La liberté

Plan de l’article :`

  1. la conception commune de la liberté et sa critique.
  2. la liberté au sens politique et physique (à faire)
  3. la liberté de vouloir (à faire)

 

1) la conception commune de la liberté

a) la liberté comme le sentiment d’une « absence de ».

De façon commune, la liberté est vécue comme un sentiment, et même comme un sentiment positif, agréable : nous nous sentons libres, et nous aimons cela ! Paradoxalement, ce moment positif est lié à une absence.

Demandons-nous en effet à quelle occasion, à quel moment, ce sentiment de liberté est-il éprouvé. Nous verrons que c’est le plus souvent à la fin, au terme, d’une contrainte (une maladie par ex.) ou d’une obligation (celle de travailler par ex.). La liberté est donc définie par ce qui s’oppose à elle mais qui, de façon paradoxale, lui donne sens.

On retrouve cette même définition de la liberté, par opposition,  dans l’expression « une pièce libre » ou « un moment de libre ». Un pièce est libre quand elle n’est plus occupée, ce qui décrit un état de vide. Un moment de libre est un moment où nous n’avons pas quelque chose de fixé à faire, soit là encore, un vide, un « trou » dans notre emploi du temps.

La liberté serait donc une « absence de », de contrainte, d’obligation, d’occupation.

b) sa critique

Cette conception commune fait de la liberté un vécu que rien ne définit vraiment, sinon une absence. Elle est ressentie le plus souvent comme un soulagement : le vendredi soir par ex. est la fin de la semaine de travail, de l’obligation d’efforts. Plus que de liberté, il faudrait parler ici de libération. L’idée de libération est volontiers associée à celle d’une ouverture à un éventail de possibilités : le temps libre du week end nous ouvre les bras, il n’y a qu’à le remplir de ce que nous voulons.

Pourtant, cette absence peut être vécue d’une toute autre façon, celle d’un vide et d’une incapacité pesante à nous déterminer. On peut penser ici à l’écolier ou même au travailleur enfin en vacances, et heureux de l’être, mais bientôt ennuyé de ne plus être occupé par le travail et ses obligations. Chacun peut bien sûr trouver de quoi s’occuper, et même avec plaisir, d’autres fois simplement pour s’occuper. Mais cela montre bien une chose : la vacance en elle-même – l’état de vide- ne nous plaît guère. Elle nous pèse. Qui voudrait alors d’une liberté qui consisterait seulement en une pareille vacance ? La liberté ne serait-elle pas plutôt la capacité à choisir ce qui occupe le temps de notre existence ?

Arrêtons-nous sur le terme de choix. Choisir signifie prendre un parti, et donc renoncer aux autres. Est-ce pour autant une diminution de notre liberté ? Pour le sens commun, oui, qui fait du choix un sorte de rétrécissement de nos possibilités, d’où la difficulté à choisir, et les hésitations, le refus. La liberté serait-elle alors dans l’absence de choix ? C’est parfois ce qu’il nous semble. Mais nous voyons bien aussi que ne pas choisir signifie ne rien faire, rester dans une éternelle indécision, un éventail des possibles mais rien de réel.

Si donc la liberté était une simple absence de contrainte, d’obligation ou d’occupation, alors elle serait un simple pouvoir de refus, et non une capacité à choisir cad à accepter. De ce point de vue, elle ne serait guère désirable.

La liberté ne doit donc pas être pensée comme une simple « absence de », mais plutôt comme une « capacité à », soit une aptitude à se déterminer, se fixer quelque chose à faire ou décision à prendre.

c) les différents sens ou usages du terme de liberté.

A quelles occasions se manifeste cette capacité ? Cela revient à se demander à quelles occasions nous usons du terme de liberté. Leibniz, dans ce texte, distingue 2 sens principaux du terme : liberté de droit et liberté de fait.

– Un homme est libre d’abord selon la loi ou droit selon sa capacité à jouir de certains droits. C’est la liberté au sens juridique.
Un esclave de ce point de vue n’est pas libre (même lorsqu’il est en fuite) car il ne lui est reconnu aucun droit. En fait, il n’est même pas, aux yeux de la loi, un sujet de droit, une personne. Au delà du texte, si l’on suit cette définition, un homme est plus ou moins libre selon l’usage que l’Etat fait des lois et des droits qu’il reconnaît aux sujets ou aux citoyens.

– Un homme est libre ensuite selon le fait, soit ce qui existe. Mais ici Leibniz distingue 2 sens possibles, qui renvoie à 2 modes d’être de l’homme : une liberté de faire et une liberté de vouloir.

. La liberté de faire consiste en une capacité à agir physiquement sur le monde, en tout premier lieu, en celle de pouvoir agir avec notre corps. C’est une liberté d’action physique, matérielle, qui est proportionnelle aux moyens dont on dispose. Un homme en prison n’est pas libre physiquement. De même, un pauvre est moins libre qu’un riche, un malade qu’un bien portant, etc. car leurs moyens d’action, y compris leurs propres corps, n’ont pas les mêmes capacités.

. La liberté de vouloir est plus complexe puisqu’elle relève davantage de la vie psychique, qui n’est pas perceptible. Elle porte sur le motif de nos actes. Ou bien ce motif est une décision rationnelle, opposée aux passions ou désirs, la liberté du vouloir est alors celle de notre esprit. Ou bien elle est une capacité de vouloir de façon contingente, sans motif véritable, sans que rien ne détermine notre volonté (ni désirs, ni raison) sinon le vouloir lui-même : c’est le franc-arbitre ou libre-arbitre.

Quels problèmes posent ces différents usages de la liberté ? Pour y voir plus clair, on peut les regrouper.
La liberté juridique et la liberté physique concernent la vie en société de l’homme, ses relations avec autrui. En ce sens, on peut les considérer ensemble sous un même chapitre, celui de la liberté politique et sociale. Il pose le problème de savoir quelle(s) liberté(s) les hommes veulent bien s’accorder entre eux. La liberté du vouloir pose elle davantage le problème de la détermination de la volonté. Elle interroge donc les motifs de nos choix, leur nature.

 

2) la liberté au sens politique et sociale

La vie en société pose d’abord le problème de la liberté en terme de limitation. Il s’agit d’empêcher que les individus usent de leurs forces naturelles, physiques par ex., pour se nuire les uns les autres. Aussi les sociétés se donnent-elles des règles, les lois, associées ou non à un pouvoir souverain de les faire appliquer, l’Etat.

a. Liberté, lois et Etat.

Il s’agit d’abord d’empêcher les hommes de se nuire les uns les autres par leurs actions, et  pour cela, les limiter, ce à quoi servent les lois : placer l’action des hommes sous l’autorité d’une règle qui préserve la vie du groupe.

En ce sens, la liberté au sens politique et social doit être distinguée de l’indépendance :
. l’indépendance consiste dans le fait de ne pas être soumis à une autorité extérieure, par exemple la volonté d’autrui ou celle des lois. Or, « quand chacun fait ce qu’il lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît à d’autres. » remarque Rousseau. les hommes se nuisent alors les uns les autres.
. C’est avec cette égale pouvoir de nuisance que la loi veut rompre. Pour cela, elle soumet. les hommes à sa règle, limite leur action.  Mais cette condition vaut pour tous et donc protège chacun. La volonté ainsi limitée par la loi définit la liberté.

Il revient à l’Etat de faire appliquer les lois et donc cette conception de liberté politique.

Mais attention : la liberté n’est pas la tranquillité. Comme le remarque Rousseau, « on vit tranquille aussi dans les cachots » (cf. texte p.390 du manuel).

 

 

 

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