Le désir

définition courante de la notion

Au sens courant du terme, le terme de désir renvoie à un certain vécu subjectif, celui d’une attirance. Elle se manifeste à nous à comme une force qui nous pousse à rechercher l’objet, sa possession. Elle s’accompagne d’une attention portée à cet objet : nous pensons à l’objet que nous désirons. Enfin, le désir est vécu comme un sentiment de manque, de frustration : nous manquons de l’objet que nous désirons.

 

Quels problèmes pose cette notion ?

1) Faut-il distinguer les besoins et les désirs ?

La relation entre les besoins et les désirs : de façon courante, ces 2 notions sont opposées. Pour quelles raisons ? Est-ce justifié ? Ne doit-on pas au contraire penser une continuité entre le désir et le besoin ?

a- la conception courante du besoin et du désir : une opposition.

Le besoin est nécessaire quand le désir lui n’est que contingent. Il faut satisfaire les besoins pour vivre, ce qui n’est pas le cas des désirs.

Le besoin est objectif : la faim, le repos sont des états mesurables en référence à un état normal déterminé. A l’inverse, le désir est subjectif : il est relatif à ce qui manque à une personne, indépendamment de son état objectif. La non satisfaction d’un besoin est une carence, celle d’un désir une frustration.

Le besoin est naturel, lié à notre caractère d’être vivant, alors que le désir est plus social, culturel, lié à notre imagination.

Le besoin n’est pas lié à un objet particulier (ex : la faim) quand le désir lui est lié à un objet précis (ex : je désire tel plat).

Il semble donc qu’il y ait des différences essentielles entre le désir et le besoin.

b- le besoin et le désir : interaction.

Sans nier l’intérêt des oppositions précédentes, elles sont à manier avec modération.

Les hommes éprouvent des besoins qui sont nécessaires sans être vitaux : ils ont besoin d’affection (l’enfant par ex) mais ce besoin n’est pas vital au sens biologique du terme.

De même, le besoin d’affection a une certaine objectivité (on parle par ex. de carence affective) mais il est éprouvé de façon subjective et difficile à mesurer. Il est d’ordre psychique, même s’il a une dimension physique, sensible.

S’il relève de la nature, le besoin est aussi lié à la culture : l’idée que l’on se fait du besoin en sommeil, en hygiène, en nourriture varie selon les époques et les sociétés.

Certains désirs sont à penser dans la continuité des besoins : le désir amoureux par ex, s’il ne s’y réduit pas, est issu de la pulsion sexuelle et du besoin d’affection. Le désir théorique de connaître qui anime le chercheur poursuit le besoin pratique de maîtriser son environnement.

Un désir peut être vécu à la façon d’un besoin. Ainsi par ex. des désirs d’alcool, de drogue, de tabac et même de travail, à l’origine d’addictions et vécus comme de véritables manques objectifs.

c- besoin et désir : 2 pôles.

Il n’est pas possible ni souhaitable d’opposer de façon stricte besoin et désir. Il convient davantage de les penser comme 2 pôles d’un même vécu de manque qui nous pousse vers des objets.

Aussi faut-il rejeter la conception commune qui dévalorise le désir au prétexte qu’il serait artificiel et n’aurait pas la nécessité du besoin.

L’impossibilité de distinguer désir et besoin est liée à la complexité de l’être humain, à son lien à la fois avec la nature et avec la culture (société, histoire).

 

2) Faut-il satisfaire tous ces désirs ?

De façon courante, on conçoit l’existence heureuse et libre comme étant celle où l’on peut satisfaire tous ses désirs : c’est la vie de plaisirs. Mais n’est-ce pas paradoxalement une vie de souffrance ? La sagesse ne conduit-il pas à s’en tenir aux seuls désirs naturels et nécessaires ? Peut-on pour autant se satisfaire des seuls besoins ?

1-la vie de plaisirs

La satisfaction des besoins et des désirs procure du plaisir. A l’inverse, leur non satisfaction (frustration et carence) est source de souffrance. On voit donc assez logiquement les êtres humains chercher à satisfaire tous leurs désirs.

Le plaisir n’est pas défini par telle ou telle chose qui en procurerait, mais par un état agréable. Il est donc recherché pour lui-même. A l’inverse les hommes fuient la souffrance.

Dans un texte célèbre, Platon oppose 2 modes d’existence représentés par des tonneaux à remplir. Le 1er tonneau est bien hermétique, aussi une fois rempli (les besoins et désirs satisfaits), il n’est plus nécessaire de le remplir davantage (de satisfaire d’autres désirs). C’est l’image de la vie tempérante. A l’inverse, l’autre tonneau est percé, aussi doit-il sans cesse être rempli. C’est la vie de plaisirs.

La vie de plaisirs est une vie consacrée à la satisfaction des besoins et désirs. Elle est donc un vie de manque que l’on remplit sans cesse. Tel en est le principe : éprouver le manque puis la satisfaction. L’attrait du plaisir justifie que l’on accepte l’état de manque.

La vie de plaisirs est une vie éminemment sensible : sentiment du manque et sentiment du plaisir se succèdent. Aussi est-elle vécue comme une vie agitée certes mais intense.

2- la sagesse : se satisfaire des seuls désirs naturels et nécessaires.

Le raisonnement qui conduit à renoncer à la plupart des désirs humains est simple. Il s’agit de renoncer à la souffrance du manque qui les précède.

Ainsi Epicure nous conseille-t-il de réfléchir et de bien distinguer entres les différents désirs, ceux qui sont naturels et nécessaires, ceux qui ne sont que naturels, et ceux qui ne sont ni l’un ni l’autre. Le sage, qui recherche un état de plaisir stable, celui où l’on ne souffre plus du manque, se contentera des seuls désirs naturels et nécessaires. Cf. ici le cours sur le bonheur., la 2ième partie.

Le sage est un homme dont les désirs sont pleinement satisfaits, mais qui désire peu : il limite ses désirs aux besoins.

3- le désir ou l’humanisation des besoins.

Limiter les désirs aux besoins revient à ne pas reconnaître ce qui fait la spécificité de l’homme. L’animal vit selon ses besoins et ne recherche rien d’autre qu’eux. A l’inverse, l’homme, du fait qu’il est un être créatif, invente sans de nouvelles sources de plaisir.

Ainsi les êtres humains ont-il inventé la cuisine par ex. qui donne aux aliments des saveurs nouvelles quand l’animal se contente d’une nourriture brute. De même, Le désir amoureux humanise et dépasse la simple pulsions sexuelle. « L’homme est une création du désir, non pas une création du besoin » nous dit Bachelard.

Les sciences, les techniques, l’art comme d’autres savoirs et pratiques humaines sont des créations du désir.

Mais reconnaître l’importance des désirs pour la vie humaine n’implique pas qu’il faille tous les satisfaire. Au contraire, il s’agit de savoir entre tous ces désirs, ceux qui méritent d’être poursuivis et ceux qui au contraire doivent être évités. Le problème de la satisfaction des désirs n’est donc pas résolu par leur réduction aux besoins. Il demande plutôt une capacité à choisir parmi l’ensemble des désirs humains ceux qui sont les plus dignes d’être vécus.

 

 

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