Texte de Gadamer : ce qu’est un homme d’expérience.

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« La vérité de l’expérience contient toujours la référence à une expérience nouvelle. Voilà pourquoi celui qu’on appelle un « homme d’expérience » n’est pas seulement celui qui est devenu tel grâce à des expériences, mais celui qui est ouvert à des expériences. La plénitude d’expérience (1), la plénitude d’être de celui que nous disons expérimenté ne consiste pas en ce que cet homme sait déjà tout et le sait mieux. L’homme d’expérience s’avère au contraire radicalement étranger à tout dogmatisme (2). Ayant beaucoup vu et beaucoup appris, il est tout particulièrement en mesure de faire de nouvelles expériences et d’en tirer de nouvelles leçons.

La dialectique de l’expérience (3) trouve son achèvement propre, non dans un savoir définitif, mais dans l’ouverture à l’expérience suscitée par l’expérience elle-même. »

Hans-Georg Gadamer, Vérité et Méthode, trad.E.Sacre, Seuil, 1996, p.207.

Notes :

1- la plénitude d’expérience : le fait que son expérience ait donné la connaissance de la vie la plus pleine.

2- dogmatisme : prétention à détenir la vérité absolue et définitive.

3- la dialectique de l’expérience : mouvement par lequel une expérience nouvelle vient dépasser l’expérience antérieure.

Questions : 

1- Dégagez l’idée principale et les étapes du texte.

a) l’idée principale du texte :

Ce texte porte sur la définition d’un « homme d’expérience ». Le mot expérience a ici le sens d’expérience vécue (la connaissance subjective acquise suite à une longue pratique ou une longue fréquentation des êtres et des choses).

Au sens courant, l’homme d’expérience est celui qui posséde le savoir issu de l’expérience vécue. Celui lui donne une certaine autorité : il « sait déjà tout et le sait mieux » (cf.texte).

Gadamer s’oppose à cette conception courante. Certes, l’expérience nous apprend bien quelque chose. Mais cela signifie qu’avant de vivre cette expérience nous étions ignorants, nous ne savions pas. De ce point de vue, vivre une expérience nous apprend surtout que nous ne pouvons pas nous reposer sur un savoir définitif, que nous avons toujours à apprendre.

b) les étapes du texte :

Le texte est court. On peut néanmoins distinguer 3 brefs moments :

– Le 1er (l.1 à 3) définit 2 notions : ce que l’auteur appelle « la vérité de l’expérience » et « un homme d’expérience ». On retrouve la thèse selon laquelle l’expérience passée et présente est toujours une ouverture vers l’expérience future.

– le 2ième (l.3 à 7) définit la notion de « plénitude d’expérience » en l’opposant à celle de savoir dogmatique. L’homme d’expérience ne croit pas tout savoir.

– le 3ième (l.6 à la fin) définit la notion d’expérience en terme de dialectique, i.e d’opposition entre l’expérience passée et celle à venir. La première appelle nécessairement la seconde.

2) Expliquez :

a) « La vérité de l’expérience contient toujours la référence à une expérience nouvelle. »

Ce qu’il faut surtout expliquer ici : l’expression « vérité de l’expérience ». Or, dans la mesure où l’expérience enseigne quelque chose, cette expression signifie : la vérité que nous enseigne l’expérience.

Cette vérité est que l’expérience nous a appris quelque chose de nouveau, quelque chose que nous n’aurions pas pu deviner par nous-même : il a fallu se confronter à la réalité. La vérité de l’expérience est donc que nous aurons toujours à apprendre de la réalité, que nous ne pouvons pas entièrement la prévoir. D’où l’importance des expériences nouvelles.

Ex : La réaction allergique d’un patient à des soins apprend que d’autres patients auront à leur tour des réactions imprévues. Cette expérience apprend qu’il faut s’attendre à ce que des choses imprévues arrivent.

b) « L’homme d’expérience s’avère au contraire radicalement étranger à tout dogmatisme »

Est dogmatique une personne qui prétend détenir la vérité absolue. Or, un homme d’expérience sait, pour l’avoir vécu, qu’il ne sait pas tout et ne peut pas tout prévoir. Aussi, est-il un homme prudent, méfiant et non pas dogmatique et sûr de lui.

Cette conception s’oppose à la thèse courante qui voudrait qu’un homme d’expérience soit un homme qui a beaucoup appris et qui sait tout.

3) L’expérience de la vie joue-t-elle un rôle dans la connaissance des hommes ?

Rappels :

– cette dernière question est un sujet de réflexion qui demande un certain travail, un certain développement. C’est en quelque sorte une « petite » dissertation.

– par aileurs, il est en lien avec le texte de l’auteur. Il est donc souhaitable de faire référence à ce texte, d’utiliser la thèse de Gadamer dans sa réflexion.

a) brève analyse du sujet : 

1) les termes de la question :

– l’expérience de la vie (EV) désigne ici l’expérience vécue qu’une personne a de l’existence, le temps passé à vivre et ce qu’il a pu enseigné. Par définition, elle est subjective.

A distinguer  : de l’expérience sensible (la sensation) et surtout de l’expérience scientifique (expérimentation). De ce qui n’est pas expérience : ce qui est inné, ce qui nous est dit, transmis par autrui (ex : instruction).

– la connaissance des hommes (CH) : la connaissance humaine (attention ici au complément de nom « des hommes ». L’expression ne signifie pas connaissance que l’on a des hommes, mais connaissance que les hommes ont du monde).

Le terme de connaissance est d’ordinaire employé pour désigner un savoir rigoureux. A distinguer ici : la connaissance de la simple opinion ou croyance. Au contraire, la connaissance suppose une réflexion, une argumentation, des preuves.

– jouer un rôle : intervenir comme élément, contribuer à. L’expression est vague : il va falloir préciser ce rôle, s’il y en a un.

On peut ici penser à la distinction classique : origine/fondement.

2) la forme de la question

La question est directement problématique : elle oppose 2 thèses (oui/non). Reste à donner un sens à cette opposition, à définir un problème précis.

b) le problème : (à suivre)

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