Texte de Rousseau : « les plus grandes idées de la Divinité nous viennent pas la raison seule ».

hand-453220_1280« Les plus grandes idées de la Divinité nous viennent par la raison seule. Voyez le spectacle de la nature, écoutez la voix intérieure. Dieu n’a-t-il pas tout dit à nos yeux, à notre conscience, à notre jugement ? Qu’est-ce que les hommes nous diront de plus ? Leurs révélations ne font que dégrader Dieu, en lui donnant les passions humaines. Loin d’éclaircir les notions du grand Etre, je vois que les dogmes particuliers les embrouillent ; que loin de les ennoblir, ils les avilissent ; qu’aux mystères inconcevables qui l’environnent ils ajoutent des contradictions absurdes ; qu’ils rendent l’homme orgueilleux, intolérant, cruel ; qu’au lieu d’établir la paix sur la terre, ils y portent le fer et le feu. Je me demande à quoi bon tout cela sans savoir me répondre. Je n’y vois que les crimes des hommes et les misères du genre humain.

On me dit qu’il fallait une révélation pour apprendre aux hommes la manière dont Dieu voulait être servi ; on assigne en preuve la diversité des cultes bizarres qu’ils ont institué, et l’on ne voit pas que cette diversité même vient de la fantaisie des révélations. Dès que les peuples se sont avisés de faire parler Dieu, chacun l’a fait parler à sa mode et lui a fait dire ce qu’il a voulu. Si l’on n’eût écouté que ce que Dieu dit au cœur de l’homme, il n’y aurait jamais eu qu’une religion sur la terre. »

Jean-Jacques Rousseau, Emile ou de l’Education, IV.

Questions :

1/ Expliquez : « Leurs révélations ne font que dégrader Dieu, en lui donnant les passions humaines. »

Rousseau critique ici ce que l’on appelle les religions révélées. Le judaïsme, le christianisme et l’islam sont dites des religions révélées car leur autorité est fondée sur la croyance que Dieu aurait révélé sa parole à un homme appelé prophète. Le prophète l’écrit dans un livre et par ce moyen la diffuse aux autres hommes.

Rousseau conteste l’autorité de ces révélations. Il prétend que les paroles que l’on trouve dans les livres sacrés (la Torah, la Bible, le Coran) ne sont pas les paroles de Dieu mais celles des hommes qui ont écrit ces livres. Son argument est que ces paroles sont pleines de passions, i.e de sentiments, désirs colériques, haineux. Ces passions ne sont pas divines mais humaines car on ne peut pas imaginer Dieu s’abaisser à se mettre en colère, à punir, à détester.

A l’autorité de la révélation, Rousseau oppose celle de la subjectivité. Selon lui, Dieu s’adresse à chacun de nous par l’intermédiare du « spectacle de la nature » et de la conscience qui est une voix intérieure. Le spectacle de la Nature nous fait connaître l’existence et la grandeur de Dieu qui est son auteur. La conscience, qui allie raison et sensibilité, nous fait connaître le bien qui est la volonté de Dieu.

On voit donc ici que la croyance religieuse, qu’on appelle aussi la foi n’est pas opposée à la raison, au contraire. C’est parce qu’il réfléchit, qu’il raisonne, que l’homme est capable de connaître la grandeur et la bonté de Dieu, et de ne pas le confondre avec les images haineuses  et trompeuses qu’en donnent les religions révélées.

On appelle religion naturelle ce rapport direct de Dieu à chaque croyant. On l’oppose à la religion révélée qui elle place les écrits et ses interprétes autorisés (les membres du clergé) entre Dieu et les croyants.

Religions naturelle : Dieu <—> chaque homme. Rapport direct.

Religion révélée : Dieu <—> le prophète, les écrits, le clergé <—> les hommes. Rapport indirect.

2/ Expliquez : « Dès que les peuples se sont avisés de faire parler Dieu, chacun l’a fait parler à sa mode et lui a fait dire ce qu’il a voulu. »

Rousseau critique ici tous ceux qui prétendent à tort parler au nom de Dieu, être les véritables interprétes de la parole divine (des livres sacrés). En vérité, ils ne font que parler d’eux-mêmes.

Mais la phrase a ici une portée plus grande puisqu’elle fait référence aux différents peuples. Selon lui, la diversité des religions est artificielle. Les différences entre les religions ne sont que des différences humaines, culturelles. Il n’y a en réalité qu’un seul Dieu, sensible au coeur (la conscience). Ce dieu est le même pour tous les hommes, toutes les cultures.

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