La dissertation

La dissertation peut être vue sous 2 angles : d’abord sa forme écrite la plus simple, ensuite et surtout sa définition philosophique, et donc les conditions de sa réalisation réussie (tant qu’à faire !).

La présentation : à ne pas négliger.

1) Sur la forme, la dissertation est un travail d’une ou deux copies doubles, qui comprend 3 grands moments :
– une introduction (10/15 lignes).
– un développement (3 parties d’environ 30 lignes)
– une conclusion (10 lignes env.)

Entre l’introduction, les différentes parties et la conclusion, on trouve des transitions : en clair, on saute une ligne et le cas échéant (entre les parties), on écrit un court texte d’1 ou 2 lignes qui relance la réflexion.
Par ailleurs, le texte est composé de paragraphes. Une partie d’une trentaine de lignes par ex. est organisé  logiquement en 2, 3 ou 4 paragraphes (à la façon des différents § d’une lettre de motivation par ex.). On ne saute pas de lignes entre les paragraphes.

Attention : ne pas prendre à la légère ces recommandations. Une copie mal organisée est pénible à lire, ce qui rejaillit sur la compréhension et sur la note.

Le problème : définition, intérêt.

2) sur le fond, la dissertation est l’examen d’un problème philosophique. La notion de problème est centrale. Bien la comprendre est nécessaire si l’on veut saisir l’effort de réflexion demandé lors d’une dissertation.

Un problème philosophique est une difficulté de compréhension persistante touchant un point de philosophie, difficulté qui demande, pour être mieux comprise voire résolue, un examen analytique, contradictoire (plusieurs thèses doivent être examinées) et ordonné.

Cet examen est censé mettre en valeur la capacité de réflexion et l’esprit critique du candidat, ainsi que le caractère précis et clair de son expression. En un second temps, cela peut mettre aussi en valeur sa culture, en particulier sa culture philosophique.

Quelques précisions :

2.1 la distinction problème/question

– même s’il se présente le plus souvent sous la forme d’une question, un sujet de philosophie n’est pas en lui-même un problème. Et ce sera le premier travail du candidat que de définir (ou poser) un problème à partir de la question posée.

Une question n’est pas en elle-même un problème. Elle est une demande, et il est des demandes qui ne posent pas de difficultés de compréhension, voire pas de difficultés du tout.
ex 1 : en quelle année est mort Socrate ?
Réponse : en -399.
ex 2 : comment fait-on la guerre ?
Réponse : le plus souvent avec des hommes, des armes, de l’argent, des moyens de communication, de transport, etc. La réponse peut être longue mais elle ne pose pas de véritables difficultés.

A l’inverse la question suivante pose une vraie difficulté de compréhension :
ex 3 : pourquoi fait-on la guerre ?
Pourquoi les hommes se font-ils la guerre, alors qu’à bien y regarder elle est destructrice des êtres et des biens ? Est-ce par intérêt, calcul (s’emparer de ressources, de territoires) ? Alors dans ce cas la guerre est rationnelle, une façon violente d’acquérir des richesses. Est-ce par pure violence, désir de dominer autrui ? Alors la guerre a une origine irrationnelle, ce qui implique une certaine conception de l’homme, des rapports humains, la façon dont ils se constituent.
Des 3 questions, seule celle de l’ex. 3 pose un problème philosophique.

2.2 La distinction vrai/faux problème

– il y a des vrais problèmes et des faux problèmes. Un faux problème est une difficulté apparente, elle n’a pas de véritable raison d’être.
Un faux problème est posé soit par manque de réflexion, soit par volonté de manipulation. En effet, faire accepter un problème par quelqu’un, c’est l’amener à reconnaître l’existence d’une difficulté persistante, et donc lui imposer sa vision de la réalité. Les provocateurs procèdent souvent de cette façon : ils posent une question très polémique, agressive, qui fait tout de suite réagir et lance de vives discussions… ce qui laisse croire à l’existence d’un problème (là où il n’y a qu’une manipulation idéologique).

Ex 1 : faut-il être malheureux ?
La question est pour le moins étrange : qui veut être malheureux ? On trouvera difficilement des arguments pour soutenir cette thèse.
Ex 2 : faut-il battre sa femme ?
Seule une personne ayant des préjugés sexistes peut discuter de ce sujet. Une attitude critique élémentaire ici consiste à refuser de faire de cette question un problème.
Ex 3 : les X sont-il tous des terroristes ? (Remplacer X ici au choix par : musulmans, chrétiens, juifs, athée, etc.)
C’est la même chose que pour l’ex. précédent, mais cette fois-ci avec des préjugés hostiles à telle ou telle religion. La seule attitude possible : refuser de faire de cette question un problème,  renvoyer celui qui vous la pose à ses préjugés grossiers et la volonté de vous manipuler.
Ex 3 : Les êtres humains sont-il naturellement violents ?
Là, il peut y avoir un vrai problème : la violence humaine est-elle l’expression de notre animalité ? Est-elle inscrite en notre constitution biologique, l’information génétique qui la définit ? Ou bien au contraire, la violence humaine naît-elle de la socialisation, des rivalités, de l’ambition, des appétits égoïstes qu’elle fait naître ?

2.3 La définition d’un problème (ou comment poser un problème).

Pour définir de façon simple un problème philosophique, il convient de faire 3 choses :

– d’abord dire en quoi il y a réellement un problème, i.e. dire à quelle réalité connue et admissible par tous renvoie la question posée.

– puis énoncer de façon claire, précise la thèse la plus couramment acceptée (celle que l’on jugera telle) sur ce problème donné. Soit répondre à la question : « en quel sens peut-on répondre telle thèse à cette question ?) ». « En quel sens » signifie ici : quel est alors le sens des termes importants du sujet ? A quelle réalité précise, admissible par toute personne de bonne foi, cela correspond-il ?

– enfin énoncer de la même façon tout aussi claire et précise une thèse adverse, qui n’est pas simplement la négation de la première, mais une autre compréhension, tout aussi justifiée, du même phénomène. Soit répondre à la question (généralement plus difficile) : « en quel sens néanmoins peut-on défendre telle autre conception ?« 

En résumé, définir un problème revient à établir qu’il existe une réalité (la même pour tous) mais qui peut être comprise de différentes façons. Ce sont ces différentes compréhensions qui s’opposent de façon progressive, constructive au sein de la dissertation. Leur opposition ou leur dialogue est l’occasion de préciser les différents sens des mots, les différentes logiques (ou rationalités) possibles pour une même réalité.

2 exemples de problèmatisation à partir d’un sujet :
est-il absurde d’aimer quelqu’un pour sa beauté physique ?
devrions-nous renoncer aux besoins artificiels ?
– peut-on vaincre un préjugé ?

Ce contenu a été publié dans fiche synthétique, La dissertation, problématiser, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire