texte de Kant : la discipline est simplement négative.

« La discipline transforme l’animalité en humanité. Par son instinct un animal est déjà tout ce qu’il peut être, une raison étrangère a déjà pris soin de tout pour lui. Mais l’homme doit user de sa propre raison. Il n’a point d’instinct et doit fixer lui-même le plan de sa conduite. Or, puisqu’il n’est pas immédiatement capable de le faire, mais au contraire vient au monde pour ainsi dire à l’état brut, il faut que d’autres le fassent pour lui. (…)

La discipline empêche que l’homme soit détourné de sa destination, celle de l’humanité, par ses penchants animaux. Elle doit par exemple lui imposer des bornes, de telle sorte qu’il ne se précipite pas dans les dangers sauvagement et sans réflexion. La discipline est ainsi simplement négative ; c’est l’acte par lequel on dépouille l’homme de son animalité ; en revanche l’instruction est la partie positive de l’éducation.

L’état sauvage est l’indépendance envers les lois. La discipline soumet l’homme aux lois de l’humanité et commence à lui faire sentir la contrainte des lois. Mais cela doit avoir lieu de bonne heure. C’est ainsi par exemple que l’on envoie tout d’abord les enfants à l’école non dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ponctuellement ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils puissent ne pas mettre réellement et sur-le-champ leurs idées à exécution. »

Kant, Traité de Pédagogie

 

Les termes importants du texte :

§1 : discipline, animalité/humanité, instinct/raison, d’autres.

§2 : discipline, destination, penchants animaux, bornes, sauvagement, négative, dépouille, instruction, éducation.

§3 : sauvage, indépendance, lois, contrainte, enfants, école, s’habituent, ordonne, sur-le-champ.

1) Le problème du texte :

a) approche par l’analyse de ses termes.

On devine rapidement qu’il concerne la discipline, qui est l’objet du texte. Mais que dit-il ?

Dans le §1, la discipline est pensée à l’aide son action sur l’homme : une transformation de l’animal humain en homme.

Dans le §2, la discipline est pensée :

  1. comme moyen d’empêcher un détournement (empêcher que l’homme soit détourné de son humanité à réaliser).
  2. comme imposition de bornes (limites à ne pas dépasser)
  3. dépouillement (action d’enlever, de retirer) de l’animalité. C’est en ce sens qu’elle est dite négative : elle est une soustraction.

On apprend par ailleurs qu’elle a son versant positif, additionnel : l’instruction. Discipline (-) et instruction (+) forment l’éducation.

Dans le §3, la discipline est de nouveau définie comme imposition : soumission, contrainte. Intervient la notion de loi. La disciple n’est donc pas une contrainte brutale, aveugle, mais réglée.
Puis est donné l’exemple de l’école qui nous apprend que la discipline intervient au début de l’éducation : son but est d’habituer l’enfant à demeurer tranquille, à contrôler son impulsivité.

Récapitulons (simple paraphrase du texte) : la discipline a pour but de supprimer la sauvagerie de l’enfant, de façon à lui permettre de s’instruire. Elle prépare le terrain de l’instruction en quelque sorte. Elle est une sorte de dressage qui précède l’instruction.

Quel est l’intérêt philosophique de cette réflexion ?

Il porte sur la culture, vue ici à travers l’éducation. A la culture est liée l’idée de discipline nous dit Kant.  Car la culture est une sorte de dénaturation : « dépouiller l’homme de son animalité ». Il faut pour cela contrer la force des « penchants animaux » à la sauvagerie. D’où la mise sous tutelle de l’enfant, la contrainte et l’apprentissage de la loi (les règles de l’éducation).

L’intérêt est lié ici au paradoxe que cultiver l’enfant consiste d’abord à lui retirer son animalité par la contrainte, à le dresser en quelque sorte. N’est-il pas paradoxale de faire reposer l’éducation, qui est toujours éducation à la liberté (user soi-même de sa raison) sur une pratique de dressage ?

b) approche par la recherche d’un paradoxe

La lecture du texte fait surgir assez simplement un paradoxe : un homme, au moment où il nait n’est pas encore tout à fait un homme. Il doit le devenir, d’où la transformation et l’idée de destination. Curieuse affirmation qui doit nous conduire à réfléchir.

L’humanité est-elle un fait de nature ou de culture ? Peut-on opposer une humanité conquise par l’éducation à une humanité animale qu’il faudrait dresser ? Faut-il réprimer l’animal humain pour éduquer l’homme ?

 

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