Faut-il croire tout ce que l’on voit ?

1. Analyse du sujet : 

  • la forme du sujet : il porte sur la vue (la perception), plus exactement la relation entre la croyance et la vue. Les 2 termes principaux sur lesquels va reposer la réflexion sont croire et voir.
    Le terme introducteur « Faut-il » pose la question du devoir. Cette notion de devoir est relative à l’attitude critique que nous devons ou non adopter. Elle n’a pas d’emblée un sens moral -rapport au bien et au mal – même si elle ne l’exclut pas.Tel qu’il est construit, nous voyons bien que le sujet remet en cause une attitude courante, celle de croire ce que l’on voit. Il la radicalise avec « tout ». C’est une thèse très courante que le travail devra remettre en cause.
  • Les termes du sujet :

– voir désigne la perception visuelle. En un premiers sens, le plus évident, le sujet porte donc sur la relation empirique, sensible au réel. Mais la notion de vue est-elle strictement empirique ? N’est-elle pas déjà déterminée par une certaine conception, certaines croyances relatives à ce que nous avons sous les yeux ? Ne voit-on pas ce que nous sommes prêts à voir ?
– croire : accepter certaines propositions comme vraies, à la fois parce que nous pensons qu’il est en est ainsi mais aussi par un acte de volonté, de confiance donnée. De façon générale, la croyance suppose une certaine réflexion, un certain savoir, mais va au-delà d’eux. C’est accepter davantage que ce que le savoir recommanderait. En ce sens, croire ne s’oppose pas radicalement au savoir mais s’en distingue quand même de façon claire

2. le problème : peut-on accepter comme vrai ce qui est fondé sur  la perception visuelle ?

Le problème est lié à la fois à la place importante que l’on accorde aux perceptions sensibles, cad à la croyance spontanée, liée aux nombreux usages de notre vie, qu’elle garantit la réalité de ce que l’on voit. Au sens courant, le réel est le perçu, et cela est si vrai que je doute de la réalité de ce que je ne perçois pas, selon l’exemple fameux de St Thomas.

Cette croyance induit un certain rapport au monde et aux autres. Il y a ce que je perçois que je juge réel, et ce que je ne perçois pas et qui pour moi existe de façon douteuse, problématique, ou n’existe pas. N’existent pas ou peu les idées, les sentiments,  les relations, les influences, le passé et l’avenir, etc. N’existent pas non plus ce qui par son ampleur dépasse ma perception : les phénomènes physiques d’ampleur ou au contraire microscopiques, les organisations complexes.

A cette domination du visible sur l’invisible, la réflexion rationnelle, la science en particulier, oppose une tout autre conception du réel : le réel n’est pas ce que l’on voit mais ce que l’on pense, plutôt ce que l’on construit de façon patiente, méthodique, rigoureuse, certes sur la base d’expériences, d’observations empiriques (le visible), mais de façon distincte. Ce qui est le fruit de l’invention conceptuel de la raison. On peut d’ailleurs se référer au texte d’Einstein et d’Infeld donné avec le sujet.
Par ailleurs, et comme nous l’avons déjà indiqué à propos de l’analyse du verbe voir, il est naïf de penser que l’on voit à la façon d’un simple recueil d’informations sensibles. Voir est déjà est acte de l’esprit. D’une scène donné, il privilégie des point de vue qu’il juge pertinents. Voir est donc toujours une action qui engage des conceptions, et le cas échéant, des préjugés.

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