texte de Bachelard : « la pensée objective doit ironiser ».

« Il suffit que nous parlions d’un objet pour nous croire objectifs. Mais par notre premier choix, l’objet nous désigne plus que nous ne le désignons et ce que nous croyons nos pensées fondamentales sur le monde sont souvent des confidences sur la jeunesse de notre esprit. Parfois nous nous émerveillons devant un objet élu ; nous accumulons les hypothèses et les rêveries : nous formons ainsi des convictions qui ont l’apparence d’un savoir. Mais la source initiale est impure : l’évidence première n’est pas une vérité fondamentale. En fait, l’objectivité scientifique n’est possible que si l’on a d’abord rompu avec l’objet immédiat, si l’on a refusé la séduction du premier choix, si l’on a arrêté et contredit les pensées qui naissent de la première observation. Toute objectivité, dûment vérifiée, dément le premier contact avec l’objet. Elle doit d’abord tout critiquer : la sensation, le sens commun, la pratique même la plus constante, l’étymologie enfin, car le verbe, qui est fait pour chanter et séduire, rencontre rarement la pensée. Loin de s’émerveiller, la pensée objective doit ironiser. Sans cette vigilance malveillante, nous ne prendrons jamais une attitude vraiment objective. S’il s’agit d’examiner des hommes, des égaux, des frères, la sympathie est le fond de la méthode. Mais devant ce monde inerte qui ne vit pas de notre vie, qui ne souffre d’aucune de nos peines et qui n’exalte aucune de nos joies, nous devons arrêter toutes les expansions, nous devons brimer notre personne. Les axes de la poésie et de la science sont d’abord inverses. Tout ce que peut espérer la philosophie, c’est de rendre la poésie et la science complémentaires, de les unir comme deux contraires bien faits. Il faut donc opposer à l’esprit poétique expansif, l’esprit scientifique taciturne pour lequel l’antipathie préalable est une saine précaution. »

Gaston Bachelard, Avant-propos à La psychanalyse du feu, 1949.

Publié dans non classés | Marqué avec , , , , , , , | Laisser un commentaire

texte de Tocqueville : pas de société sans opinion commune.

« Les croyances dogmatiques sont plus ou moins nombreuses, suivant les temps. Elles naissent de différentes manières et peuvent changer de forme et d’objet; mais on ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’est-à-dire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n’est pas probable qu’un grand nombre d’hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune.

Or, il est facile de voir qu’il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt n’y en a point qui subsistent ainsi; car, sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu’il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites.

Si je considère maintenant l’homme à part, je trouve que les croyances dogmatiques ne lui sont pas moins indispensables pour vivre seul que pour agir en commun avec ses semblables.

Si l’homme était forcé de se prouver à lui-même toutes les vérités dont il se sert chaque jour, il n’en finirait point; il s’épuiserait en démonstra­tions préliminaires sans avancer; comme il n’a pas le temps, à cause du court espace de la vie, ni la faculté, à cause des bornes de son esprit, d’en agir ainsi, il en est réduit à tenir pour assurés une foule de faits et d’opi­nions qu’il n’a eu ni le loisir ni le pouvoir d’examiner et de vérifier par lui-même, mais que de plus habiles ont trouvé ou que la foule adopte. C’est sur ce premier fondement qu’il élève lui-même l’édifice de ses pro­pres pensées. Ce n’est pas sa volonté qui l’amène à procéder de cette manière; la loi inflexible de sa condition l’y contraint.

Il n’y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses sur la foi d’autrui, et ne suppose beaucoup plus de véri­tés qu’il n’en établit. Ceci est non seulement nécessaire, mais désirable. Un homme qui entreprendrait d’examiner tout par lui-même ne pourrait accorder que peu de temps et d’attention à chaque chose; ce travail tien­drait son esprit dans une agitation perpétuelle qui l’empêcherait de péné­trer profondément dans aucune vérité et de se fixer avec solidité dans aucune certitude. Son intelligence serait tout à la fois indépendante et débile. Il faut donc que, parmi les divers objets des opinions humaines, il fasse un choix et qu’il adopte beaucoup de croyances sans les discuter, afin d’en mieux approfondir un petit nombre dont il s’est réservé l’exa­men.

Il est vrai que tout homme qui reçoit une opinion sur la parole d’au­trui met son esprit en esclavage; mais c’est une servitude salutaire qui permet de faire un bon usage de la liberté.

Il faut donc toujours, quoi qu’il arrive, que l’autorité se rencontre quelque part dans le monde intellectuel et moral. Sa place est variable, mais elle a nécessairement une place. L’indépendance individuelle peut être plus ou moins grande; elle ne saurait être sans bornes. Ainsi, la ques­tion n’est pas de savoir s’il existe une autorité intellectuelle dans les siècles démocratiques, mais seulement où en est le dépôt et quelle en sera la mesure. »

TOCQUEVILLE, De la démocratie en Amérique (1835-1840), t. II,  1ère partie, chap. 2.

Publié dans non classés | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

texte de Platon : l’opinion droite, utile à la vie, n’est pas la science.

SOCRATE. – Si un homme connaissant la route qui mène à Larissa, ou en tout autre endroit que tu voudras, s’y rendait et y conduisait d’au­ tres personnes, ne serait-il pas un bon et excellent guide?
MÉNON. – Sans contredit.
SOCRATE. – Et si un autre conjecturait exactement quelle est la route sans y être allé et sans la connaître, ne pourrait-il pas lui aussi être un bon guide?
MÉNON. -Assurément si.
SOCRATE. – Et tant qu’il aura une opinion droite sur les choses que l’autre connaît réellement, il sera un tout aussi bon guide, quoiqu’il n’ait qu’une opinion vraie au lieu de science, que celui qui en a la science.
MÉNON. – Tout aussi bon.
SOCRATE. – Ainsi l’opinion vraie n’est pas un moins bon guide que la science pour la rectitude de l’action, et c’est ce que nous avons négligé tout à l’heure dans notre recherche des propriétés de la vertu. Nous disions que la science seule apprend à bien agir. Or l’opinion vraie produit le même effet.
MÉNON. – C’est manifeste.
SOCRATE. – L’opinion vraie n’est donc pas moins utile que la science.
MÉNON. – Avec cette différence, Socrate, que celui qui a la science atteint toujours son but et que celui qui n’a qu’une opinion vraie tantôt l’atteint, tantôt ne l’atteint pas.
SOCRATE. – Que dis-tu? Celui qui a une opinion droite n’atteindrait pas toujours son but, tant que son opinion serait droite?
MÉNON. – Cela me parait forcé. Aussi je m’étonne, Socrate, s’il en est ainsi, que la science soit beaucoup plus prisée que l’opinion droite, et je me demande par quoi elles sont deux choses différentes.
SOCRATE. – Sais-tu d’où vient ton étonnement, ou veux-tu que je te le dise?
MÉNON. – Oui, dis-le-moi.
SOCRATE. – C’est que tu n’as pas fait attention aux statues de Dédale ; peut-être même n’yen a-t-il pas chez vous.
MÉNON. – Que veux-tu dire par là?
SOCRATE. – C’est que ces statues, si on ne les attache pas, s’échappent et prennent la fuite, tandis que, si elles sont attachées, elles demeurent en place.
MÉNON. – Qu’est-ce que cela fait?
SOCRATE. – Qu’une de ces statues soit laissée libre, la possession n’en vaut pas grand-chose, pas plus que celle d’un esclave fuyard ; car elle ne demeure pas en place ; attachée, elle est au contraire d’une grande valeur ; car ces ouvrages sont d’une beauté parfaite. Qu’ai-je en vue en citant cet exemple ? les opinions vraies. En effet: les opinions vraies, tant qu’elles demeurent, sont de belles choses et produisent toutes sortes de biens ; mais elles ne consentent pas à rester longtemps ; elles s’enfuient de notre âme, de sorte qu’elles ont peu de valeur, tant qu’on ne les a pas enchaî­nées par la connaissance raisonnée de leur cause. Et cela, mon cher Ménon, c’est de la réminiscence, comme nous en sommes convenus précédemment. Les a-t-on enchaînées, elles deviennent d’abord sciences, puis stables ; et voilà pourquoi la science est plus précieuse que l’opinion droite, et elle en diffère par le lien qui la fixe.
MÉNON. – Par Zeus, Socrate, cela semble bien être comme tu dis.
SOCRATE. – Au reste, moi aussi, j’en parle comme un homme qui ne sait pas, mais qui conjecture; mais que l’opinion vraie et la science soient choses différentes, ce n’est pas du tout pour moi une conjecture, et si je puis dire que je connais quelques choses, et elles sont en petit nombre, je puis au moins compter celle-ci comme une de celles que je connais.
MÉNON. – Ce que tu dis est juste, Socrate.
SOCRATE. – Et ceci n’est-il pas juste aussi, que, lorsque l’opinion vraie dirige l’exécution de nos actions, elle produit d’aussi bons résultats que la science ?
MÉNON. – Ici encore, tu me parais être dans la vérité.
SOCRATE. – L’opinion droite n’est donc en rien inférieure à la science, ni moins utile en ce qui concerne nos actions, et l’homme qui a une opi­nion vraie ne le cède point à celui qui a la science.

PLATON, Ménon, 96d-98c, trad. Chambry, Éd. Flammarion.

Publié dans non classés | Marqué avec , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

texte de W.Benjamin : l’Ange de l’Histoire.

«Mon aile est prête à se déployer
J’aimerais bien revenir en arrière
Car même si je restais pour le temps vivant
Je n’aurais pas beaucoup de bonheur »
Gerhard Scholem, Salut de l’ange

« Un tableau de Klee intitulé Angelus Novus représente un ange, qui donne l’impression de s’apprêter à s’éloigner de quelque chose qu’il regarde fixement. Il a les yeux écarquillés, la bouche ouverte, les ailes déployées. L’Ange de l’Histoire doit avoir cet aspect-là. Il a tourné le visage vers le passé. Là où une chaîne de faits apparaît devant nous, il voit une unique catastrophe dont le résultat constant est d’accumuler les ruines sur les ruines et de les lui lancer devant les pieds. Il aimerait sans doute rester, réveiller les morts et rassembler ce qui a été brisé. Mais une tempête se lève depuis le Paradis, elle s’est prise dans ses ailes et elle est si puissante que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement dans l’avenir auquel il tourne le dos tandis que le tas de ruines devant lui grandit jusqu’au ciel. Ce que nous appelons le progrès, c’est cette tempête.»

Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire, thèse IX. Trad. O.Mannoni, Petite Bibliothèque Payot, 2013.

L’Angelus Novus sur Wiki

Publié dans non classés | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

texte de Hegel : ce qu’enseigne l’histoire.

 » On dit aux gouvernants, aux hommes d’Etat, aux peuples de s’instruire principalement par l’expérience de l’histoire. Mais ce qu’enseignent l’expérience et l’histoire, c’est que peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire et n’ont jamais agi suivant des maximes qu’on en aurait pu retirer. Chaque époque, chaque peuple se trouve dans des conditions si particulières, constitue une situation si individuelle que dans cette situation on ne peut et on ne doit décider que par elle. Dans ce tumulte des événements du monde, une maxime générale ne sert pas plus que le souvenir de situations analogues qui ont pu se produire dans le passé, car une chose comme un pâle souvenir, est sans force dans la tempête qui souffle sur le présent ; il n’a aucun pouvoir sur le monde libre et vivant de l’actualité.
A ce point de vue, rien n’est plus fade que de s’en référer aux exemples grecs et romains, comme c’est arrivé si fréquemment chez les Français à l’époque de la Révolution. Rien de plus différent que la nature de ces peuples et le caractère de notre époque […]. Seule l’intuition approfondie, libre, compréhensive des situations […] peut donner aux réflexions de la vérité et de l’intérêt. »

Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire.

Publié dans non classés | Marqué avec , | Laisser un commentaire

texte de R.Aron : les deux sens du mot histoire.

 » Le même mot, en français, en anglais, en allemand, s’applique à la réalité historique et à la connaissance que nous en prenons. Histoire, history, Geschichte, désignent à la fois le devenir de l’humanité et la science que les hommes s’efforcent d’élaborer de leur devenir (même si l’équivoque est atténuée, en allemand, par l’existence de mots, Geschehen, Historie, qui n’ont qu’un des deux sens).

Cette ambiguïté me paraît bien fondée ; la réalité et la connaissance de cette réalité sont inséparables l’une de l’autre d’une manière qui n’a rien de commun avec la solidarité de l’objet et du sujet. La science physique n’est pas un élément de la nature qu’elle explore (même si elle le devient en la transformant). La conscience du passé est constitutive de l’existence historique. L’homme n’a vraiment un passé que s’il a conscience d’en avoir un, car seule cette conscience introduit la possibilité du dialogue et du choix. Autrement, les individus et les sociétés portent en eux un passé qu’ils ignorent, qu’ils subissent passivement. Ils offrent éventuellement à un observateur du dehors une série de transformations, comparables à celles des espèces animales et susceptibles d’être rangées en un ordre temporel. Tant qu’ils n’ont pas conscience de ce qu’ils sont et de ce qu’ils furent, ils n’accèdent pas à la dimension propre de l’histoire.
L’homme est donc à la fois le sujet et l’objet de la connaissance historique. ”

Raymond ARON, Dimensions de la conscience historique, Plon, 2nd éd., 1964, p. 5.

Publié dans distinctions conceptuelles, l'histoire, la science, Textes | Marqué avec , , , , , , , | Laisser un commentaire

texte de Darwin : naissance du sens moral.

« Un être moral est quelqu’un qui est capable de réfléchir sur ses actions passées et sur leurs motifs -d’en approuver certains et d’en désapprouver d’autres ; et le fait que l’homme soit le seul être qui mérite assurément cette qualification constitue la plus grande distinction qui soit entre lui et les animaux inférieurs. Mais dans le quatrième chapitre, je me suis efforcé de montrer que le sens moral procède, premièrement, de la nature durable et toujours présente des instincts sociaux ; deuxièmement, de l’appréciation par l’homme de l’approbation et de la désapprobation de ses semblables ; et troisièmement, de la haute activité de ces facultés mentales, assortie d’impressions passées extrêmement vivaces ; et sous ce dernier rapport il diffère des animaux inférieurs. En raison de cette disposition d’esprit, l’homme ne peut s’empêcher de regarder à la fois en arrière et en avant, et de comparer des impressions passées. Ainsi donc, après qu’un désir ou une passion temporaire a jugulé ses instincts sociaux, il réfléchit et compare l’impression maintenant affaibli de ces impulsions passées avec les instincts sociaux toujours présents ; et il ressent ce sentiment de déplaisir que tous les instincts insatisfaits laissent derrière eux, il prend donc la résolution d’agir différemment à l’avenir – c’est la conscience. Tout instinct constamment plus fort ou plus durable qu’un autre fait naître un sentiment que nous exprimons en disant qu’il faudrait lui obéir. Un chien d’arrêt, s’il était à même de réfléchir sur sa conduite passée, se dirait à lui-même «j’aurais dû (comme en fait nous le disons de lui) tombé en arrêt devant ce lièvre et non pas céder à la tentation passagère de le chasser».
Darwin, La filiation de l’homme et le sélection liée au sexe, chap.26

Publié dans non classés | Laisser un commentaire

Texte de Darwin : sélection naturelle et instincts sociaux.

« Chez les sauvages, les faibles de corps ou d’esprit sont bientôt éliminés ; et ceux qui survivent affichent généralement un état de santé vigoureux. Nous autres hommes civilisés, au contraire, faisons tout notre possible pour mettre un frein au processus d’élimination ; nous construisons des asiles pour les idiots, les estropiés et les malades ; nous instituons des lois sur les pauvres ; et nos médecins déploient toutes les habiletés pour conserver la vie de chacun jusqu’au dernier moment. Il y a tout lieu de croire que la vaccination a préservé des milliers d’individus qui, à cause d’une faible constitution, auraient autrefois succombé à la variole. Ainsi, les membres les plus faibles des sociétés civilisées propagent leur nature. Il n’est personne qui, s’étant occupé de la reproduction des animaux domestiques, doutera que cela doive être hautement nuisible pour la race de l’homme. Il est surprenant de voir avec quelle rapidité un manque de soins, ou des soins mal adressés, conduisent à la dégénérescence d’une race domestique ; mais excepté dans le cas de l’homme lui-même, presque personne n’est si ignorant qu’il permette à ses pires animaux de se reproduire. L’aide que nous nous sentons poussés à apporter à ceux qui sont privés de secours est pour l’essentiel une conséquence inhérente de l’instinct de sympathie qui fut acquis originellement comme une partie des instincts sociaux, mais a été ensuite, de la manière dont nous l’avons antérieurement indiqué, rendu plus délicat et étendu plus largement. Nous ne saurions réfréner notre sympathie, même sous la pression d’une raison implacable, sans détérioration dans la plus noble partie de notre nature. Le chirurgien peut se durcir en pratiquant une opération, car il sait qu’il est en train d’agir pour le bien de son patient ; mais si nous devions intentionnellement négliger ceux qui sont faibles et sans secours, ce ne pourrait être qu’en vue d’un bénéfice imprévisible, lié à un mal présent qui nous submerge. Nous devons par conséquent supporter l’effet indubitablement mauvais de la survie des faibles et de la propagation de leur nature ; mais il apparaît ici qu’il y a au moins un frein à cette action régulière, à savoir que les membres faibles et inférieurs de la société de ne se marient pas aussi librement que les sains ; et ce frein pourrait être indéfiniment renforcé par l’abstention du mariage des faibles de corps ou d’esprit, bien que cela soit plus à espérer qu’à attendre. »

Darwin, La filiation de l’homme et la sélection liée au sexe. Chap. V : « La Sélection naturelle du point de vue de son action sur les nations civilisées »

 

 

Publié dans autrui, la conscience, la culture, la morale, la nature, la société, le corps, le devoir, le vivant, Textes | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Exercice problème et plan détaillé : Dois-je adopter la culture du pays dans lequel je vis ?

Soit le sujet suivant :

Dois-je adopter la culture du pays dans lequel je vis ?

1) Brève analyse du sujet. Distinguez : notion principale, secondaire, termes introducteur et autres que vous jugerez pertinents. Définissez ces notions.

2) Quel est le problème posé par ce sujet ?

 

3) Donnez le Plan détaillé de votre dissertation.

 

 

 

Publié dans exercices | Marqué avec | Laisser un commentaire

texte de Descartes : obéir aux lois et aux coutumes de son pays.

« Et enfin, comme ce n’est pas assez, avant de commencer à rebâtir le logis où on demeure, que de l’abattre, et de faire provision de matériaux et d’architectes, ou s’exercer soi-même à l’architecture, et outre cela d’en avoir soigneusement tracé le dessin; mais qu’il faut aussi s’être pourvu de quelque autre, où on puisse être logé commodément pendant le temps qu’on y travaillera; ainsi, afin que je ne demeurasse point irrésolu en mes actions pendant que la raison m’obligerait de l’être en mes jugements, et que je ne laissasse pas de vivre dès lors le plus heureusement que je pourrais, je me formai une morale par provision, qui ne consistait qu’en trois ou quatre maximes, dont je veux bien vous faire part.
La première était d’obéir aux lois et aux coutumes de mon pays, retenant constamment la religion en laquelle Dieu m’a fait la grâce d’être instruit dès mon enfance, et me gouvernant, en toute autre chose, suivant les opinions les plus modérées, et les plus éloignées de l’excès, qui fussent communément reçues en pratique par les mieux sensés de ceux avec lesquels j’aurais à vivre. Car, commençant dès lors à ne compter pour rien les miennes propres, à cause que je les voulais remettre toutes à l’examen, j’étais assuré de ne pouvoir mieux que de suivre celles des mieux sensés. Et encore qu’il y en ait peut-être d’aussi bien sensés, parmi les Perses ou les Chinois, que parmi nous, il me semblait que le plus utile était de me régler selon ceux avec lesquels j’aurais à vivre; et que, pour savoir quelles étaient véritablement leurs opinions, je devais plutôt prendre garde à ce qu’ils pratiquaient qu’à ce qu’ils disaient; non seulement à cause qu’en la corruption de nos moeurs il y a peu de gens qui veuillent dire tout ce qu’ils croient, mais aussi à cause que plusieurs l’ignorent eux-mêmes, car l’action de la pensée par laquelle on croit une chose, étant différente de celle par laquelle on connaît qu’on la croit, elles sont souvent l’une sans l’autre. Et entre plusieurs opinions également reçues, je ne choisissais que les plus modérées : tant à cause que ce sont toujours les plus commodes pour la pratique, et vraisemblablement les meilleures, tous excès ayant coutume d’être mauvais; comme aussi afin de me détourner moins du vrai chemin, en cas que je faillisse, que si, ayant choisi l’un des extrêmes, c’eût été l’autre qu’il eût fallu suivre. Et, particulièrement, je mettais entre les excès toutes les promesses par lesquelles on retranche quelque chose de sa liberté. Non que je désapprouvasse les lois qui, pour remédier à l’inconstance des esprits faibles, permettent, lorsqu’on a quelque bon dessein, ou même, pour la sûreté du commerce, quelque dessein qui n’est qu’indifférent, qu’on fasse des voeux ou des contrats qui obligent à y persévérer; mais à cause que je ne voyais au monde aucune chose qui demeurât toujours en même état, et que, pour mon particulier, je me promettais de perfectionner de plus en plus mes jugements, et non point de les rendre pires, j’eusse pensé commettre une grande faute contre le bon sens, si, parce que j’approuvais alors quelque chose, je me fusse obligé de la prendre pour bonne encore après, lorsqu’elle aurait peut-être cessé de l’être, ou que j’aurais cessé de l’estimer telle. »

René Descartes, Discours de la méthode, 3ième partie.

Publié dans autrui, la culture, la morale, la religion, le devoir, le sujet | Marqué avec , , , , , , | Laisser un commentaire