tous et stéréotypés, d’autres entièrement créatifs. le langage est donc lié à la pensée, mais utilisé par elle plutôt qu’il ne la réduit.

c- langage et détermination de la pensée.

Si la langue est la structure et le matériau qui servent à l’expression d’une pensée, qui ne se réduit pourtant pas à elle, il importe alors d’être attentif à l’usage que nous faisons des mots, comme à celui qui nous est proposé. Il importe aussi de savoir nous montrer inventif  de nouveaux termes, de nouvelles expressions lorsque nous en ressentons la nécessité, et donc de ne pas considérer une langue comme achevée.

Le contrôle du langage est une 1ère façon de contrôler les esprits. Imposer une langue, un lexique revient à imposer une conception du monde. Cela a été montré par Georges Orwell dans son roman 1984. Le but de la novlangue est d’appauvrir l’expression et par là de réduire la possibilité d’une pensée critique.

 

 

 

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