Texte de Kant : de l’autorité d’autrui.

« Lorsque, dans les matières qui se fondent sur l’expérience et le témoignage, nous bâtissons notre connaissance sur l’autorité d’autrui, nous ne nous rendons ainsi coupables d’aucun préjugé ; car, dans ce genre de choses, puisque nous ne pouvons faire nous-mêmes l’expérience de tout ni le comprendre par notre propre intelligence, il faut bien que l’autorité de la personne soit le fondement de nos jugements. Mais lorsque nous faisons de l’autorité d’autrui le fondement de notre assentiment à I’égard de connaissances rationnelles, alors nous admettons ces connaissances comme simple préjugé. Car c’est de façon anonyme que valent les vérités rationnelles ; il ne s’agit pas alors de demander : qui a dit cela ? mais bien qu’a-t-il dit ? Peu importe si une connaissance a une noble origine ; le penchant à suivre l’autorité des grands hommes n’en est pas moins très répandu tant à cause de la faiblesse des lumières personnelles que par désir d’imiter ce qui nous est présenté comme grand. »

Kant, Logique (1800)
Note : un assentiment est un accord.

Le plan. Le texte de Kant examine 2 situations :

a) la 1ère situation : une personne fonde son jugement sur l’expérience d’une autre personne, qui joue alors le rôle d’autorité (référence).
Ex : j’affirme qque chose d’un pays que je n’ai pas visité, et je me fonde pour cela sur le témoignage d’une autre personne.

La thèse et l’argument ce cette partie : dans ce cas, mon jugement n’est pas un préjugé.
Argt : comme notre expérience est limitée, il est nécessaire que nous fondions certains de nos jugements sur celle d’autrui.

b) La 2ième situation : une personne fonde son assentiment (accord) sur le raisonnement d’une autre personne.
Ex : j’affirme que 2 + 2 = 4, ou qu’il faut préférer son ami à son chien (ex. tirés d’un texte célèbre de Malebranche).

La thèse et l’argument de cette partie : dans ce cas, mon jugement est un préjugé, ce qui est critiquable.
Argt : les vérités rationnelles sont anonymes. Nous pourrions dire autrement : elles n’expriment rien de personnel. Elles reposent simplement sur un usage correct de sa raison, faculté commune à tous les hommes. D’où la question n’est pas « Qui a dit cela ? », mais « Qu’a-t-il dit ? »

Conséquence : adopter sans réflexion le jugement d’un grand homme est un préjugé. Mais cela est répandu, car le désir d’imiter est important

Le problème discuté dans le texte : fonder son jugement sur l’expérience d’autrui, est-ce se rendre coupable de préjugé ?
La réponse (thèse) : non (cf. raisons évoquées plus haut). Mais cela l’est lorsqu’il s’agit de connaissances rationnelles.

L’intérêt philosophique : il est multiple.

a) Cela peut être celui de la valeur de connaissance que nous devons reconnaître à l’expérience personnelle, celle d’autrui mais aussi la nôtre (pour autrui). 

En général, l’expérience personnelle a une valeur de connaissance moindre, justement à cause de son caractère personnel. Mais paradoxalement, cela lui donne plus de légitimité à être reprise comme fondement, car elle ne prétend pas au satut de vérité impersonnelle des connaissances rationnelles.

b) mais c’est aussi celui de la définition du préjugé. Kant limite ici la définition du préjugé aux connaissances rationnelles, cad à ses seules connaissances où il est possible à un homme de juger rationnellement d’abord. S’il affirme sans raisonner, alors il répète un préjugé.

On peut critiquer cette conception et trouver pour le moins dangereux de fonder son jugement sur le simple témoignage d’autrui, sa seule expérience sommes toute très relative.  Kant le sait bien, et ne nous y oblige pas. On pouvait néanmoins s’attendre à ce qu’il nous recommande d’adopter une certaine distance critique à l’égard des témoignages d’autrui avant d’en faire le fondement de nos jugements. Par ex : s’interroger sur la personne qui témoigne, ses intentions, ses intérêts, la cohérence de ses propos, etc.

c) cela pourrait être aussi le penchant des hommes à suivre l’autorité des grands, en clair, la soumission de leur esprit à la tradition ou la réputation.

https://www.philomag.com/bac-philo/annales/explication-de-texte-kant-7426

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Texte de Kant : doute et procédé critique.

« Il y a un principe du doute consistant dans la maxime de traiter les connaissances de façon à les rendre incertaines et à montrer l’impossibilité d’atteindre à la certitude. Cette méthode de philosophie est la façon de penser sceptique ou le scepticisme. […]

Mais autant ce scepticisme est nuisible, autant est utile et opportune la méthode sceptique, si l’on entend seulement par là la façon de traiter quelque chose comme incertain et de le conduire au plus haut degré de l’incertitude dans l’espoir de trouver sur ce chemin la trace de la vérité. Cette méthode est donc à proprement parler une simple suspension du jugement. Elle est fort utile au procédé critique par quoi il faut entendre cette méthode de philosophie qui consiste à remonter aux sources des affirmations et objections, et aux fondements sur lesquels elles reposent, méthode qui permet d’espérer atteindre à la certitude. »

Kant, Logique, trad. L. Guillermit, Vrin, 1970, p. 94.

1- Soit le texte de Kant ci-dessus :

a) Donnez le problème et l’idée principale du texte : la difficulté qu’examine Kant et la solution qu’il propose.

Le problème que Kant examine est celui de l’usage du doute. Il oppose clairement un 1er usage, jugé nuisible, qui vise à rendre incertaines toutes les connaissances, à un 2nd usage, jugé lui utile et opportun, qui fait du doute un moment d’une méthode dont le but est de parvenir à la vérité.

Si l’on devait formuler le problème du texte à la façon d’un sujet de dissertation (ce qui n’est pas obligé..), nous pourrions dire : douter, pour rechercher la vérité ou bien pour y renoncer ?

La thèse de Kant est clairement expliquée à l’aide de jugements de valeurs : le 1er doute est nuisible, le second utile. Il existe donc pour Kant un doute utile, méthodique, dont l’usage est nécessaire à la recherche et l’établissement de la vérité.

b) Donnez les différentes étapes du texte. Vous aurez à coeur de préciser pour chacune d’elles : le contenu logique de chaque étape (s’il s’agit d’une définition, distinction, opposition, généralisation, exemple, image, raisonnement, etc.)le contenu philosophique de chaque étape : l’intérêt philosophique de ce qui est dit par rapport au problème posé.

Le texte se laisse aisément diviser en 2 moments qui correspondent pour l’essentiel aux 2 paragraphes.

Le 1er moment contient la définition du scepticisme. Il est une méthode de philosophie qui utilise de façon systématique (idée de principe) le doute afin d’établir qu’il n’y a aucune proposition certaine. [C’est là une référence très claire au scepticisme antique de Pyrrhon ou Sextus Empiricus]. Le doute ici est destructeur des connaissances. Au début du paragraphe suivant, Kant formule le jugement que ce doute est nuisible.

Le 2nd moment entend au contraire montrer qu’il existe un autre usage du doute jugé utile et opportun. Il est défini comme une méthode qui consiste à remettre en cause la certitude des propositions afin de mieux établir leur vérité (pour celles qui résistent au doute). Kant qualifie ce doute de simple suspension du jugement, soit un refus provisoire de se prononcer sur la vérité d’un énoncé, tant qu’il n’a pas été soumis à la critique.

Pour terminer, Kant affirme que cette méthode permet de dégager les fondements des affirmations et par ce moyen, permet d’établir des certitudes, ou du moins espérer le faire. Il s’agit donc d’un doute constructeur de connaissances.

2) Soit le sujet suivant : Le doute est-il une force ou une faiblesse ? 

a) Procédez à l’analyse complète et détaillée du sujet. 

Il s’agit d’une question fermée qui se présente comme une alternative. La question porte sur le doute, qui est examiné ici via 2 termes opposés, force et faiblesse. Le 1er est clairement mélioratif, le second péjoratif. 

Le terme de force appliqué au doute : il serait une ressource qui permet de s’imposer, un moyen d’action efficace qui permet d’atteindre son but. Associée à la faiblesse, le terme de force est mélioratif. Mais attention : la force est une notion ambivalente qui permet aussi bien de construire (c’est l’énergie de celui qui construit)  que de détruire (dans ce dernier sens, elle est souvent associée à la violence et à la contrainte).

Le terme de faiblesse est péjoratif. Est faible celui qui est sans force, sans puissance et qui donc subit plus qu’il n’agit. Dire qu’il est une faiblesse fait du doute la marque d’une impuissance, d’une insuffisance, celle des connaissances et de la capacité à connaître en général.

On peut bien sûr raisonner de la même manière que précédemment et faire de la faiblesse un atout paradoxal : on peut se réjouir de la faiblesse des méchants ! Elle est une « bonne chose » à nos yeux. Mais faire de la faiblesse est un avantage est plus difficile que de condamner les usages violents de la force.

Douter : état naturel de l’esprit qui s’interroge, à des degrés différents, sur la vérité, le bien-fondé, l’intérêt d’une proposition (opinion, croyance, constat, jugement, connaissance, etc). Le doute relève ici de la réflexion, sur le mode interrogatif. Il est un moment de la réflexion. C’est de ce doute dont parle Kant ici.

Mais le doute est aussi l’expression d’une incertitude plus ou moins importante, d’une hésitation ou d’un refus à se prononcer ou à agir. Il est vécu alors comme que chose de subi, un état d’impuissance. 

En philosophie, 2 figures du doute (entre autres) sont célèbres :
. celle des sceptiques grecs anciens. Leur doute est définitif et vise clairement à établir l’impossibilité de connaître avec certitude. C’est le scepticisme au sens strict. Il a pour avantage, selon ses défenseurs, de nous prémunir contres les erreurs de jugement, les attitudes dogmatiques. Il permet d’atteindre un état d’équilibre qui conduit à la sagesse, la sérénité. On en trouve des échos chez Montaigne ou David Hume.
. celle de Descartes, qui est à la fois radical et méthodique. Radical, le doute cartésien s’attaque aux connaissances à la racine et les rejette toutes; méthodique, il n’est pas définitif, il vise au contraire à édifier de nouveau, sur des bases solides, tout le système de la connaissance. 

b) Quel problème philosophique pose-t-il ?

Ce qu’il faut éviter : un pour/contre sur le doute, avec au final un solde dont on se demande s’il est positif ou négatif. Idem d’une approche qui se limiterait à une étude de cas. Cela ne permet pas de penser le problème dans son unité : en clair, le concept du doute n’est pas correctement pensé de cette façon.

Reprenons le sujet. Le problème est celui de la nature du doute. Il commencera donc par : Le doute est-il …  ? Mais quoi mettre à la suite ?

Nous voyons qu’il ya a deux façons de douter, l’une active qui consiste à s’interroger activement, l’autre passive qui rend hésitant. Dans le 1er usage du doute, il est une puissance d’agir, dans le second une impuissance subie.

Nous avons donc un problème de la forme suivante : le doute est-il un moment utile de la réflexion ou bien au contraire un état d’incertitude qui nous paralyse ?

Un pas de plus, qui précise la notion du doute et relie mieux ces 2 aspects du doute : la remise en cause de ses connaissances et de ses certitudes est-elle un avantage pour la réflexion et pour la vie, ou bien au contraire une pratique nuisible et stérile ?

c) Donnez un plan argumenté et détaillé de ce que serait votre dissertation sur ce sujet.

(NB : on a cherché ici à donner des arguments accessibles à une personne qui n’est pas forcément instruite de références philosophiques.)

Un plan en 3 parties :

La 1ère partie : elle va chercher à comprendre ce qu’est le doute lorsqu’il est subi, vécu comme un état d’impuissance.

La 2ème partie : elle va mettre mettre en valeur une pratique active du doute, manifester sa puissance.

La 3ème partie : elle va pousser plus loin la réflexion et problématiser la notion de doute.

1ère partie : Le doute est un état d’impuissance.

a) La personne qui doute vit un état de mal-être, d’impuissance qui paralyse. Sentiment d’être un ignorant et un incapable. L’action de douter entraîne une perte de confiance en soi.

Ex : douter de ses capacités, de son orientation.

Le doute, manifestation de peurs, d’angoisses inconscientes ? 

b) Douter de soi et/ou d’autrui rend problématique le lien social, familial, humain.

Ex : douter de l’honnêteté de son associé, des compétences de son médecin, de la fidélité de son partenaire, etc.

c) Douter signifie ignorer, être incertain. On ne peut donc rien fonder sur le doute, ni une vérité, ni une décision.

Aucune vérité : c’est la mise en péril de tous les savoirs, de toutes les décisions.

Ex : du relativisme en histoire au négationisme; l’impossibilité de rendre justice.

Aucune décision :  on ne peut demeurer éternellement incertain. Or, le doute rend problématique la décision donc l’action.

Ex : difficulté à saisir l’opportunité qui se présente; difficulté à régler les conflits.

2ième partie : la force du doute

a) Il est préférable de ne pas agir plutôt que de mal agir. Mieux : repousser la décision et prendre le temps de réfléchir. Le doute ici s’avère utile, car il met nos connaissances/convictions à l’épreuve.

Il est d’ailleurs pertinent de douter de l’urgence réelle de décider, et préférer ne pas se précipiter.

Ex : la bonne décision en justice est celle qui laisse une place, cad un temps au doute. Justice lente/injustice rapide.

b) Par ailleurs, il est possible d’adapter l’usage du doute au temps de l’action, et même d’anticiper sur l’imprévisible.

Ex : les règles de la morale provisoire de Descartes. 

c) Le doute est un moment de la recherche, le moment critique; il est une manifestation de l’intelligence, de la réflexion.

Référence : on retrouve ici l texte de Kant.

Le doute est le moyen de se forger une pensée autonome, un esprit libre.

Ex : se débarrasser des préjugés de son temps, de son milieu.

3ième partie : problématisation de la force du doute.

a) Dans son texte, Kant parle d’un espoir d’atteindre la certitude à l’aide du doute. Mais cet espoir est-il fondé ? L’usage positif du doute ne mène-t-il le penseur plus loin qu’il ne le voudrait ? Si le doute est la reconnaissance de son ignorance, il est alors impossible de prédire qu’il nous permettrait d’atteindre une vérité. 

Ex : le doute en l’existence du divin, s’il n’est pas feint, est potentiellement la perte de la foi.

b) Tout d’ailleurs doit-il être mis à l’épreuve du doute ? Un esprit critique est-il nécessairement un esprit suspicieux ? Ne faut-il ici pas douter des intentions d’un doute systématique ? 

Ex : le doute de la personne jalouse peut dissimuler son incapacité à faire confiance à ou son désir de maîtriser l’être aimé.

N’y a-t-il pas dans l’existence humaine une place pour la confiance en soi, en autrui ?

c) Le problème n’est-il pas celui de l’usage du doute ? Ne faut-il pas distinguer entre un usage réfléchi et un autre irréfléchi du doute ? A quelle condition alors un doute est-il souhaitable ? Le doute ne doit-il pas être méthodique, cad suivre une méthode d’investigation ?

ex : la notion de preuve recevable -ou non- dans les différentes sciences.

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Texte n°2 du Discours de la méthode.

« Et comme la multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices, en sorte qu’un État est bien mieux réglé lorsque, n’en ayant que fort peu, elles y sont fort étroitement observées; ainsi, au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j’aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer.

Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle : c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.

Le second, de diviser chacune des difficultés que j’examinerais, en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre.

Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusques à la connaissance des plus composés; et supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.

Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre.

Ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir, pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations, m’avaient donné occasion de m’imaginer que toutes les choses, qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes, s’entre-suivent en même façon et que, pourvu seulement qu’on s’abstienne d’en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, et qu’on garde toujours l’ordre qu’il faut pour les déduire les unes des autres, il n’y en peut avoir de si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu’on ne découvre. »

Descartes, Discours de la méthode, 2nde partie.

Un texte un peu long qu’il convient de bien distinguer en moments si l’on veut pouvoir en saisir les idées essentielles.

Situation : fin de la 2ième partie.
Dans la 1ère partie, Descartes affirme que si comme tous les hommes, il possède le bon sens ou raison, soit la capacité de distinguer le vrai du faux,  il n’a pourtant rien appris de certain depuis son plus jeune âge.
Au début de la seconde, il exprime le projet de rebâtir l’édifice de toutes les connaissances sur de nouveaux fondements, mais avant, de se doter d’une méthode.
Pour ce projet, il s’inspire en les corrigeant de ces disciplines que sont l’analyse, l’algèbre et la logique (passage qui précède celui que l’on étudie).

Problème : qu’est-ce que la méthode ? que doit-elle être pour répondre au projet radical de Descartes ? 

Thèse : la méthode n’est pas un programme à suivre mécaniquement (un algorithme dirait-on aujourd’hui), ni une recette empirique. Si elle consiste en 4 règles, elle ne s’y réduit pas. Elle est une certaine discipline de l’esprit afin qu’il n’égare pas la raison dans sa recherche de la vérité.

Le plan : 3 parties.
La 1ère (l.206 à 213) : l’intention ou l’esprit de la méthode.
La 2ème (l.214 à 220) : qu’est-ce que l’évidence ?
La 3ième (l.221 à 243) : une méthode inspirée des mathématiques (de l’axiomatique). 

1ère partie : l’intention ou l’esprit de la méthode. 

Ce que dit ce passage : il faut peu de règles pour la méthode. 

Argument : un raisonnement par analogie. Nombre de lois/Bon règlement d’un Etat = Nombre de règles/bon usage de la méthode. 

Intérêt philosophique : 
1. Si la méthode contient peu de règles, c’est qu’elle ne consiste pas seulement dans les règles, mais aussi dans leur usage. Pour que celui-ci soit bon, il ne faut pas que l’esprit se perde (à la façon de ce qui se passe en logique). Il faut de la simplicité, de la clarté dans l’usage des règles, donc peu de règles.
2. Conséquence : cela veut dire que ces règles doivent être générales et pouvoir s’appliquer à toutes les situations de connaissance. 
3. Conséquence : les règles doivent être appliquées de façon scrupuleuse. L’esprit ne doit pas s’endormir, encore moins se précipiter et oublier les règles. La méthode est une discipline de l’esprit, une éthique de la pensée (au sens d’une façon de conduire sa pensée).

2ème partie : qu’est-ce que l’évidence ?

Ce que dit ce passage : il formule une exigence, celle ne rien accepter pour vraie sinon ce qui présente à l’esprit comme évident.

Argument : il consiste ici en la définition même de l’évidence. Quelle est-elle justement ? Pour mieux la comprendre, partons de ce que l’évidence au sens courant et voyons la différence.

Au sens courant, l’évidence est le caractère d’une proposition qui entraîne l’accord immédiat sur sa vérité, soit parce qu’elle s’appuie sur des faits jugés incontestables, soit parce qu’elle découle de raisonnements nécessaires, soit plus simplement encore, parce qu’elle est en accord avec l’opinion couramment reçue.

Ce n’est pas de cette évidence dont nous parle Descartes. Il ne nous parle ni de faits, ni de raisonnements, encore moins de l’opinion commune (qu’il juge douteuse Cf. 1ère partie).

De quoi parle-t-il alors ? De 3 choses :

  1. qu’il faut éviter la prévention et la précipitation, soit le même souci de précaution et de prudence dans l’usage de son esprit que celui affirmé au tout début du Discours.
  2. qu’il faut accepter comme vrai ce qui se présente avec une si grande clarté et distinction à son esprit qu’il n’est plus possible de douter.
  3. qu’il faut refuser comme douteux ou faux tout le reste.

La 1ère de ces choses ne nous étonnera guère. Elle nous rappelle que la raison ne suffit pas à trouver le vrai, il faut une méthode. Et cette méthode ne consiste pas en l’application étroite de quelques règles, elle est une certaine discipline de la pensée (cf. plus haut, explication de la 1ère partie de ce texte).

La 2nde est à proprement parler la définition de l’évidence. Elle reprend quelque peu l’étymologie latine, évidentia qui signifie à la fois la visibilité d’une chose et la vérité immédiate d’une proposition. Il s’agit bien de voir ici, mais pas avec ses yeux, plutôt avec son esprit. « Ce qui se présente à mon esprit ». Il ne s’agit pas de raisonner mais bien de voir (idée de présence), une vision intellectuelle en quelque sorte.

Mais ce qui se donne à voir doit être vu de telle façon que l’on est assuré de bien voir, avec clarté, et de bien distinguer, c’est la distinction. Clarté et distinction sont les 2 critères de l’évidence.

La clarté : la proposition vue (pensée) doit l’être de façon présente, en acte. Il ne doit pas s’agir d’un souvenir par ex. ou d’une simple confiance en l’opinion.

Et de la même façon que je perçois un objet clairement parce qu’il se présente à moi de façon suffisamment stable et avec assez de lumière pour que je puisse le regarder de façon précise, minutieuse, de même façon, la proposition évidente doit être pensée de façon suffisamment précise et éclairée par la lumière naturelle de ma raison, de telle sorte que je puisse voir sa vérité. D’où, on le comprend, l’importance de la lenteur, de la prévention dans l’exercice du jugement. Ne pas se précipiter, ne pas obscurcir la vision intellectuelle de l’idée.

La distinction : la proposition vue (pensée) ne doit pas se confondre avec une autre. A la condition que l’idée soit clairement perçue/pensée, il convient de s’assurer qu’elle n’en contient pas une autre, plus simple, ou qu’elle n’est pas liée à une autre. La distinction nous ramène à la simplicité de l’idée et donc aussi à l’analyse, 2nde règle de la méthode, qui décompose le complexe en simple.

Un exemple d’une idée claire et distincte : ce sera le cogito, le « Je pense donc je suis ».

La 3ème  de ces choses, qu’il faut refuser toute proposition qui ne serait pas vraie évidemment, nous informe du caractère radical du projet cartésien : radical, cad à la fois extrême et « à la racine ». Extrême au sens où ce qui contient le moindre doute est rejeté; « à la racine » au sens où il s’agit de revenir aux toutes premières vérités, celles sur lesquelles reposeront les suivantes, par voie démonstrative.

Car la règle d’évidence répond en fait à un problème délicat pour qui cherche la vérité : celui du point de départ ou du fondement, des propositions « à la racine » de toutes les autres.

On sait en effet qu’en mathématiques et en logique, toutes les démonstrations reposent sur des premières propositions non démontrées. En mathématiques, ce sont les axiomes. Or, si l’on veut que les propositions démontrées sur la base des axiomes soient vraies, il faut que les axiomes le soient aussi. L’évidence est la vérité qui convient aux axiomes. C’est la raison pour laquelle il faut refuser toutes les propositions qui n’ont pas cette évidence, car on ne peut rien bâtir sur elles de certains.

Mais en réalité, l’idée d’évidence joue encore un rôle plus important pour Descartes. Elle est ce qui, présent à chaque moment du raisonnement, garantit que nous ne sommes pas dans l’erreur. Elle est présente à chaque nouvelle vérité, non seulement les premières, les axiomes du sytème, mais aussi à chaque nouvelle étape de la réflexion. L’évidence est cette propriété d’une proposition ou d’un raisonnement qui, reconnue par l’esprit, garantit sa vérité et donc le progrès de la recherche.

Ajoutons enfin, et ce ne sera pas des moindres, qu’avec l’évidence, la vérité est accessible au sujet seul, sans qu’il ait recours à autre chose qu’à sa propre raison, conduite de façon méthodique. Cela revient à affirmer que le pouvoir de reconnaître la vérité est accessible au sujet seul. Mais cela ne veut pas dire que la vérité se réduit au seul sujet. En d’autres termes, chaque sujet, dans la mesure où il possède une raison, peut distinguer le vrai du faux, l’évident du douteux. Mais dans la mesure où ce pouvoir est le même pour tous les hommes, les vérités perçues leur sont communes. 

3ème partie : une méthode inspirée par les mathématiques (analyse et axiomatique).

Ce qui est dit : ce sont les 3 autres règles de la méthode, soit celle d’analyse, celle de la synthèse et une dernière, celle du dénombrement (chaînes de raison).

Descartes s’inspire ici clairement des mathématiques. La seconde règle porte d’ailleurs le nom d’une pratique mathématique, celle de l’analyse. Quant aux deux autres règles, elles sont clairement inspirées du modèle démonstratif de l’axiomatique. 

La 2nde règle, ou règle de l’analyse : elle consiste en la division d’une difficulté à résoudre, en autant d’éléments plus simples, que l’on sait résoudre. Elle correspond donc, de façon plus générale, en un passage de l’inconnu au connu.

Il s’agit d’un procédé de découverte ou procédé heuristique : il met sur la voie d’une démonstration future, en traçant un premier chemin à partir de la difficulté. La synthèse (règle suivante) sera le chemin inverse et définira la démonstration à proprement parler.

Descartes s’inspire ici de ce qu’il appelle « l’analyse des Anciens » (cf. p.25, l.183 et 195. Cf aussi sur ce point p.110 et p.116 du livre). Ce procédé, découvert par les géomètres de l’Antiquité, mais resté secret, confidentiel, lui a été appris par ses maîtres de mathématiques du collège de la Flèche ainsi que la lecture des textes du mathématicien Pappus (vers 300 ap. JC) 

Pour en donner une idée, prenons un exemple simple (qui n’est pas donné par Descartes) : soit une équation de degré 4 (avec un x puissance 4). Il est difficile de résoudre une pareille équation. Mais il est peut-être possible de l’exprimer sous la forme d’une équation de degré 2 (x puissance 2), pour laquelle nous connaissons une méthode de résolution. L’analyse consiste en ce passage d’une difficulté élevée en une autre moindre, que l’on sait résoudre. Ici la difficulté a été résolue en exprimant en termes connues une difficulté qui se présentait en termes inconnus.

Descartes a fait une application célèbre de l’analyse. Elle consiste à résoudre les problèmes de géométrie à l’aide d’une autre discipline des mathématiques : l’algèbre (calcul avec des inconnues). C’est la géométrie analytique : elle consiste à résoudre en termes algébriques (en termes d’équations) ce qui se présente d’abord en termes géométriques (en termes de droite et de courbes. Cf.ici p.117 du livre).

Avec la méthode, l’analyse devient une règle générale pour l’esprit et doit être appliquée aussi bien en mathématiques qu’en physique ou en métaphysique.

La 3ième règle ou règle de la synthèse : elle consiste à conduire ses pensées en suivant un certain ordre, celui qui va du plus simple à connaître au plus complexe. 

Cet ordre est clairement démonstratif, et il est inspiré par le modèle mathématique des grecs, le modèle axiomatique.

Le modèle axiomatique consiste, en partant de définitions et de propositions premières considérées comme simples et évidentes (non démontrées), à démontrer l’ensemble des théorèmes qui composent le savoir mathématique. Le modèle est donné par les Eléments d’Euclide.

Quant à l’ordre démonstratif, il est celui du raisonnement démonstratif qui consiste à établir la vérité d’une proposition en la déduisant logiquement de propositions précédentes, sans rien y mêler d’empirique ou d’intuitif. 

La règle de la synthèse est la règle inverse et complémentaire de la règle d’analyse. Elle va du simple au complexe, du connu au moins connu. Mais là où l’analyse était un procédé heuristique (découverte), la synthèse elle est démonstrative : elle prouve.

Comme nous le verrons à la fin du texte, Descartes souhaite donner une grande extension à la méthode démonstrative. D’où cette volonté de l’étendre même entre les objets « qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres ». Comprenons : l’usage de la démonstration ne doit pas s’arrêter à la seule géométrie, ni même aux seules mathématiques. Il doit pouvoir par ex. s’étendre au monde de la physique. Un phénomène physique complexe doit pouvoir être ramené à un  ensemble de phénomènes simples (analyse), et partant de ces phénomènes simples, on doit pouvoir démontrer, prouver les phénomènes plus complexes. Cet ordre peut ne pas sembler naturel, la raison humaine humaine doit quand même l’instituer. L’ordre de la raison n’est pas à comprendre comme un ordre des choses qui s’imposerait à la raison, mais plutôt comme un ordre démonstratif que la raison impose aux choses. 

La 4ième règle ou règle du dénombrement : la vérification.

La règle de dénombrement se présente comme une règle de prudence. Il s’agit de ne rien omettre, ne rien oublier. De nouveau Descartes nous met en garde contre la précipitation. Mais la règle de dénombrement a autre usage possible, qui est celui d’habituer l’esprit à créer des liens démonstratifs entre les objets. 

Le texte se termine par l’énoncé d’un projet : celui d’un enchaînement démonstratif de toutes les connaissances humaines. C’est l’image des chaînes de raison.

Descartes a souhaité créé une mathématique universelle (mathesis universalis), cad une connaissance générale de l’univers sur le modèle des mathématiques (modèle axiomatique, démonstratif).

C’est en ce sens qu’il dit avoir imaginé « que toutes les choses, qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes, s’entre-suivent en même façon et que, pourvu seulement qu’on s’abstienne d’en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, et qu’on garde toujours l’ordre qu’il faut pour les déduire les unes des autres, il n’y en peut avoir de si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu’on ne découvre. »

Où nous retrouvons ici :

  • la règle de l’évidence, fondement de toute vérité (« n’en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit »)
  • la règle de la synthèse (« on garde toujours l’ordre qu’il faut pour les déduire les unes des autres »)
  • la règle de l’analyse, règle de la découverte,  permet quant à elle de penser que « il n’y en peut avoir (de vérités) si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu’on ne découvre »

A retenir de ce texte :

La méthode n’est pas un programme de type algorithme ni une recette empirique mais une discipline de l’esprit. Elle invite à progresser lentement mais sûrement. 

L’évidence est le critère de vérité retenu par Descartes pour fonder toute la connaissance.

la démarche de Descartes, inspirée des mathématiques est démonstrative. Elle veut s’étendre à l’ensemble des connaissances (projet d’une mathématique universelle).

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texte n°1 du Discours de la Méthode

«  Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent : mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices, aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s’en éloignent »

Descartes, Discours de la Méthode, 1ère partie. 

2 parties :

Introduction :

situation du texte : c’est le début du Discours. Rappel : le Discours est un écrit de circonstance, lié à l’abandon du projet de publier un Traité du monde. La raison : la condamnation de Galilée en 1633. La publication du DM avec 3 essais scientifiques a pour but de « sonder le gué ». Son but : faire connaître sa méthode, et par ce moyen, ses idées en physique.

Problème et Thèse :

  • le problème examiné dans ce texte est celui de la possession de la raison par tous les hommes, et sa différence avec l’esprit. Mais c’est aussi celui de la nécessité d’une méthode.

  • la thèse de Descartes est que les hommes possèdent tous la raison, un même pouvoir de juger du vrai et du faux. Mais l’essentiel est de l’appliquer, d’où la nécessité d’une méthode.

Plan : 2 parties. La 1ère sur le bon sens, la 2nde sur l’importance de la méthode.

La 1ère : qu’est-ce que le bon sens ? Le fait de la raison

a. Ce n’est pas le bon sens commun. Mais une puissance de bien juger et ≠ vrai et faux. Donc :

. Subjectivité de la raison (≠ ordre du monde des Anciens).
. Raison ≠ raisonner mais juger, et donner son assentiment. Liberté de juger.
. distinction raison ≠  esprit (promptitude de la pensée, netteté de l’imagination, ampleur de la mémoire).

b. l’argument : le témoignage d’un manque, d’une absence de désir.

.Ironie
. simple vraisemblance ≠ certitude.
. invraisemblance : tous se trompent ? Pas tous. Et si tous alors perte de la raison comme capacité à juger, ce qui est invraisemblable. Le pouvoir de la raison s’affirme ici : chacun jouit de la faculté de juger ≠ qualités de l’esprit.

Le fait de la raison, sa liberté.
Egalité de la raison, inégalité des esprits : pose la question de droit de la méthode. 

La 2nde : L’importance de la méthode.

a) la diversité des opinions ≠ des raisons mais des chemins pris.
. conduite voie et considération des objets (en plus des ≠ esprits)
. raison ≠ méthode.
. appliquer bien. Méthode ≠ outil, mais une conduite de sa pensée (application)

b) les exemples

. des vertus et vices. ex de la morale. engagement personnel. Morale : relève de la connaissance et de la méthode.
. le chemin et la progression. rectitude et vitesse. Il y a un ordre. Un chemin droit et des chemins de travers.

La raison ≠ méthode, la méthode = conduite. Connaissance de l’ordre.

Conclusion : 

Le fait de la raison.
L’importance de la méthode. ≠ savoir des anciens, pratique de telle ou telle discipline. Caractère novateur, pionnier de la conception.

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Texte de Montesquieu : pas de liberté sans lois (bac technologique 2018).

« Il est vrai que dans les démocraties le peuple paraît faire ce qu’il veut ; mais la liberté politique ne consiste point à faire ce que l’on veut. Dans un État, c’est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu’à vouloir faire ce que l’on doit vouloir, et à n’être pas contraint de faire ce que l’on ne doit pas vouloir.
Il faut se mettre dans l’esprit ce que c’est que l’indépendance, et ce que c’est que la liberté. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ; et si un citoyen pouvait faire ce qu’elles défendent, il n’aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir. »
MONTESQUIEU, De l’Esprit des Lois (1748)

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

Questions :

  1. Dégager l’idée principale (la thèse que défend l’auteur) du texte et les étapes logiques du raisonnement.
  2. Expliquer : 
    • « dans les démocraties, le peuple paraît faire ce qu’il veut » ; 
    • « la liberté ne peut consister qu’à pouvoir faire ce que l’on doit vouloir » ;
    • que signifie «l’indépendance » dans le texte ?
  3.  Les lois sont-elles nécessaires à la liberté ?

Ce qu’il faut faire  :

  • bien lire les questions : la 1ère demande clairement l’idée principale ou thèse que défend l’auteur et les étapes logiques, soit 2 choses distinctes. Par ailleurs l’idée générale n’est pas le thème.
  • bien lire le texte : à plusieurs reprises, l’auteur affirme que la liberté est liée aux lois et ne consiste pas à faire ce que l’on veut (sens courant). Bien lire en particulier la phrase à expliquer : « pouvoir faire ce que l’on doit vouloir » (l.4) n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut.
  • se donner les moyens d’une vraie réponse, et non quelques mots. la quantité ne fait pas la valeur mais une réponse correcte demande une rédaction claire et précise. 
  • pour la question 3, le lien avec le texte de Montesquieu est évident et fournit une référence, de même qu’il fournit l’idée générale du texte (question 1). Bien voir à ce sujet que Montesquieu défend une certaine conception de la nécessité des lois que l’on peut qualifier de libérale. Les lois ne nous obligent à faire que ce que l’on doit vouloir, soit notre devoir de citoyen, et elles nous protègent de la contrainte de faire ce que l’on ne doit pas vouloir (nul ne peut être forcé de faire ce que la loi ne l’oblige pas à faire).
  • Un principe générale de méthode : diviser la difficulté d’une question, d’une phrase en autant d’éléments simples que cela est nécessaire pour bien la comprendre. C’est la règle de l’analyse. Elle évite bien des réponses hâtives et fausses ou incomplètes.

Pour des pistes de correction sur ce sujet, cf. ce lien : https://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/montesquieu-de-lesprit-des-lois-1748-28276

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Problématisation : le désir est-il la marque de notre imperfection ? (S, 2018)

A) l’analyse du sujet

a) la forme de la question

3 termes : désir, imperfection et marque. La notion importante est le désir. Le sujet est de la forme : X est-il la marque de Y ? Le rapport entre X et Y qui est interrogé ici est celui de « être la marque ».

b) les termes du sujet.

a21) Une marque est (cf. Cnrtl) d’abord un signe matériel appliqué sur une chose pour indiquer ses caractéristiques et permettre de la distinguer. Par extension, le terme désigne tout ce qui sert à identifier, reconnaître quelque chose, même s’il s’agit d’une empreinte ou d’une trace involontaire, accidentelle. Le sujet demande donc si le désir est le signe volontaire ou la trace involontaire de notre imperfection.

On voit mal comment un homme pourrait vouloir signifier, indiquer à autrui son imperfection. Cela est plus concevable pour un Dieu créateur ! On pense bien sûr au péché originel, soit le désir d’Adam et Eve de goûter au fruit défendu (celui de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, passage raconté ici dans la traduction originale de Chouraqui). Dieu aurait alors créé l’être humain capable de désirer, en particulier ce qui est interdit. Le désir serait donc la manifestation de la nature peccable (encline au péché, défectueuse) de l’homme. 

A l’inverse, on comprend que le désir puisse être la manifestation involontaire de l’imperfection humaine, même s’il s’agit d’une conception négative, et discutable, du désir.

c) notre imperfection

Le terme « notre » ne renvoie pas à l’individu qui s’interroge mais aux êtres humains en général. 

Le terme d’imperfection peut être compris de 2 façons (cf. Cnrtl) :

  • soit comme un manque de perfection, une limite de l’être humain : manque de force, d’intelligence, de courage, de beauté, etc. mais aussi manque des choses que nous désirons. 
  • soit comme une déviance, un travers, un vice, donc non pas comme une limite mais plutôt une corruption, une dénaturation. Le désir peut alors être un penchant à l’excès, à un illimité qui ne convient pas à la nature de l’homme. A rapprocher de la notion grecque d’hybris (on prononce « ubris »), que l’on traduit par démesure. Cf. ici, une note intéressante sur cette notion.

A ce stade, la question devient : le désir est-il la manifestation des limites de l’homme ou de sa nature corrompue ?

d) reste le terme de désir. On peut consulter cette fiche.

B) la compréhension du problème. 

Le sujet fait clairement référence à la conception du désir comme manque mais aussi, dans une autre mesure, à la conception biblique du désir comme expression à la fois de la liberté et de la possibilité de pécher (commettre une faute). C’est cette thèse, au delà de la référence biblique, qu’il invite à exposer dans un premier temps, puis à discuter.

Quelle discussion ? Elle n’est pas évidente ici tant que l’on place le désir sous la perpective, le point de vue de la perfection : désirer apparaît alors toujours comme une tentative de combler un manque ou au contraire de dépasser une mesure, une norme, un interdit. C’est l’idée de perfection qu’il faut interroger ici. D’où vient l’idée qu’il existerait une perfection humaine ? N’est-ce pas là l’expression d’un désir ? Ne faut-il pas alors voir la perfection, non pas comme une norme qui existe indépendamment de l’homme, mais au contraire comme une création du désir humain ? D’où la possibilité de comprendre le problème posé.

Parce qu’il est vécu comme un manque ou un trouble, le désir est pensé comme une manifestation de l’imperfection de l’homme. Pourtant, il ne saurait y avait de perfection que pour un être de désir, qui en fait son objet. De quoi alors le désir est-il la marque : des faiblesses de l’homme ou de son pouvoir créateur ? 

Ce dernier paragraphe pourrait constituer une compréhension du problème dans une dissertation. 

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Texte de Claude Bernard : la méthode expérimentale.

Claude BERNARD (1813-1878) est un célèbre physiologiste français qui a découvert la fonction glycogénique (production de sucre) du foie. Son travail scientifique s’accompagne d’une réflexion sur les sciences et la nature scientifique de la médecine. Il s’intéresse plus particulièrement à la nature de la méthode expérimentale.

L’Introduction à la médecine expérimentale(1865) est la préface d’un ensemble inachevé, les Principes de médecine expérimentale. Ce texte est tiré de la 1ère partie de l’Introduction à la médecine expérimentale.

            «Le savant qui veut embrasser l’ensemble de principes de la méthode expérimentale doit remplir deux ordres de conditions et posséder deux qualités de l’esprit qui sont indispensables pour atteindre son but et arriver à la découverte de la vérité. D’abord le savant doit avoir une idée qu’il soumet au contrôle des faits; mais en même temps il doit s’assurer que les faits qui servent de points de départ ou de contrôle à son idée, sont justes et bien établis; c’est pourquoi il doit être lui-même à la fois observateur et expérimentateur.

            l’observateur, avons-nous dit, constate purement et simplement le phénomène qu’il a sous les yeux. Il ne doit avoir d’autre souci que de se prémunir contre les erreurs d’observation qui pourraient lui faire voir incomplètement ou mal définir un phénomène. A cet effet, il met en usage tous les instruments qui pourront l’aider à rendre son observation plus complète. L’observateur doit être le photographe des phénomènes, son observation doit représenter exactement la nature. Il faut observer sans idée préconçue; l’esprit de l’observateur doit être passif, c’est-à-dire se taire; il écoute la nature et écrit sous sa dictée.

            Mais une fois le fait constaté et le phénomène bien observé, l’idée arrive, le raisonnement intervient et l’expérimentateur apparaît pour interpréter le phénomène.

            L’expérimentateur, comme nous le savons déjà, est celui qui, en vertu d’une interprétation plus ou moins probable, mais anticipée des phénomènes observés, institue l’expérience de manière que, dans l’ordre logique de ses prévisions, elle fournisse un résultat qui serve de contrôle à l’hypothèse ou à l’idée préconçue. Pour cela l’expérimentateur réfléchit, essaye, tâtonne, compare et combine pour trouver les conditions expérimentales les plus propres à atteindre le but qu’il se propose. Il faut nécessairement expérimenter avec une idée préconçue. L’esprit de l’expérimentateur doit être actif, c’est-à-dire qu’il doit interroger la nature et lui poser les questions dans tous les sens, suivant les diverses hypothèses qui lui sont suggérées.

Mais, une fois les conditions de l’expérience instituées et mises en oeuvre d’après l’idée préconçue ou la vue anticipée de l’esprit, il va, ainsi que nous l’avons déjà dit, en résulter une observation provoquée ou préméditée. Il s’en suit l’apparition de phénomènes que l’expérimentateur a déterminés, mais qu’il s’agira de constater d’abord, afin de savoir ensuite quel contrôle on pourra en tirer relativement à l’idée expérimentale qui les a fait naître.

            Or, dès le moment où le résultat de l’expérience se manifeste, l’expérimentateur se trouve en face d’une véritable observation qu’il a provoquée, et qu’il faut constater, comme toute observation, sans aucune idée préconçue. L’expérimentateur doit alors disparaître où plutôt se transformer instantanément en observateur; et ce n’est qu’après qu’il aura constaté les résultats de l’expérience absolument comme ceux d’une observation ordinaire, que son esprit reviendra pour raisonner, comparer et juger si l’hypothèse expérimentale est vérifiée ou infirmée par ces mêmes résultats.»

Claude Bernard, Introduction à la Médecine expérimentale, I, chap.6

Questions :

  1. Quelle est la thèse du texte ? Quelles sont les différentes étapes de la méthode expérimentale ? (pensez à faire un schéma).
  2. Pourquoi faut-il, selon C.BERNARD«nécessairement expérimenter avec une idée préconçue» ?

Ici, une courte vidéo qui présente le travail de Claude Bernard.

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Fiche notion : désir

A) l’étymologie

Du latin desiderium, de desiderare, regretter, se plaindre du manque de, mais aussi désirer, convoiter.

B) définition

3 caractères semblent définir de façon générale le désir. Ils sont plus ou moins mis en avant selon les penseurs, les philosophes.

  • il est une aspiration, une tendance consciente vers un objet. De ce point de vue, il se distingue du besoin qui lui est une tendance non consciente.
  • il est la manifestation d’un manque, d’une incomplétude, selon le principe, rendu célèbre par Platon, que l’on ne désire pas ce que l’on possède déjà, mais seulement ce qui nous manque (c’est l’un des aspects de la nature d’Eros ou Amour dans le Banquet, oeuvre de Platon). 
  • mais il est aussi la manifestation d’une puissance d’exister et une affirmation positive de soi, une affirmation de sa vitalité en quelque sorte. Cette conception est défendue par Spinoza.

C) Distinctions

Désir et besoin

Désir et pulsion

Désir, nature et culture

D) Rapprochements

Désir et mimésis

Désir et reconnaissance

Désir et aliénation

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