Peut-on dire de l’expérience qu’elle nous instruit ?

Rappel : l’exercice de la dissertation doit apprendre à un élève à organiser sa pensée et à conduire un raisonnement. Le point de départ : un sujet. Il faut d’abord en faire l’analyse pour ensuite poser un problème précis qui va permettre l’organisation des idées.

Le forme de la question :
– le terme principal est celui d’expérience. C’est sur lui que va porter la réflexion, l’analyse.
– Le verbe instruire est un terme secondaire : il sert à interroger celui d’expérience. A la façon d’un prisme qui décompose une lumière, il en fait apparaître les divers sens et les problèmes qui leur sont liés.
– Peut-on dire est le terme introducteur. Il signifie : y a-t-il des raisons de dire cela, et quelles sont-elles. Ou au contraire, n’y a-t-il pas de raison de dire cela. C’est la forme élémentaire de la discussion.

Les termes de la question :

a) le terme d’expérience (du latin experientia, essai, épreuve, tentative) a plusieurs sens qui tous se rapportent à un contact direct avec le réel. On distingue :

– l’expérience sensible, soit l’ensemble des sensations. Les sens (toucher, goût, ouïe, vue, odorat) permettent à l’homme de percevoir le monde qui l’entoure et de sentir son corps (sensibilité interne). Les signaux des sens sont traités par le cerveau.

Pour les empiristes, les données des sens sont la source de toutes nos connaissances.

– l’expérience vécue désigne des événements vécus au cours de sa vie, la mémoire que nous en avons, les effets que cela a eu sur nous. L’expérience vécue s’inscrit dans le temps long qui est celui de la vie. Elle contribue à former une identité individuelle. Ex : l’expérience des combats politiques.

– l’expérience pratique relève de l’action (la pratique, du grec praxis). Une pratique est une action répétée de façon habituelle. Elle est de ce fait mémorisée, exécutée avec plus de facilité. La pratique procure une certaine habileté. Ex : la pratique d’un sport.

– l’expérience scientifique ou expérimentation. Elle est pour l’essentiel un dispositif technique destiné à vérifier ou infirmer une hypothèse scientifique, elle-même solidaire d’une théorie. L’expérimentation est toujours organisée en fonction d’une hypothèse.

b) Le terme instruire a deux sens principaux, faire connaître ou rechercher, selon que l’on instruit quelqu’un (faire connaître) ou quelque chose (rechercher. Cf. le juge d’instruction qui recherche les éléments d’une affaire. (cf. TLFI). C’est le premier sens qui nous intéresse ici.

3 définitions sont lui sont associées : 1. Former l’esprit, la personnalité de quelqu’un par une somme de connaissances liées à l’expérience, à la vie, aux événements. 2. Communiquer (à un adulte, le plus souvent à un élève) un ensemble de connaissances théoriques ou pratiques liées à l’enseignement, à l’étude. 3. Porter à la connaissance de quelqu’un (une série de faits) aux fins de l’informer.

Compréhension de la question :

Partons de la définition d’instruire. Nous voyons bien qu’elle reconnaît à l’expérience un caractère instructeur en 1 et 2. Dans le même moment, elle se réfère principalement à l’idée de connaissance, et pas seulement empirique : connaissances théoriques, informer qqn. par ex. (sens 2 et 3). Il ne s’agit pas d’opposer ces sens entre eux mais de se demander le problème qu’ils révèlent.

Il est lié ici aux relations entre la connaissance et l’expérience : quels liens y a-t-il entre ces 2 notions ? La connaissance suppose-t-elle l’expérience ? La connaissance est le savoir que nous avons de qque chose, dans un domaine particulier, moyennant son étude, cad moyennant un certain nombre d’efforts de recherches, de définitions, de réflexions qui ont permis de caractériser de façon rigoureuse cette chose. Elle est opposée à l’ignorance qui est l’état de celui qui n’est pas informé ou qui n’a pas étudié un sujet donné. Elle est distincte de la croyance qui est est adhésion de l’esprit sans examen approfondi ou sans preuves véritables.

Quel rôle l’expérience joue-t-elle dans la connaissance ? Pour les empiristes, elle est à la source de toutes nos idées, donc de toutes nos connaissances. Mais l’expérience est aussi le vécu et la pratique soit un contact singulier avec une chose ou au contraire un usage répété. Dans les 2 cas, le rapport à la chose est censé nous dire quelque chose d’elle. Mais quoi ? Et de quelle façon précise ? Enfin, il y a l’expérimentation scientifique. Elle a un rapport évident à la connaissance. Mais quel est son rôle précis, en particulier sa place relativement à la théorie ?

La définition d’un problème.

Nous en voyons les 2 directions : la première défendra que l’expérience est source de connaissances, qu’elle en est un élément indispensable. Ce qu’il faut valoriser ici : le rapport aux choses mêmes. Il n’y a pas de connaissance s’il n’y a pas ce rapport, mais soit ignorance, soit croyance, cad confiance en notre seule pensée, ou en des propos qui nous auraient été transmis par d’autres.

La seconde, plus difficile, défendra la thèse que l’expérience ne suffit pas à connaître, voire – mais c’est un travail plus difficile – qu’elle empêche de connaître. A valoriser ici : ce qui n’est pas l’expérience, savoir l’activité réfléchie de l’esprit, et plus particulièrement l’activité théorique entendue comme une activité purement rationnelle. Il s’agit de montrer que la connaissance n’est pas la pure réception d’une expérience, mais une activité plus complexe qui mêle la réflexion rationnelle et l’expérience, la première définissant le rôle précis de la seconde. Rappel : nous avons vu en cours que les faits en eux-mêmes n’avaient pas de sens, ne prouvaient rien sans une pensée qui leur attribue un rôle précis dans une argumentation.

Un plan possible :

1ère partie : ce dont l’expérience nous instruit.

l’axe de cette partie : l’expérience nous instruit de la réalité, cad à la fois de l’être même des choses mais aussi de nous mêmes, qui faisons partie de l’expérience.

Idée 1 :  L’expérience sensible est l’origine de notre rapport au monde. C’est par elle que l’être humain parvient à connaître le monde. Nos impressions sensibles sont à l’origine de nos idées. Cf Hume : ‘Tous les matériaux de la pensée sont tirés de nos sens, externes ou internes ». EEH, Section II.
L’expérience nous instruit de l’existence de la réalité.

Idée 2 : En même temps qu’elle nous fait connaître le réel, l’expérience nous fait nous connaître nous-mêmes.
Ex : l’expérience vécue. Le propre de cette expérience est qu’on ne peut pas lui substituer une réflexion théorique, puisque ce que l’on apprend tient justement dans le fait de vivre (sentir, éprouver, penser, se souvenir d’un évènement) le moment singulier.
Ex : l’expérience pratique. La répétition d’une action nous en donne la maîtrise et par là développe notre habileté.
L’expérience nous instruit de nous-mêmes, elle nous révèle à nous-mêmes.

Idée 3 : En s’appuyant sur l’expérience, le savant prouve la vérité de ses hypothèses. Ainsi dans les sciences de la nature, le savant procède à une expérimentation, qui confirme ou infirme son hypothèse. De même, dans le domaine des sciences humaines et sociales, le savant cherche à établir les faits (recherches d’archives, constructions statistiques, etc) qui confirment ou non son expérience.

2ième partie : ce dont l’expérience ne nous instruit pas.

l’axe de la cette partie : il n’y a d’instruction que s’il y a une activité rationnelle.

Idée 1 : l’expérience sensible est un ensemble d’impressions qui en elles-mêmes ne constituent pas une pensée, même si elles sont à l’origine de nos idées. Il n’y pas de pensée sans une activité rationnelle qui créent des liens entre les idées, les associent à des mots.

Idée 2 : Le propre des faits est qu’ils ne disent rien :  ils n’expliquent pas. Il est des expériences qui n’instruisent pas et que nous répétons sans les comprendre, ou d’autres qui sont vécues comme des énigmes, des moments indicibles. Ex :  expérience traumatique.
De même, la simple pratique empirique ne donne pas la connaissance de ce que l’on fait. Le bricoleur n’a pas la connaissance de l’homme de l’art, l’artisan. Cf. la distinction homme d’art/homme d’expérience d’Aristote.

Idée 3 : il n’y a pas d’expériences en sciences si le savant ne se fixe pas auparavant une hypothèse pour conduire ses recherches empiriques. Pas d’expérimentation ou de recherches dans les archives sans une pensée rationnelle qui guide les recherches. Cf. textes de Bachelard sur la connaissance qui est une réponse à une question, de Lucien Febvre pour qui l’histoire est choix.

3ième partie possible : ce dont l’expérience nous instruit le plus, n’est-ce pas qu’elle ne nous instruit pas  ?

Idée 1 : l’expérience est en elle-même dénuée d’intelligence, de compréhension : il lui faut l’analyse. Mais à l’inverse, l’analyse à seule ne suffit pas : il faut le rapport aux choses mêmes qui distingue le réel du simple possible ou de la fiction.

Idée 2 : ce que l’expérience nous apprend est moins une leçon définitive que le fait que nous avons toujours à apprendre. L’expérience nous apprend que nous avons toujours à apprendre d’elle, qu’il ne faut pas donc pas s’enfermer dans un dogmatisme. Cf ce texte de Gadamer.

On peut penser ici à la fameuse question de ce que nous enseigne l’histoire. A cette question Hegel répond que justement le grand enseignement de l’histoire, « c’est que peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire ». Cf ce texte. Une situation historique est toujours particulière. Il faut donc toujours être attentif à sa nouveauté, sa singularité.

Idée 3 : Il s’agit de créer entre le penser rationnelle et l’expérience, le rapport aux faits réels, une dialectique, une opposition critique vertueuse, l’un venant sans cesse interroger l’autre.

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Toutes les opinions sont-elles respectables ?

1) La forme de la question

Elle porte sur les opinions (≠ les personnes, les sociétés). Cette notion est donc à bien analyser
Elle porte sur toutes les opinions, y compris celles dont on devine qu’elles ne sont guère respectables.
Elle porte sur leur caractère respectable. A analyser donc : ce que signifie respecter une opération, en général, et la difficulté que l’on peut rencontrer avec certaines d’entre elles et pour quelles raisons.

2) les termes de la question

a) opinion : avis, point de vue, jugement d’une personne sur un sujet donné.
On distingue l’opinion du savoir ou connaissance. Le savoir est objectif, l’opinion est subjective. Cela ne veut pas dire qu’elle est fausse, mais plutôt qu’elle est l’expression d’une personne, non une recherche méthodique, rigoureuse de la vérité. L’opinion est autant l’expression d’une pensée que d’intérêts ou de sentiments. Elle peut être une simple affirmation de soi.

A ne pas confondre : l’opinion ≠ la personne qui exprime cette opinion. Une opinion est une croyance plus ou moins réfléchie. Ce n’est pas un être humain.
Autre confusion : l’ opinion commune, qui est partagée par un nombre plus ou moins grand de personnes ≠ l’opinion publique qui est l’opinion majoritaire et qui tend à s’imposer comme une norme (à tort).

b) respectable : qui mérite le respect. Cad ? En un sens général, le respect est un certain sentiment qui incite à prendre en considération, à traiter avec égard une chose ou une personne. Ce sentiment dicte donc une certaine attitude à laquelle on reconnaît le respect.
En quoi peut consister le respect d’une opinion ? Différents possibilités qui forment comme une graduation : accepter, admettre l’existence, l’expression; reconnaître la valeur de, prendre en compte; reconnaître la grande valeur de, admirer.

Vers le problème

Difficile pour nous de parler de respect des opinions sans penser aussitôt à ce droit fondamental qu’est la liberté d’opinion et d’expression.Il nous paraît absolument impossible de ne pas la respecter et avec elle la diversité des opinions. Encore faut-il en connaître les raisons et être capable de les exprimer. Reste que c’est la 1ère thèse qui nous vient à l’esprit à la lecture de ce sujet. En quoi est-elle problématique ?
L’adjectif « toutes » nous met sur la piste : toutes, y compris les pires, les plus fausses, les plus irrespectueuses des personnes et de la liberté d’opinion elle-même. On pense ici aux opinions à caractère sexiste, raciste, antisémite, homophobe, etc. Le problème que pose ces opinions est celui de la liberté d’expression. Au nom de quoi peut-on interdire leur expression ?

3) problème et discussion

La liberté d’opinion est un droit fondamental reconnu dans toutes les démocraties. Elle affirme qu’un homme ne saurait être inquiété pour ce qu’il pense et qu’aucune personne n’est tenue de soumettre son avis à celui de la majorité. Il lui est associé la liberté d’expression, car elle est une condition nécessaire à la formation d’une libre opinion. En ce sens, nous devrions dans un pays démocratique respecter toutes les opinions, cad admettre leur existence et leur expression.
Il existe pourtant des opinions qui ne suscitent guère le respect, celles qui sont manifestement fausses par ex, mais plus encore, celles qui sont irrespectueuses. Il est nécessaire de lutter contre elles et il n’est donc question de les respecter. Une opinion d’ailleurs est-elle en elle-même respectable ? Ne faut-il pas la dissocier des droits qui la protègent, de la personne qui l’exprime ? N’est-ce pas en définitive la liberté d’opinion qui est respectable ?

1er moment : en quel sens on peut dire que toutes les opinions sont respectables.

Idée 1 : la liberté d’opinion est un droit fondamental qui doit être respecté.
Son sens profond : que la liberté individuelle de penser est une valeur supérieure à celle de la vérité, à l’accord de la communauté.  Ex : la liberté de croire (religieuse) est en fait une liberté de ne pas croire ce en quoi les autres membres de la société croient. Le droit de penser différemment.

Idée 2 : la liberté d’opinion implique la liberté d’expression, donc son respect.
Une opinion ≠ simple avis, point de vue que l’on garde pour soi.
mais = une pensée qui se forme et s’échange dans la discussion avec autrui.
Ex : liberté de la presse.

Idée 3 : La conséquence de l’idée 2 est qu’il nous faut admettre l’expression d’opinions non seulement différentes mais qui nous dérangent.
La limite à la liberté d’expression des opinions = la loi ≠ notre sensibilité subjective.
La liberté d’expression n’est pas une liberté de parole illimitée mais une obligation qui est faite à tous de laisser les autres s’exprimer. D’où le respect de toutes les opinions.

2ième moment : en quel sens toutes les opinions ne sont pas respectables.

Idée 1 : la liberté d’expression ≠ liberté d’insulter, de diffamer autrui.
Exprimer une opinion est une action comparable aux autres actions humaines : elle ne doit pas pas porter atteinte à la personne d’autrui. Le liberté d’expression est limitée en ce point précis.
Ex : l’opinion : « il faut contrôler davantage les chômeurs » est distincte de l’opinion : « les chômeurs sont des fainéants et des fraudeurs. » La deuxième opinion est une insulte et de ce fait elle n’est pas respectable.
Csqce : les opinions de type raciste, sexiste, homophobe, etc. ne sont pas respectables.

Idée 2 : les opinions fausses ne sont pas respectables.
Une opinion n’est pas une pensée élaborée. Elle peut être la simple expression d’un intérêt ou d’une crédulité. En ce sens, elle manifeste le manque de clairvoyance, de réflexion de celui qui l’exprime. Son expression est acceptable mais on ne saurait la respecter.

Idée 3 : Une opinion en elle-même n’est pas respectable.
Par définition, une opinion n’est qu’un simple avis plus ou moins réfléchi. Il n’y a donc pas de raison de la respecter par principe. Ce sont la vérité et la connaissance qui sont respectables.

3ième moment : que respectons-nous alors quand nous respectons la liberté d’opinion ?

Idée 1 : si ce n’est pas l’opinion elle-même, cela peut être à la personne qui l’exprime.
La personne ≠ l’opinion qu’elle exprime. On peut critiquer l’opinion sans porter atteinte à la personne.
Ex : il est possible de critiquer les croyances religieuses sans porter atteinte aux croyants et à leur liberté de culte.

Idée 2 : mais il est des personnes dont la conduite n’est pas respectable.
Il est par ex. des conduites égoïstes ou violentes qui ne méritent pas le respect. Il faut alors blâmer la personne qui adopte et se maintient dans de pareilles conduites. Or, on ne saurait respecter ce que l’on blâme. Où il est montré que les personnes, en tant qu’elles décident de leur conduite, et non pas en tant qu’être humain en général, ne sont pas toutes respectables.

Idée 3 : ce sont les libertés d’opinion et d’expression qui sont respectables, plus précisément les règles qui les protègent.
Il ne saurait y avait d’expression, de discussion par ex, sans acceptation de règles de l’expression. Elles sont nécessairement impliquées par la décision de rendre publique son opinion. Ces règles sont pour l’essentiel nous l’avons vu de ne pas porter atteinte à autrui et d’accepter sa libre expression.

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L’Enquête sur l’entendement humain de D. Hume, section I : le projet philosophique de Hume.

Question : A quoi doit servir la philosophie selon D.Hume ?

Une science de la nature humaine 

Le texte de la section I de l’EEH commence par une définition de la philosophie morale : elle est une science de la nature humaine. Le terme de science a ici le sens de savoir rigoureux, et celui de nature humaine signifie un ensemble de caractères innés susceptibles de définir l’essence de l’homme, soit ce que sont nécessairement tous les hommes du fait de leur origine naturelle commune.

Deux façons de philosopher

Par la suite, Hume distingue 2 façons d’aborder cette philosophie morale :

  • la 1ère est « facile et claire » et « agréable » et « utile (…) dans la vie courante » (§2, p48). Elle vise à rendre les hommes meilleurs d’un point de vue moral, cad plus vertueux. Son moyen est la persuasion, soit une argumentation qui sans être dénuée de logique, fait surtout appel aux sentiments, à la force des exemples. Ses principaux auteurs sont des écrivains comme Cicéron (Antiquité) ou La Bruyère (XVII ième s.).
  • La 2nde est « précise et abstruse » cad difficile à comprendre (idem). Elle est une spéculation, cad une réflexion abstraite, sur la nature humaine. Son but : déterminer  à l’aide d’une connaissance solide, « hors de controverse », les grands principes de la nature humaine, et par là de la philosophie morale toute entière. Ses principaux auteurs sont Aristote (Antiquité) et Malebranche (philosophe post-cartésien du XVII sème s.).

Pour simplifier nous dirons que la 1ère façon vise surtout la clarté et l’utilité, la seconde la précision et la vérité.

Nous retrouvons là une distinction classique de la philosophie que l’on peut exprimer à l’aide de son étymologie grecque : philo et sophia, soit l’amour de la sagesse et du savoir. Pour un philosophe grec, il n’y a pas de sagesse véritable, de conduite bonne, sans savoir. La réciproque est vraie : pas de savoir véritable sans sagesse. Les deux sont liés.

A l’époque moderne ces deux dimensions de la philosophie peuvent être opposées. Ici, elles le sont surtout relativement à leur usage social : la 1ère philosophie s’adresse à toutes les personnes cultivées, la 2nde intéresse davantage les philosophes de profession, dont Hume fait partie.

Hume a connu un échec éditorial lors de la parution de son 1er ouvrage, le Traité de la nature humaine (1739). Il relevait de la 2nde philosophie et n’a pas trouvé son public. Avec l’EEH (parue sous un autre titre en 1748), Hume vise à ne pas refaire la même erreur, d’où cet avertissement au lecteur sur les différentes façons de faire de la philosophie. Il va dans les paragraphes suivants éclaircir sa position.

Etre philosophe sans cesser d’être homme.

Hume a retenu la leçon de son échec et prétend désormais ne plus séparer ces 2 façons d’être philosophe. Il conserve le souci de précision et de vérité de la 2nde philosophie mais veut aussi s’adresser à l’homme « sociable » et « actif » (§2, p.50). La solution est selon lui « un genre de vie mixte » où l’on peut donner « libre cours à (la) passion pour la science » mais d’une science qui soit « humaine et telle qu’elle puisse se rapporter directement à l’action et à la société ». Ce qu’il résume à l’aide d’une phrase célèbre : « Soyez philosophe; mais au milieu de toute votre philosophie, soyez toujours un homme ». (idem)

Une enquête naturaliste et sceptique sur l’entendement humain

On pourrait bien sûr ne pratiquer que la 1ère philosophie et éviter la seconde, que Hume nomme ici métaphysique. Mais 2 difficultés se posent :

  • la 1ère est que la précision est utile. La 2nde philosophie est donc utile à la 1ère, comme l’anatomie l’est au dessin (§3, p. 51)
  • La 2nde est plus importante encore : la métaphysique, du fait de son obscurité, est source d’erreur et de préjugés. Il n’est pas possible de la laisser se développer sans jamais les corriger.

La solution consiste à « délivrer d’un seul coup le savoir de ces questions abstruses » et pour cela « d’enquêter sérieusement sur la nature exacte de l’entendement humain et de montrer, par une analyse exacte de ses pouvoirs et capacités, qu’il n’est apte en aucune manière à s’engager en de tels sujets lointains et abstrus » (p.54)

Comprenons : le but de Hume est de mettre à jour les capacités de l’entendement humain afin d’en montrer les limites et par là de mettre fin une fois pour toutes à d’inutiles et nuisibles spéculations métaphysiques. Sa réflexion a donc un but correctif et limitatif : c’est la dimension sceptique de sa pensée.

Le modèle de Newton

Son modèle est celui de Newton (cf. note a p. 57). Newton (1642-1727) est un astronome, physicien, mathématicien britannique. Dans son ouvrage majeur, les Philosophiae naturalis principia mathematica, paru en 1687, il établit les lois universelles du mouvement et celle de la gravitation. Newton ne s’est donc pas contenté d’observer les astres et leurs mouvements, il a aussi « déterminé les lois et les forces qui gouvernent et dirigent les révolutions des planètes » (p.57)

Ce que Newton a fait dans le domaine de la philosophie naturelle, science de la nature du monde (en termes modernes : les sciences physiques), Hume prétend qu’il est possible de le faire dans le domaine de la philosophie morale, science de la nature humaine. Voilà tout ce à quoi peut prétendre la philosophie pour lui : déterminer les principes généraux, les lois naturelle et universelles de l’esprit humain.

On pourrait donc pour terminer dire que son approche philosophique est de type naturaliste et sceptique :

  • naturaliste au sens où il est clairement affirmé qu’il existe une nature humaine immuable régie selon des principes, qu’il s’agit de connaître, ici plus précisément ceux de l’entendement;
  • sceptique dans la mesure où comme nous l’avons vu, cette connaissance des principes de l’entendement humain a pour but de limiter ses prétentions à connaître.
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texte de Schopenhauer : l’opinion commune n’est pas le résultat d’un accord mais d’une contagion.

« Ce qu’on qualifie d’opinion commune est, à bien l’examiner, l’opinion de deux ou trois personnes; et c’est de quoi nous pourrions nous convaincre si nous pouvions seulement observer la manière dont naît une pareille opinion commune. Nous découvririons alors que ce sont deux ou trois personnes qui ont commencé à l’admettre ou à l’affirmer, et auxquelles on a fait la politesse de croire qu’elles l’avaient examinée à fond; préjugeant de la compétence de celles-ci, quelques autres se sont mis à admettre également cette opinion; un grand nombre d’autres gens se sont mis à leur tour à croire ces premiers, car leur paresse intellectuelle les poussait à croire de prime abord, plutôt que de commencer par se donner la peine d’un examen. C’est ainsi que de jour en jour, le nombre de tels partisans paresseux et crédules d’une opinion s’est accru; car une fois que l’opinion avait derrière elle un bon nombre de voix, les générations suivantes ont supposé qu’elle n’avait pu les acquérir que par la justesse de ses arguments. Les derniers douteurs ont désormais été contraints de ne pas mettre en doute ce qui était généralement admis, sous peine de passer pour des esprits inquiets, en révolte contre des opinions universellement admises, et des impertinents qui se croyaient plus malins que tout le monde. Dès lors, l’approbation devenait un devoir. Désormais, le petit nombre de ceux qui sont doués de sens critique sont forcés de se taire; et ceux qui ont droit à la parole sont ceux qui, totalement incapables de se former des opinions propres et un jugement propre, ne sont que l’écho des opinions d’autrui : ils n’en sont que plus ardents et plus intolérants à les défendre. Car ce qu’ils détestent chez celui qui pense autrement, ce n’est pas tant l’opinion différente qu’il affirme, mais l’outrecuidance (1) de vouloir juger par lui-même; ce qu’eux ne risquent jamais, et ils le savent, mais sans l’avouer. Bref : rares sont ceux qui peuvent penser, mais tous veulent avoir des opinions et que leur reste-t-il d’autre que de les emprunter toutes cuites à autrui, au lieu de se les former eux-mêmes ? Puisqu’il en est ainsi, quelle importance faut-il encore attacher à la voix de cent millions d’hommes ? Autant que, par exemple, à un fait de l’histoire que l’on découvre chez cent historiens, au moment où l’on prouve qu’ils se sont tous copiés les uns les autres, raison pour laquelle, en dernière analyse, tout remonte aux dires d’un seul témoin ».

 Schopenhauer, L’art d’avoir toujours raison, (1831)

Note : 1) Outrecuidance signifie présomption, confiance excessive en soi.

correction txt Schopenhauer

 

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L’Enquête sur l’entendement humain, section II (extrait) : l’origine des idées.

« Rien, à première vue, ne peut paraître plus libre que la pensée humaine, qui non seulement échappe à toute autorité et à tout pouvoir humain, mais que ne contiennent même pas les limites de la nature et de la réalité. Former des monstres et unir des formes et des apparences discordantes, cela ne coûte pas plus de trouble à l’imagination que de concevoir les objets les plus familiers. Tandis que le corps est limité à une seule planète, sur laquelle il se traîne avec peine et difficulté, la pensée peut en un instant nous transporter dans les régions les plus distantes de l’univers ; ou même au-delà de l’univers, dans le chaos illimité où, suppose-t-on, la nature se trouve dans une confusion totale. Ce qu’on n’a jamais vu, ce dont on n’a jamais entendu parler, on peut pourtant le concevoir : et il n’y a rien au-dessus du pouvoir de la pensée, sauf ce qui implique une absolue contradiction.

Mais, bien que notre pensée semble posséder cette liberté illimitée, nous trouverons, à l’examiner de plus près, qu’elle est réellement resserrée en de très étroites limites et que tout ce pouvoir créateur de l’esprit ne monte à rien de plus qu’à la faculté de composer, de transposer, d’accroître ou de diminuer les matériaux que nous apportent les sens et l’expérience. Quand nous pensons à une montagne d’or, nous joignons seulement deux idées compatibles, or et montagne, que nous connaissions auparavant. Nous pouvons concevoir un cheval vertueux ; car le sentiment que nous avons de nous-mêmes nous permet de concevoir la vertu ; et nous pouvons unir celle-ci à la figure et à la forme d’un cheval, animal qui nous est familier. Bref, tous les matériaux de la pensée sont tirés de nos sens, externes ou internes ; c’est seulement leur mélange et leur composition qui dépendent de l’esprit et de la volonté. Ou, pour m’exprimer en langage philosophique, toutes nos idées ou perceptions plus faibles sont des copies de nos impressions, ou perceptions plus vives. »

D.Hume, Enquête sur l’entendement humain, Section II, Origine des idées. trad. A.Leroy, éd GF, p.64-65

Quelle est l’origine de nos idées ? Comment se forment-elles ? Voilà la question que pose Hume dans cette section. Elle sert un double but. Le premier est d’établir l’origine empirique des idées. David Hume est un philosophe empiriste. Le second est d’utiliser cette nouvelle connaissance pour interroger la nature de nos idées.
Deux cas se présentent alors  : ou bien il est possible de trouver l’expérience (les impressions) à l’origine de l’idée. Le sens de l’idée s’en trouve ainsi éclairé. Ou bien cela n’est pas possible. Celle-ci révèle alors son caractère confus, obscur. Il faut s’en méfier et rejeter toute discussion à son propos.

« Quand donc nous soupçonnons qu’un terme philosophique est employé sans aucun sens ni aucune idée correspondante (comme cela se fait fréquemment), nous n’avons qu’à rechercher de quelle impression dérive cette idée supposée . Si l’on ne peut en désigner une, cela servira à confirmer notre soupçon. » (p.68)

Le projet général est de « bannir tout ce jargon qui s’est emparé si longtemps des raisonnements métaphysiques et les a discrédités ». (p.67) Tels sont les enjeux liés à ce texte. Commençons l’étude.

Nous allons d’abord rapidement donner le sens du 1er puis du 2nd paragraphe. Par la suite, nous préciserons l’usage du vocabulaire humien (le distinction impression/idées) et nous prendrons l’exemple de quelques idées. Nous terminerons par l’examen de la question de la réalité, ce qui permettra de bien comprendre le rôle des impressions chez Hume.

Le sens des 2 paragraphes : simple compréhension du texte.

Le 1er § met en valeur la liberté de la pensée humaine. Elle consiste dans la possibilité de pouvoir s’exercer au delà des limites « de la nature et de la réalité ». Ce pouvoir est celui de l’imagination, qui est un des usages de la pensée.
Ex : il est possible d’imaginer des lieux connus que nous ne percevons pas actuellement. De même, il est possible de concevoir des êtres (des monstres par ex.) ou des lieux (d’autres planètes) qui n’existent pas.

De cela, nous pourrions conclure que la pensée humaine a un pouvoir illimité, sans frein. Mais ce n’est pas le cas. Notons d’abord qu’à la fin du 1er §, Hume note que la pensée ne peut pas concevoir « ce qui implique une absolue contradiction ». Ex : un cercle carré. Mais il y a une autre limite, qui est donnée dans le 2nd §.

Le 2nd § précise en quelle opération consiste tout le pouvoir de la pensée : celle de composer à partir de matériaux qui lui sont fournis par l’expérience sensible. Deux exemples éclairent ce point, ceux de la montage d’or et du cheval vertueux.
Imaginer une montagne d’or consiste en fait à associer deux idées, celle de montagne et celle d’or, cad au final deux impressions élémentaires, 2 expériences sensibles, celle de la montagne et celle de l’or. Il en est de même du cheval vertueux qui associe l’idée du cheval avec celle de la vertu. Ces 2 idées ont leur source dans l’expérience : la vue d’un cheval et la description d’une conduite vertueuse.
La liberté de la pensée n’est donc que de composition ou d’assemblage. Elle dépend de l’expérience sensible pour ses matériaux.

Conséquence : il n’est pas possible d’avoir une idée de ce qui n’est lié à aucune impression. Le meilleur exemple de cette impossibilité est donné par Hume à la p.66 : celui de l’homme privé d’un sens.

« Un aveugle ne peut former aucune notion de couleur; un sourd, aucune notion de son. Rendez à l’un et à l’autre le sens qui leur fait défaut; en ouvrant ce nouveau guichet pour les sensations, vous ouvrez aussi un guichet pour les idées ».

On notera, pour le plaisir de la réflexion, que l’impossibilité s’étend aux goûts et aux passions :

« Un Lapon n’a aucune notion de la saveur du vin. (…) Un homme de moeurs douces ne peut former aucune idée d’une vengeance ou d’une cruauté obstinées ».

Soit, dans les termes de Hume : il n’est pas possible d’avoir l’idée d’une chose si l’on ne possède pas quelque impression de cette chose.

Précisions sur le vocabulaire de Hume.

Hume distingue (p.64) toutes les perceptions de l’esprit en 2 classes, les idées et les impressions :

– les impressions : « Par le terme impression, j’entends donc toutes nos plus vives perceptions quand nous entendons, voyons, touchons, aimons, haïssons, désirons ou voulons ».
Ce qui caractérise les impressions : leur vivacité, leur force. C’est celle des sensations (sens externes) et des passions (sens internes).

Attention ici au terme d’impression, qui est choisi plutôt par défaut : une impression n’est pas une empreinte. Rien à voir ici avec l’imprimerie (l’impression d’une trace sur une feuille). L’impression est seulement une perception ressentie avec vivacité, et c’est tout.

(On peut rapprocher cette définition de l’impression de celle de la croyance, qui se trouve dans la 2ième partie de la section V, p.112 exactement. Voir en particulier le critère de vivacité qui distingue la croyance de la fiction, comme il distingue ici l’impression de l’idée.)

– les idées : ce sont des copies des impressions. Elles viennent donc en second et dépendent d’elles d’une certaine façon. Elles sont moins vives, moins fortes que les impressions.

Ex : la perception que j’ai de la feuille ou de l’écran devant moi est une impression. Elle est vive, comme le sont les sensations. Les idées de feuille ou d’écran elles n’ont pas cette vivacité. Je peux les concevoir indépendamment de toute perception de ces objets. Elles sont des copies d’impression et servent à penser à ces objets (feuille, écran) en général.

Cette distinction entre l’impression et l’idée a quelque chose d’étonnant : il n’y a pas de différence de nature entre les deux, seulement une différence de vivacité, de force. Cela implique que la différence qu’il y a entre une montagne de pierre que je perçois et une montagne d’or n’est pas une différence de nature, mais de vivacité de la perception.
Cf sur ce point, la 2ième partie de la section V, p.112 exactement. Voir en particulier le critère de vivacité qui distingue la croyance de la fiction, comme il distingue ici l’impression de l’idée.

Rappel : cette distinction impression/idée sert à interroger la nature des idées. Nous allons en donner quelques exemples.

Quelques exemples d’idées

On peut penser à des idées simples : d’où vient par ex. l’idée de dragon ? Ici, nous procédons comme pour la montagne d’or. L’idée de dragon est un composé de divers matériaux : écailles du serpent, ailes de chauve-souris, feu de la cheminée ou du four, corne du taureau, etc. auxquels s’ajoutent différents couleurs et détails selon les cas.

Examinons maintenant d’autres idées, plus métaphysiques :

– l’idée de Dieu par ex.

L’origine de cette idée dans le cas des dieux antiques est assez simple : il s’agit d’êtres humains aux pouvoirs et à la beauté supérieurs. Les super-héros modernes en sont une lointaine copie.

L’idée du Dieu juif, chrétien ou musulman est à chercher ailleurs :

« L’idée de Dieu, en tant qu’elle signifie un Etre infiniment intelligent, sage et bon, naît de la réflexion  sur les opérations de notre propre esprit quand nous augmentons sans limites ces qualités de bonté et de sagesse ». (p.65)

D’autres exemples d’idée tirés de l’Enquête (se référer au plan distribué) :

– l’idée de liberté, soit celle d’une volonté libre. Etudiée dans la section VIII, elle est définie en relation avec la nécessité p.149.

– l’idée de miracle : c’est celle d’une violation des lois de la nature. Elle est étudiée section X. p.181.

– l’idée de Providence : elle est étudiée section XI. Il convient de s’en méfier selon Hume.

Il est  bien sûr une autre idée qui va occuper une grande partie de l’Enquête : celle de causalité. Elle occupe les sections IV, V, VI et VII et constitue l’objet essentiel de la réflexion de Hume dans cet ouvrage. Nous y reviendrons bientôt.

Complément : il importe de bien comprendre le sens de la distinction impression/idée.

Il existe une conception réaliste du monde. Pour le dire simplement, elle consiste en la croyance qu’il existe un monde distinct et indépendant de la perception que nous en avons. Pour parler dans les termes de Hume, un penseur réaliste pense qu’il existe des choses qui sont causes de nos impressions. Or, ce n’est pas tout à fait la conception de Hume.

Pour Hume, les impressions, qu’elles soient de sensation ou de réflexion (passions) sont l’être même. Il n’est pas possible de se prononcer sur l’existence d’une réalité extérieure à nous. C’est donc une question vaine. Ce qui importe : les impressions et leur vivacité. Elles sont le niveau 0 de la connaissance, son point de départ, le niveau 1 étant celui des idées.

A l’origine de ce scepticisme relatif à l’existence d’une réalité : la pensée de Berkeley, philosophe qui précède Hume. Celui-ci affirme qu’il est vain d’affirmer l’existence d’une réalité extérieure à nous, ce pour une raison simple : si réalité il y a, elle nous est donnée via nos impressions, et jamais d’une autre façon. Donc parler du réel pour nous revient en fait à payer de nos impressions. Berkeley utilise le terme de perception. Sa formule, restée célèbre, est la suivante : « Esse est percipi » ce qui en latin signifie, « Etre, c’est être perçu ». Or, si l’être se confond avec le perçu, il est vain d’imaginer l’existence d’un être indépendant de nos perceptions.

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texte de Cassirer : l’univers des symboles.

Le cercle fonctionnel de l’homme ne s’est pas seulement élargi, il a également subi un changement qualitatif. L’homme a, pour ainsi dire, découvert une nouvelle méthode d’adaptation au milieu. Entre les systèmes récepteur et effecteur propres à toute espèce animale existe chez l’homme un troisième chaînon que l’on peut appeler système symbolique. Ce nouvel acquis transforme l’ensemble de la vie humaine. Comparé aux autres animaux, l’homme ne vit pas seulement dans une réalité plus vaste, il vit, pour ainsi dire, dans une nouvelle dimension de la réalité. Entre les réactions organiques et les réponses humaines existe une différence indubitable. Dans le premier cas, à un stimulus externe correspond une réponse directe et immédiate ; dans le second cas, la réponse est différée. Elle est suspendue et retardée par un processus lent et compliqué de la pensée. Le bénéfice d’un tel délai peut sembler à première vue bien contestable. « L’homme qui médite, dit Rousseau, est un animal dépravé » : outrepasser les frontières de la vie organique n’est pas pour la nature humaine perfection mais dégradation.
Il n’existe pourtant aucun remède contre ce renversement de l’ordre naturel. L’homme ne peut échapper à son propre accomplissement. Il ne peut qu’accepter les conditions de sa vie propre. Il ne vit plus dans un univers purement matériel, mais dans un univers symbolique. Le langage, le mythe, l’art, la religion sont des éléments de cet univers. Ce sont les fils différents qui tissent la toile du symbolisme, la trame enchevêtrée de l’expérience humaine. Tout progrès dans la pensée et l’expérience de l’homme complique cette toile et la renforce. L’homme ne peut plus se trouver en présence immédiate de la réalité ; il ne peut plus la voir, pour ainsi dire, face à face. La réalité matérielle semble reculer à mesure que l’activité symbolique de l’homme progresse. Loin d’avoir rapport aux choses mêmes, l’homme, d’une certaine manière, s’entretient constamment avec lui-même. Il s’est tellement entouré de formes linguistiques, d’images artistiques, de symboles mythiques, de rites religieux, qu’il ne peut rien voir ni connaître sans interposer cet élément médiateur artificiel.

Ernst CASSIRER, Essai sur l’Homme, tr. fr. N. Massa, éd. de Minuit, pp. 42-44.

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texte d’Aristote : l’homme animal politique.

« C’est pourquoi toute cité est naturelle, puisque le sont les premières communautés qui la constituent. Car elle est leur fin, et la nature est fin : car ce que chaque chose est une fois que sa genèse est complètement achevée, nous disons que c’est la nature de cette chose, ainsi pour un homme, un cheval, une famille. De plus le « ce en vue de quoi » c’est-à-dire la fin, c’est le meilleur ; et l’autarcie est à la fois la fin et le meilleur.

Nous en déduisons qu’à l’évidence la cité fait partie des choses naturelles, et que l’homme est par nature un animal politique ; si bien que celui qui vit hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé, soit un être surhumain : il est comme celui qu’Homère injurie en ces termes : « sans lignage, sans loi, sans foyer ». Car un tel homme est du même coup naturellement passionné de guerre. Il est comme une pièce isolée au jeu de tric-trac.

C’est pourquoi il est évident que l’homme est un animal politique, bien plus que n’importe quelle abeille ou n’importe quel animal grégaire. Car, nous le disons souvent, la nature ne fait rien en vain. Et seul parmi les animaux l’homme est doué de parole.

Certes la voix sert à signifier la douleur et le plaisir, et c’est pourquoi on la rencontre chez les autres animaux (car leur nature s’est hissée jusqu’à la faculté de percevoir douleur et plaisir et de se les signifier mutuellement). Mais la parole existe en vue de manifester l’utile et le nuisible, puis aussi, par voie de conséquence, le juste et l’injuste. C’est ce qui fait qu’il n’y a qu’une chose qui soit propre aux hommes et les sépare des autres animaux : la perception du bien et du mal, du juste et de l’injuste et autres notions de ce genre ; et avoir de telles notions en commun, voilà ce qui fait une famille et une cité. »

Aristote (384 av. J.-C.-322 av. J.-C.), La Politique.

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Raisonne-t-on bien quand on veut avoir raison à tout prix ?

1) brève analyse du sujet.

Il met en balance 2 expressions  : celle de « bien raisonner » et celle « d’avoir raison à tout prix ». Elles ont en commune un terme, et sans doute aussi, on peut la penser, la notion associée à ce terme : celle de raison.

Le sujet nous invite à opposer ces 2 expressions. Voyons ce qu’elle signifient :

bien raisonner : raisonner signifie utiliser sa raison, soit une faculté de relier les idées entre elles et de décider de la vérité (ou de la fausseté) des jugements. L’expression dit clairement que l’on peut bien ou mal raisonner, soit relier correctement les idées entre elles ou au contraire de façon incorrecte, soit mal raisonner. Mal raisonner implique que nos raisonnement sont faux, et avec eux les jugements qui les utilisent.

On peut se demander quelles sont les règles qui distinguent le bon du mauvais raisonnement. Il en est une qui vient rapidement à l’esprit : celle de la cohérence, de la non contradiction avec soi. Affirmer la proposition A et, dans le même moment, des propositions B, C, etc. qui impliquent le contraire de A, revient à se contredire. Voilà un mauvais raisonnement.

On peut en imaginer d’autres. Certains raisonnements sont mauvais en eux-mêmes. C’est déjà le cas du raisonnement contradictoire. Mais il y en a d’autres. Ex : mal associer un terme à sa définition. Autre ex : ne pas tirer la bonne conséquence logique d’une proposition. D’autres relèvent d’une méconnaissance des faits. On fait alors de mauvaises relations entre les idées parce que l’on fait de mauvaises relations entre les faits pensés par ces idées. Ex : ne pas associer un effet à sa cause véritable, mais à une autre, illusoire, par ex : « pierre est malade parce qu’il est brun ».

Les personnes raisonnement mal soit par ignorance ou maladresse, soit par négligence ou par intérêt. On peut refuser d’examiner la correction d’un raisonnement parce que cela remettrait en cause une idée, une opinion qui nous est chère.

avoir raison à tout prix : l’expression se divise en 2 parties.

La première, avoir raison, signifie avoir un avis qui est mieux fondé en raison que les autres, soit un avis qui a pour lui les meilleurs raisonnements, les plus convaincants. Aussi avoir raison va-t-il signifier penser le vrai (de façon rationnelle).

Mais avoir raison, au sens plus populaire de l’expression, signifie avoir le dernier mot dans une discussion, soit l’emporter. Mais cette victoire n’est pas sans ambiguïté : le silence de l’adversaire a peut-être été obtenu non par l’exposé des meilleures raisons, mais par des procédés argumentation fallacieux. Ex : ridiculiser l’adversaire pour lui faire perdre ses moyens. Autre ex : jouer sur la force des images.

Ce dernier sens est renforcé par le second terme de l’expression « à tout prix ». Le prix est le coût que l’on est prêt à payer pour obtenir une chose. Il est donc ce que l’on va céder, perdre. L’adjectif « tout » dit clairement que ce prix peut être trop élevé, excessif. On perdrait trop en voulant avoir raison. On perdrait notamment la correction des raisonnements.

On l’aura compris ; vouloir avoir raison à tout prix implique que l’on cesse de bien raisonner. Voilà une première thèse d’affirmée, et le début d’un problème.

2) le problème.

Il n’y a de problème que s’il y a une difficulté intellectuelle, soit un obstacle persistant. Qu’est-ce donc qui fait obstacle à la thèse précédente ? Une autre thèse qui affirmerait que la recherche des meilleurs raisonnements suppose une volonté de les trouver, soit une volonté d’avoir raison, le « à tout prix » venant signifier la force sans égale de cette volonté.

Clarifions : la thèse opposée serait que pour bien raisonner, il faut vouloir l’emporter dans une opposition des idées. Bien raisonner demanderait un effort consistant de recherche rationnelle de la vérité, une sorte d’obstination. Cette recherche pourrait coûter cher : temps, énergie, efforts. On défendra bien cette thèse en montrant que la réflexion est une activité qui engage tout l’être d’une personne, son caractère, ses motivations, ses intérêts, et non pas simplement une capacité impersonnelle à bien raisonner.

Nous avons donc 2 thèses et un examen possible. Reste que le sujet favorise la 1ère thèse, et cela pour la raison que nous avons indiquée plus haut : la volonté de rechercher de façon  rationnelle de la vérité trouve sa limite logique dans le cas où le prix à payer est la correction des raisonnements. Il y a là une contradiction dont on voit mal comment on pourrait la dépasser. Mais il est intéressant de l’analyser plus en détail au cours du devoir.

3) Idée d’un plan

Pour faire simple, on dira que ce sujet oppose d’un côté le souci de respecter les règles du bon raisonnement, qui est le souci de la raison elle-même, et de l’autre la volonté d’avoir raison, cad de posséder de l’emporter sur autrui dans le cadre d’une opposition de raisons. Souci de correction de la pensée contre intérêt pour la victoire de sa pensée.

– une 1ère partie peut chercher à lier ces 2 tendances : on cherche alors à montrer que le souci de bien raisonner implique un intérêt pour le fait d’avoir raison. Il faut en quelque sorte être animé d’une volonté de l’emporter pour élaborer les meilleurs raisonnements. L’action de bien raisonner est entreprise quand on poursuit un but : avoir raison. L’absence de volonté de l’emporter serait à l’inverse la marque d’une fragilité des raisonnements.

Idée 1  : on ne raisonne pas pour rien, mais pour avoir raison.

Idée 2 : le meilleur moyen d’avoir raison est de bien raisonner.

Idée 3 : bien raisonner a un prix. Il faut être prêt à le payer.

– une 2ième partie va au contraire chercher à opposer ces tendances. Le fait de vouloir avoir raison sera alors la cause d’un usage incorrect du raisonnement, de façon volontaire ou involontaire.

Idée 1 : le souci de l’emporter dans une discussion conduit à négliger les règles du bon raisonnement. Il conduit même à utiliser des raisonnements fallacieux.

Idée 2 : le prix est alors très lourd. C’est le prix théorique d’avoir mal raisonné, et donc de ne pas avoir raison. C’est aussi le prix social, moral de ne pas tenir compte des meilleurs arguments avancés pas autrui.

Idée 3 :  la réflexion rationnelle ne peut pas être réduite à  la volonté d’avoir raison. la complexité des problèmes est telle qu’une explication, un point de vue rationnel ne suffit pas. L’enjeu n’est plus alors d’avoir raison et de donner tort aux autres, mais de faire entendre les différentes raisons et raisonnements qui permettent d’appréhender la complexité du réel.

– une 3ième partie peut rejouer cette opposition mais dans un contexte différent : celui de la politique et des débats démocratiques. Que faire par ex, devant un adversaire qui ne respecte pas les règles du bon raisonnement ? Faut-il adopter sa stratégie ? S’en démarquer ? La question ici est posée d’un point de vue à la fois moral et d’efficacité politique.

Idée 1 : les mauvais raisonnements peuvent paradoxalement avoir une grande force et faire élire un homme.

Idée 2 : dans le domaine politique, la raison ne suffit pas. Il faut la force et la ruse pour avoir raison. C’est là une bonne raison de raisonner de façon trompeuse.

Idée 3 : mais n’est-ce pas là une illusion ? Se donner de bonnes raisons de duper tout le monde par ses raisonnements, n’est-ce pas de façon plus triviale, défendre ses seuls intérêts, attitude critiquable d’un point de vue moral et qui d’ordinaire ne demande pas beaucoup de raisonnement ? N’est-ce pas finalement se duper soi-même ?

Ex. d’introduction

Les dirigeants d’une entreprise de produits chimiques raisonnent-ils bien quand ils défendent, à coups d’articles qu’ils prétendent scientifiques, l’utilité et l’innocuité d’un produit qui leur assure de substantiels revenus ?

Raisonner signifie faire des raisonnements, soit des liens entre des idées. On raisonne bien quand ces raisonnements observent certaines règles, quand par ex. ils ne sont pas contradictoires. Avoir raison signifie vouloir à l’aide des meilleures raisons l’emporter dans une controverse. Cette victoire a un prix, qui est ici un coût.

On ne saurait bien raisonner sans le vouloir, cad sans vouloir avoir raison. La correction d’une réflexion exige des efforts, de la rigueur, un intérêt pour la démarche rationnelle et la vérité qui est son terme. Celui qui veut bien raisonner doit donc payer un certain prix. Faut-il pour autant accepter n’importe quel coût ? Car vouloir avoir raison peut paradoxalement conduire à mal raisonner. Le désir de l’emporter dans la discussion nuit alors à la correction des raisonnements.

Dans quelle mesure la volonté d’avoir raison est-elle nécessaire à l’usage correct de la raison ? Faut-il pour autant lui sacrifier le souci de bien raisonner ? Mais,à l’époque des « fake news », peut-on seulement se contenter de bien raisonner ?

 

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texte de W.James : « La vérité vit à crédit, la plupart du temps ».

« Prenons, par exemple, cet objet, là-bas, sur le mur. Pour vous et pour moi, c’est une horloge et pourtant aucun de nous n’a vu le mécanisme caché qui fait que c’est bien une horloge. Nous acceptons cette idée comme vraie, sans rien faire pour la vérifier. Si la vérité est essentiellement un processus de vérification, ne devrions-nous pas regarder comme nées avant terme des vérités non vérifiées comme celle-ci ? Non, car elles forment l’écrasante majorité des vérités qui nous font vivre. Tout « passe », tout compte également, en fait de vérification, qu’elle soit directe ou qu’elle ne soit qu’indirecte. Que le témoignage des circonstances soit suffisant, et nous marchons sans avoir besoin du témoignage de nos yeux. Quoique n’ayant jamais vu le Japon, nous admettons tous qu’il existe, parce que cela nous réussit d’y croire, tout ce que nous savons se mettant d’accord avec cette croyance, sans que rien se jette à la traverse ; de même, nous admettons que l’objet en question est une horloge. Nous nous en servons comme d’une horloge, puisque nous réglons sur lui la durée de cette Leçon. Dire que notre croyance est vérifiée, c’est dire, ici, qu’elle ne nous conduit à aucune déception, à rien qui nous donne un démenti. Que l’existence des rouages, des poids et du pendule soit vérifiable, c’est comme si elle était vérifiée. Pour un cas où le processus de la vérité va jusqu’au bout, il y en a un million dans notre vie où ce processus ne fonctionne qu’ainsi, à l’état naissant. Il nous oriente vers ce qui serait une vérification ; nous mène dans ce qui est l’entourage de l’objet ; alors, si tout concorde parfaitement, nous sommes tellement certains de pouvoir vérifier, que nous nous en dispensons ; et les événements, d’ordinaire, nous donnent complètement raison.

En fait, la vérité vit à crédit, la plupart du temps. Nos pensées et nos croyances « passent » comme monnaie ayant cours, tant que rien ne les fait refuser, exactement comme les billets de banque tant que personne ne les refuse. Mais tout ceci sous-entend des vérifications, expressément faites quelque part, des confrontations directes avec les faits – sans quoi tout notre édifice de vérités s’écroule, comme s’écroulerait un système financier à la base duquel manquerait toute réserve métallique. »

William James, Le Pragmatisme,1907, traduction de E. Le Brun, Flammarion, p. 147-148.

 

« Take, for instance, yonder object on the wall. You and I consider it to be a ‘clock,’ altho no one of us has seen the hidden works that make it one. We let our notion pass for true without attempting to verify. If truths mean verification-process essentially, ought we then to call such unverified truths as this abortive? No, for they form the overwhelmingly large number of the truths we live by. Indirect as well as direct verifications pass muster. Where circumstantial evidence is sufficient, we can go without eye-witnessing. Just as we here assume Japan to exist without ever having been there, because it works to do so, everything we know conspiring with the belief, and nothing interfering, so we assume that thing to be a clock. We use it as a clock, regulating the length of our lecture by it. The verification of the assumption here means its leading to no frustration or contradiction. Verifiability of wheels and weights and pendulum is as good as verification. For one truth-process completed there are a million in our lives that function in this state of nascency. They turn us towards direct verification; lead us into the surroundings of the objects they envisage; and then, if everything runs on harmoniously, we are so sure that verification is possible that we omit it, and are usually justified by all that happens.

Truth lives, in fact, for the most part on a credit system. Our thoughts and beliefs ‘pass,’ so long as nothing challenges them, just as bank-notes pass so long as nobody refuses them. But this all points to direct face-to-face verifications somewhere, without which the fabric of truth collapses like a financial system with no cash-basis whatever. »

William James, Pragmatism: A new name for some old ways of thinking, 1907, Lecture VI, New York: Longman Green and Co, pp. 80-81, in Pragmatism and The meaning of truth, Harvard University Press, 2000, pp. 99-100.

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Bibliographie sur la ville

Ouvrages généraux :

Olivier Mongin, La condition urbaine (Seuil, Points Essais). Du même auteur : La ville des flux (Fayard). Voir aussi, ce dialogue : La condition urbaine (Olivier Mongin)

Paul Blanquart, Une histoire de la ville (La Découverte, Poche)

Alain Cambier, Qu’est-ce qu’une ville ? (Vrin, Chemins philosophiques)
Du même auteur, cet article : http://www.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques-2009-2-page-9.htm (d’autres articles dans cette revue, par d’autres auteurs. Cliquez sur l’image de la revue)

Claude Chaline, Les politiques de la ville (PUF, Que sais-je ?)

La revue Esprit (mars-avril 2004) : « La ville à trois vitesses » 

Jacques Donzelot, Quand la ville se défait. Quelle politique face à la crise des banlieues ? Points, coll. « Points Essais », 2008, 185 p. pastedGraphic.png

Jean-Marc Stébé, Hervé Marchal, Sociologie urbaine, Armand Colin, coll .Cursus, 2010. (Un manuel d’accompagnement)

Sociologie des villes de Yankel Fijalkow

En littérature :

« Tableaux Parisiens » in Les Fleurs du Mal de C. Baudelaire 2

Livre Second de L’utopie de T. More (le thème de l’utopie permet d’aborder aussi celui des radicalités)

Métropolis, film de F. Lang.

Lost in translation de S.Coppola

E. Zola, Le ventre de Paris

J. C. Izzo, La trilogie marseillaise

Paul Auster, Trilogie new yorkaise – Mc Liam Wilson, Eureka street

Laurent Gaudé, Ouragan

Silverberg, Les monades urbaines – G. Orwell, 1984

Cinéma : 

Blade Runner de R. Scott

Aurore de Murnau

Rafah, chroniques d’une ville dans la bande de Gaza de Alexis Monchovet et Stéphane Marchetti (documentaire)

Brasilia, contradictions d’une ville nouvelle, documentaire de Joachim Pedro de Andrade

Radio :

Emission villes-Mondes en podcast sur France Culture

Des conférences sur la ville sur le site France Culture

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