texte de G. Bachelard : la rosée, un exemple d’obstacle épistémologique (l’observation « naturelle »).

« Affirmé dogmatiquement par un empirisme qui s’enferre dans sa constatation, un fait s’inféode à des types de compréhension sans rapport avec la science actuelle. D’où des erreurs que la cité scientifique n’a pas de peine à juger. Qui a compris, par exemple, la théorie scientifique du point de rosée a conscience d’apporter une preuve définitive qui clôt une ancienne controverse. La technique d’un hygromètre (1) comme ceux de Daniell (2) ou de Regnault (3) – pour ne citer que des appareils connus au milieu du XIX ième siècle – donne une garantie d’objectivité moins facile à obtenir d’une simple observation “naturelle”. Une fois qu’on a reçu cette leçon d’objectivité, on ne peut guère commettre l’erreur d’un Renan qui croit pouvoir rectifier le sens commun en ces termes : “Le vulgaire aussi se figure que la rosée tombe du ciel et croit à peine le savant qui l’assure qu’elle sort des plantes.” Les deux affirmations sont fausses; elles portent toutes deux la marque d’un empirisme sans organisation de lois. Si la rosée tombait du ciel ou si elle sortait des plantes, elle ne susciterait qu’une bien courte problématique. Le phénomène de la rosée est rationalisé par la loi fondamentale de l’hygrométrie liant la tension de vapeur à la température. Appuyé sur la rationalité d’une telle loi, on peut, sans contestation possible, résoudre le problème de la rosée. »

G.Bachelard, Le Rationalisme appliqué Éd.P.U.F., 1949, p52.

Notes : 1) Appareil permettant de mesurer le degré d’humidité de l’air. 2) John Frederic Daniell, physicien anglais (1790-1878). 3) Victor Regnault, physicien français (1810-1845).

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