texte de Cassirer : l’univers des symboles.

Le cercle fonctionnel de l’homme ne s’est pas seulement élargi, il a également subi un changement qualitatif. L’homme a, pour ainsi dire, découvert une nouvelle méthode d’adaptation au milieu. Entre les systèmes récepteur et effecteur propres à toute espèce animale existe chez l’homme un troisième chaînon que l’on peut appeler système symbolique. Ce nouvel acquis transforme l’ensemble de la vie humaine. Comparé aux autres animaux, l’homme ne vit pas seulement dans une réalité plus vaste, il vit, pour ainsi dire, dans une nouvelle dimension de la réalité. Entre les réactions organiques et les réponses humaines existe une différence indubitable. Dans le premier cas, à un stimulus externe correspond une réponse directe et immédiate ; dans le second cas, la réponse est différée. Elle est suspendue et retardée par un processus lent et compliqué de la pensée. Le bénéfice d’un tel délai peut sembler à première vue bien contestable. « L’homme qui médite, dit Rousseau, est un animal dépravé » : outrepasser les frontières de la vie organique n’est pas pour la nature humaine perfection mais dégradation.
Il n’existe pourtant aucun remède contre ce renversement de l’ordre naturel. L’homme ne peut échapper à son propre accomplissement. Il ne peut qu’accepter les conditions de sa vie propre. Il ne vit plus dans un univers purement matériel, mais dans un univers symbolique. Le langage, le mythe, l’art, la religion sont des éléments de cet univers. Ce sont les fils différents qui tissent la toile du symbolisme, la trame enchevêtrée de l’expérience humaine. Tout progrès dans la pensée et l’expérience de l’homme complique cette toile et la renforce. L’homme ne peut plus se trouver en présence immédiate de la réalité ; il ne peut plus la voir, pour ainsi dire, face à face. La réalité matérielle semble reculer à mesure que l’activité symbolique de l’homme progresse. Loin d’avoir rapport aux choses mêmes, l’homme, d’une certaine manière, s’entretient constamment avec lui-même. Il s’est tellement entouré de formes linguistiques, d’images artistiques, de symboles mythiques, de rites religieux, qu’il ne peut rien voir ni connaître sans interposer cet élément médiateur artificiel.

Ernst CASSIRER, Essai sur l’Homme, tr. fr. N. Massa, éd. de Minuit, pp. 42-44.

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texte d’Aristote : l’homme animal politique.

« C’est pourquoi toute cité est naturelle, puisque le sont les premières communautés qui la constituent. Car elle est leur fin, et la nature est fin : car ce que chaque chose est une fois que sa genèse est complètement achevée, nous disons que c’est la nature de cette chose, ainsi pour un homme, un cheval, une famille. De plus le « ce en vue de quoi » c’est-à-dire la fin, c’est le meilleur ; et l’autarcie est à la fois la fin et le meilleur.

Nous en déduisons qu’à l’évidence la cité fait partie des choses naturelles, et que l’homme est par nature un animal politique ; si bien que celui qui vit hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé, soit un être surhumain : il est comme celui qu’Homère injurie en ces termes : « sans lignage, sans loi, sans foyer ». Car un tel homme est du même coup naturellement passionné de guerre. Il est comme une pièce isolée au jeu de tric-trac.

C’est pourquoi il est évident que l’homme est un animal politique, bien plus que n’importe quelle abeille ou n’importe quel animal grégaire. Car, nous le disons souvent, la nature ne fait rien en vain. Et seul parmi les animaux l’homme est doué de parole.

Certes la voix sert à signifier la douleur et le plaisir, et c’est pourquoi on la rencontre chez les autres animaux (car leur nature s’est hissée jusqu’à la faculté de percevoir douleur et plaisir et de se les signifier mutuellement). Mais la parole existe en vue de manifester l’utile et le nuisible, puis aussi, par voie de conséquence, le juste et l’injuste. C’est ce qui fait qu’il n’y a qu’une chose qui soit propre aux hommes et les sépare des autres animaux : la perception du bien et du mal, du juste et de l’injuste et autres notions de ce genre ; et avoir de telles notions en commun, voilà ce qui fait une famille et une cité. »

Aristote (384 av. J.-C.-322 av. J.-C.), La Politique.

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Raisonne-t-on bien quand on veut avoir raison à tout prix ?

1) brève analyse du sujet.

Il met en balance 2 expressions  : celle de « bien raisonner » et celle « d’avoir raison à tout prix ». Elles ont en commune un terme, et sans doute aussi, on peut la penser, la notion associée à ce terme : celle de raison.

Le sujet nous invite à opposer ces 2 expressions. Voyons ce qu’elle signifient :

bien raisonner : raisonner signifie utiliser sa raison, soit une faculté de relier les idées entre elles et de décider de la vérité (ou de la fausseté) des jugements. L’expression dit clairement que l’on peut bien ou mal raisonner, soit relier correctement les idées entre elles ou au contraire de façon incorrecte, soit mal raisonner. Mal raisonner implique que nos raisonnement sont faux, et avec eux les jugements qui les utilisent.

On peut se demander quelles sont les règles qui distinguent le bon du mauvais raisonnement. Il en est une qui vient rapidement à l’esprit : celle de la cohérence, de la non contradiction avec soi. Affirmer la proposition A et, dans le même moment, des propositions B, C, etc. qui impliquent le contraire de A, revient à se contredire. Voilà un mauvais raisonnement.

On peut en imaginer d’autres. Certains raisonnements sont mauvais en eux-mêmes. C’est déjà le cas du raisonnement contradictoire. Mais il y en a d’autres. Ex : mal associer un terme à sa définition. Autre ex : ne pas tirer la bonne conséquence logique d’une proposition. D’autres relèvent d’une méconnaissance des faits. On fait alors de mauvaises relations entre les idées parce que l’on fait de mauvaises relations entre les faits pensés par ces idées. Ex : ne pas associer un effet à sa cause véritable, mais à une autre, illusoire, par ex : « pierre est malade parce qu’il est brun ».

Les personnes raisonnement mal soit par ignorance ou maladresse, soit par négligence ou par intérêt. On peut refuser d’examiner la correction d’un raisonnement parce que cela remettrait en cause une idée, une opinion qui nous est chère.

avoir raison à tout prix : l’expression se divise en 2 parties.

La première, avoir raison, signifie avoir un avis qui est mieux fondé en raison que les autres, soit un avis qui a pour lui les meilleurs raisonnements, les plus convaincants. Aussi avoir raison va-t-il signifier penser le vrai (de façon rationnelle).

Mais avoir raison, au sens plus populaire de l’expression, signifie avoir le dernier mot dans une discussion, soit l’emporter. Mais cette victoire n’est pas sans ambiguïté : le silence de l’adversaire a peut-être été obtenu non par l’exposé des meilleures raisons, mais par des procédés argumentation fallacieux. Ex : ridiculiser l’adversaire pour lui faire perdre ses moyens. Autre ex : jouer sur la force des images.

Ce dernier sens est renforcé par le second terme de l’expression « à tout prix ». Le prix est le coût que l’on est prêt à payer pour obtenir une chose. Il est donc ce que l’on va céder, perdre. L’adjectif « tout » dit clairement que ce prix peut être trop élevé, excessif. On perdrait trop en voulant avoir raison. On perdrait notamment la correction des raisonnements.

On l’aura compris ; vouloir avoir raison à tout prix implique que l’on cesse de bien raisonner. Voilà une première thèse d’affirmée, et le début d’un problème.

2) le problème.

Il n’y a de problème que s’il y a une difficulté intellectuelle, soit un obstacle persistant. Qu’est-ce donc qui fait obstacle à la thèse précédente ? Une autre thèse qui affirmerait que la recherche des meilleurs raisonnements suppose une volonté de les trouver, soit une volonté d’avoir raison, le « à tout prix » venant signifier la force sans égale de cette volonté.

Clarifions : la thèse opposée serait que pour bien raisonner, il faut vouloir l’emporter dans une opposition des idées. Bien raisonner demanderait un effort consistant de recherche rationnelle de la vérité, une sorte d’obstination. Cette recherche pourrait coûter cher : temps, énergie, efforts. On défendra bien cette thèse en montrant que la réflexion est une activité qui engage tout l’être d’une personne, son caractère, ses motivations, ses intérêts, et non pas simplement une capacité impersonnelle à bien raisonner.

Nous avons donc 2 thèses et un examen possible. Reste que le sujet favorise la 1ère thèse, et cela pour la raison que nous avons indiquée plus haut : la volonté de rechercher de façon  rationnelle de la vérité trouve sa limite logique dans le cas où le prix à payer est la correction des raisonnements. Il y a là une contradiction dont on voit mal comment on pourrait la dépasser. Mais il est intéressant de l’analyser plus en détail au cours du devoir.

3) Idée d’un plan

Pour faire simple, on dira que ce sujet oppose d’un côté le souci de respecter les règles du bon raisonnement, qui est le souci de la raison elle-même, et de l’autre la volonté d’avoir raison, cad de posséder de l’emporter sur autrui dans le cadre d’une opposition de raisons. Souci de correction de la pensée contre intérêt pour la victoire de sa pensée.

– une 1ère partie peut chercher à lier ces 2 tendances : on cherche alors à montrer que le souci de bien raisonner implique un intérêt pour le fait d’avoir raison. Il faut en quelque sorte être animé d’une volonté de l’emporter pour élaborer les meilleurs raisonnements. L’action de bien raisonner est entreprise quand on poursuit un but : avoir raison. L’absence de volonté de l’emporter serait à l’inverse la marque d’une fragilité des raisonnements.

Idée 1  : on ne raisonne pas pour rien, mais pour avoir raison.

Idée 2 : le meilleur moyen d’avoir raison est de bien raisonner.

Idée 3 : bien raisonner a un prix. Il faut être prêt à le payer.

– une 2ième partie va au contraire chercher à opposer ces tendances. Le fait de vouloir avoir raison sera alors la cause d’un usage incorrect du raisonnement, de façon volontaire ou involontaire.

Idée 1 : le souci de l’emporter dans une discussion conduit à négliger les règles du bon raisonnement. Il conduit même à utiliser des raisonnements fallacieux.

Idée 2 : le prix est alors très lourd. C’est le prix théorique d’avoir mal raisonné, et donc de ne pas avoir raison. C’est aussi le prix social, moral de ne pas tenir compte des meilleurs arguments avancés pas autrui.

Idée 3 : Réduire la réflexion rationnelle à une volonté d’avoir raison est réducteur. la complexité des problèmes est telle qu’une explication, un point de vue rationnel ne suffit pas. L’enjeu n’est plus alors d’avoir raison et de donner tort aux autres, mais de faire entendre les différentes raisons et raisonnements qui permettent d’appréhender la complexité du réel.

– une 3ième partie peut rejouer cette opposition mais dans un contexte différent : celui de la politique et des débats démocratiques. Que faire par ex, devant un adversaire qui ne respecte pas les règles du bon raisonnement ? Faut-il adopter sa stratégie ? S’en démarquer ? La question ici est posée d’un point de vue à la fois moral et d’efficacité politique.

Idée 1 : les mauvais raisonnements peuvent paradoxalement avoir une grande force et faire élire un homme.

Idée 2 : dans le domaine politique, la raison ne suffit pas. Il faut la force et la ruse pour avoir raison. C’est là une bonne raison de raisonner de façon trompeuse.

Idée 3 : mais n’est-ce pas là une illusion ? Se donner de bonnes raisons de duper tout le monde par ses raisonnements, n’est-ce pas de façon plus triviale, défendre ses seuls intérêts, attitude qui d’ordinaire ne demande pas beaucoup de raisonnement ?

Ex. d’introduction

Une entreprise de produits chimiques raisonne-t-elle bien quand elle défend, à coups d’articles qu’elle prétend scientifiques, l’utilité et l’innocuité d’un produit qui lui assure de substantiels revenus ?

Raisonner signifie faire des raisonnements, soit des liens entre des idées. On raisonne bien quand ces raisonnements observent certaines règles, quand par ex. ils ne sont pas contradictoires. Avoir raison signifie vouloir à l’aide des meilleures raisons l’emporter dans une controverse. Cette victoire a un prix, qui est ici un coût.

On ne saurait bien raisonner sans le vouloir, cad sans vouloir avoir raison. La correction d’une réflexion exige des efforts, de la rigueur, un intérêt pour la démarche rationnelle et la vérité qui est son terme. Celui qui veut bien raisonner doit donc payer un certain prix. Faut-il pour autant accepter n’importe quel coût ? Car vouloir avoir raison peut paradoxalement conduire à mal raisonner. Le désir de l’emporter dans la discussion nuit alors à la correction des raisonnements.

Dans quelle mesure la volonté d’avoir raison est-elle nécessaire à l’usage correct de la raison ? Quel est à l’inverse le prix excessif que cette volonté nous coûte ? Faut-il pour autant s’interdire de le payer quelquefois quand, à l’époque des « fake news » le raisonnement ne suffit plus ?

 

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texte de W.James : « La vérité vit à crédit, la plupart du temps ».

« Prenons, par exemple, cet objet, là-bas, sur le mur. Pour vous et pour moi, c’est une horloge et pourtant aucun de nous n’a vu le mécanisme caché qui fait que c’est bien une horloge. Nous acceptons cette idée comme vraie, sans rien faire pour la vérifier. Si la vérité est essentiellement un processus de vérification, ne devrions-nous pas regarder comme nées avant terme des vérités non vérifiées comme celle-ci ? Non, car elles forment l’écrasante majorité des vérités qui nous font vivre. Tout « passe », tout compte également, en fait de vérification, qu’elle soit directe ou qu’elle ne soit qu’indirecte. Que le témoignage des circonstances soit suffisant, et nous marchons sans avoir besoin du témoignage de nos yeux. Quoique n’ayant jamais vu le Japon, nous admettons tous qu’il existe, parce que cela nous réussit d’y croire, tout ce que nous savons se mettant d’accord avec cette croyance, sans que rien se jette à la traverse ; de même, nous admettons que l’objet en question est une horloge. Nous nous en servons comme d’une horloge, puisque nous réglons sur lui la durée de cette Leçon. Dire que notre croyance est vérifiée, c’est dire, ici, qu’elle ne nous conduit à aucune déception, à rien qui nous donne un démenti. Que l’existence des rouages, des poids et du pendule soit vérifiable, c’est comme si elle était vérifiée. Pour un cas où le processus de la vérité va jusqu’au bout, il y en a un million dans notre vie où ce processus ne fonctionne qu’ainsi, à l’état naissant. Il nous oriente vers ce qui serait une vérification ; nous mène dans ce qui est l’entourage de l’objet ; alors, si tout concorde parfaitement, nous sommes tellement certains de pouvoir vérifier, que nous nous en dispensons ; et les événements, d’ordinaire, nous donnent complètement raison.

En fait, la vérité vit à crédit, la plupart du temps. Nos pensées et nos croyances « passent » comme monnaie ayant cours, tant que rien ne les fait refuser, exactement comme les billets de banque tant que personne ne les refuse. Mais tout ceci sous-entend des vérifications, expressément faites quelque part, des confrontations directes avec les faits – sans quoi tout notre édifice de vérités s’écroule, comme s’écroulerait un système financier à la base duquel manquerait toute réserve métallique. »

William James, Le Pragmatisme,1907, traduction de E. Le Brun, Flammarion, p. 147-148.

 

« Take, for instance, yonder object on the wall. You and I consider it to be a ‘clock,’ altho no one of us has seen the hidden works that make it one. We let our notion pass for true without attempting to verify. If truths mean verification-process essentially, ought we then to call such unverified truths as this abortive? No, for they form the overwhelmingly large number of the truths we live by. Indirect as well as direct verifications pass muster. Where circumstantial evidence is sufficient, we can go without eye-witnessing. Just as we here assume Japan to exist without ever having been there, because it works to do so, everything we know conspiring with the belief, and nothing interfering, so we assume that thing to be a clock. We use it as a clock, regulating the length of our lecture by it. The verification of the assumption here means its leading to no frustration or contradiction. Verifiability of wheels and weights and pendulum is as good as verification. For one truth-process completed there are a million in our lives that function in this state of nascency. They turn us towards direct verification; lead us into the surroundings of the objects they envisage; and then, if everything runs on harmoniously, we are so sure that verification is possible that we omit it, and are usually justified by all that happens.

Truth lives, in fact, for the most part on a credit system. Our thoughts and beliefs ‘pass,’ so long as nothing challenges them, just as bank-notes pass so long as nobody refuses them. But this all points to direct face-to-face verifications somewhere, without which the fabric of truth collapses like a financial system with no cash-basis whatever. »

William James, Pragmatism: A new name for some old ways of thinking, 1907, Lecture VI, New York: Longman Green and Co, pp. 80-81, in Pragmatism and The meaning of truth, Harvard University Press, 2000, pp. 99-100.

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Bibliographie sur la ville

Ouvrages généraux :

Olivier Mongin, La condition urbaine (Seuil, Points Essais). Du même auteur : La ville des flux (Fayard). Voir aussi, ce dialogue : La condition urbaine (Olivier Mongin)

Paul Blanquart, Une histoire de la ville (La Découverte, Poche)

Alain Cambier, Qu’est-ce qu’une ville ? (Vrin, Chemins philosophiques)
Du même auteur, cet article : http://www.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques-2009-2-page-9.htm (d’autres articles dans cette revue, par d’autres auteurs. Cliquez sur l’image de la revue)

Claude Chaline, Les politiques de la ville (PUF, Que sais-je ?)

La revue Esprit (mars-avril 2004) : « La ville à trois vitesses » 

Jacques Donzelot, Quand la ville se défait. Quelle politique face à la crise des banlieues ? Points, coll. « Points Essais », 2008, 185 p. pastedGraphic.png

Jean-Marc Stébé, Hervé Marchal, Sociologie urbaine, Armand Colin, coll .Cursus, 2010. (Un manuel d’accompagnement)

Sociologie des villes de Yankel Fijalkow

En littérature :

« Tableaux Parisiens » in Les Fleurs du Mal de C. Baudelaire 2

Livre Second de L’utopie de T. More (le thème de l’utopie permet d’aborder aussi celui des radicalités)

Métropolis, film de F. Lang.

Lost in translation de S.Coppola

E. Zola, Le ventre de Paris

J. C. Izzo, La trilogie marseillaise

Paul Auster, Trilogie new yorkaise – Mc Liam Wilson, Eureka street

Laurent Gaudé, Ouragan

Silverberg, Les monades urbaines – G. Orwell, 1984

Cinéma : 

Blade Runner de R. Scott

Aurore de Murnau

Rafah, chroniques d’une ville dans la bande de Gaza de Alexis Monchovet et Stéphane Marchetti (documentaire)

Brasilia, contradictions d’une ville nouvelle, documentaire de Joachim Pedro de Andrade

Radio :

Emission villes-Mondes en podcast sur France Culture

Des conférences sur la ville sur le site France Culture

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Bibliographie sur les radicalités

a) Sur les radicalités

Ouvrages philosophiques, politiques :

Montesquieu, De l’esprit des lois, L. XXIX, Ch. XVI, XVII, XVIII.

Kant : Métaphysique des mœurs : Doctrine du droit, § 49, A

Tocqueville : L’ancien régime et la révolution, Avant-propos, L. I, ch. III, L. III, ch. III.

Hannah Arendt : De la révolution, introduction, chapitre : le sens de la révolution et pp 27- 85. Folio Essais.

Raymond Aron, Démocratie et totalitarisme, IIIème partie, ch. XIV, XV, XVIII

Raynaud Philippe, L’extrême gauche plurielle. Entre démocratie radicale et révolution, Paris, Autrement, 2006.

Daniel Bensaïd : Conférence à Oxford : Y a-t-il une nouvelle radicalité en philosophie politique ? (internet)

Jean-Michel Muglioni : Quelques réflexions sur le fanatisme.( Internet)

Razmig Keucheyan : Qu’est-ce qu’une pensée radicale ? Aspects du radicalisme épistémique (Internet)

Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès

Jaurès : Discours des deux méthodes, 29 novembre 1900 (Discours de Jaurès et de Guesde)

Jacques Julliard : Les gauches françaises, 1762-2012, pp. 131-218 ; 499- 663.

Article « réformisme », Encyclopédie Universalis

Dictionnaire de la culture juridique, dir. Denis Alland et Stéphane Rials, aux PUF: article Révolution


Frédéric Bluche, Stéphane Rials, Jean Tulard, La révolution française, PUF, Que sais je ? pp. 107-118.

Chantal Mouffe, L’illusion du consensus, Albin Michel
Observatoire des mouvements de la société : Radicalité et idéal, septembre 2012

Gérald Bronner, La pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques, PUF, 2016.

Michel Fize, Radicalisation de la jeunesse. La montée des extrêmes, Eyrolles, coll. Essais, 2016

 

Littérature, Théâtre :

Antigone, tragédie de Sophocle
Les JustesCaligula, pièces de théâtre d’A. Camus

Djihad, pièce de théâtre d’I. Saidi
Night moves, film de Kelly Reichardt

Dom Juan, Le Misanthrope de Molière

L’étranger, de Camus
L’armée des ombres de J.Kessel

2084 de B.Sansal

La condition humaine de A. Malraux

L’attentat de Y. Khadra

Cinéma : 

Timbuktu d’Abderrahmane Sissako,
L’armée des ombres de J. P. Melville
Engrenages, les jeunes face à l’islam radical, un documentaire de Clarisse Féletin

Radios :
« De la radicalisation au djihadisme : chronique d’un fiasco républicain » en podcast sur France Culture
« Les nouveaux territoires de la radicalité » dans l’émission La Grande Table sur France Culture
Radicalité avec Marie-José Mondzain émission en podcast sur France inter

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Texte de M.Foucault : « la vie, c’est ce qui est capable d’erreur ».

« À la limite, la vie, c’est ce qui est capable d’erreur. Et c’est peut-être à cette donnée ou plutôt à cette éventualité fondamentale qu’il faut demander compte du fait que la question de I’anomalie traverse de part en part toute la biologie. À elle aussi qu’il faut demander compte des mutations et des processus évolutifs qu’elle induit. À elle qu’il faut demander compte de cette mutation singulière, de cette « erreur héréditaire », qui fait que la vie a abouti avec I’homme à un vivant qui ne se trouve jamais tout à fait à sa place, à un vivant voué à « errer » et destiné finalement a I’« erreur ». Et si on admet que le concept, c’est la réponse que la vie elle-même donne à cet aléa, il faut convenir que I’erreur est à la racine de ce qui fait la pensée humaine et son histoire. L’opposition du vrai et du faux, les valeurs qu’on prête à l’un et à I’autre, les effets de pouvoir que les différentes sociétés et les différentes institutions lient à ce partage, tout cela même n’est peut-être que la réponse la plus tardive à cette possibilité d’erreur intrinsèque(1) à la vie. Si I’histoire des sciences est discontinue, c’est-à-dire si on ne peut l’analyser que comme une série de « corrections », comme une distribution nouvelle du vrai et du faux qui ne libère jamais enfin et pour toujours la vérité, c’est que, là encore, l’« erreur » constitue non pas I’oubli ou le retard d’une vérité, mais la dimension propre à la vie des hommes et au temps de l’espèce. »

FOUCAULT, Dits et Écrits (1978)

1: Intrinsèque : qui provient de la vie elle-même.

Ce sujet a été donné au bac 2017 de la série S. Et disons-le tout de suite, il est assez difficile.

Simple lecture ou compréhension du texte :

Le thème de l’erreur est important. A noter, il est présent sous 2 dimensions :

– celle classique de la fausseté; commettre une erreur, c’est affirmer ce qui est faux, le thème est alors la vérité.

– celle du mouvement, de l’errance : errer, c’est aller sans but, au hasard, sans poursuivre de fin précise. Mais l’errance ici est reliée aux idées de mutation et d’évolution, soit les changements propres au vivant et à la création des espèces (cf. l’évolution du vivant selon Darwin, qui ne suit pas une finalité donnée). Le thème est alors celui du vivant.

Errer pour le vivant, ce n’est pas être perdu, mais plutôt tracer un nouveau chemin, créer une nouvelle espèce. C’est l’idée de création qui est mise en valeur ici, et la puissance, la vitalité qui lui sont associées. Cf la 1ère phrase : « la vie, c’est ce qui est capable d’erreur », ce qui a la puissance de créer du nouveau.

Différents moments du texte :

– les 7 premières lignes du texte s’intéressent à l’erreur en tant que puissance propre au vivant. Il y est question des anomalies, des mutations, de l’évolution des êtres vivants, en particulier, à la fin, de celle qui est à l’origine de l’espèce humaine. L’homme est une « mutation singulière » car il est à la fois le fruit de l’évolution du vivant, mais aussi un être « voué à « errer » et destiné finalement à l' »erreur » ». Ici commence une analogie entre l’évolution du vivant et celle de la pensée, des idées qui va être l’objet de la suite du texte.

– l’homme crée des concepts. Les concepts sont pensés ici de 2 façons :
a) comme des repères inventés par l’homme pour vivre, se maintenir en vie; d’où l’affirmation que le concept est la réponse que la vie donne à l’errance de l’homme. Les concepts ont pour but d’aider l’homme à penser le monde et par ce moyen de limiter son « errance »,  soit son ignorance et sa faiblesse.

b) par analogie avec le vivant, les concepts sont des créations de la pensée, qui s’imposent plus ou moins à une époque donnée comme la vérité, de la même façon qu’une espèce en supplante une homme au cours du processus de sélection naturelle.

Pour ces 2 raisons, on peut dire que « l’erreur est donc à la racine de la pensée humaine », sa puissance et sa créativité.

Une conséquence importante de cette conception est que la vérité, la distinction vrai/faux n’a pas de sens absolu, en soi. Elle n’est pas adéquation d’une proposition à la réalité. Elle est seulement l’expression temporelle, historique – donc changeante- de l’évolution des pensées. Est vraie la pensée qui est la mieux adaptée à une époque donnée, comme survit une espèce qui est la mieux adaptée à son environnement.

– la dernière partie du texte défend cette conception discontinuité de la vérité. A noter : l’erreur n’est pas « l’oubli » ni « le retard d’une vérité ». Il n’y a pas de vérité établie que la pensée humaine découvrirait enfin (oubli) ou dont elle s’approcherait progressivement (retard, idée de progression temporelle). Il n’y a pas de vérité en soi. Il n’y a que des pensées qui s’imposent comme les mieux adaptées à un moment donné. On trouve là une conception pragmatique de la vérité.

Le problème : c’est plutôt celui de la vérité que du vivant. Ce qui est discuté ici, remis en cause : la conception qu’il existerait un vrai en soi.

pour une explication de ce texte : http://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/dits-et-ecrits-foucault-1978-24452

Le texte dont est issu l’extrait est ici : http://1libertaire.free.fr/MFoucault237.html

 

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Texte de Hobbes : ce qu’est la liberté politique.

« Étant donné […] qu’il n’existe pas au monde de République où l’on ait établi suffisamment de règles pour présider à toutes les actions et paroles des hommes (car cela serait impossible), il s’ensuit nécessairement que, dans tous les domaines d’activité que les lois ont passés sous silence, les gens ont la liberté de faire ce que leur propre raison leur indique comme leur étant le plus profitable. Car si nous prenons la liberté au sens propre de liberté corporelle, c’est-à-dire de ne pas être enchaîné ni emprisonné, il serait tout à fait absurde, de la part des hommes, de crier comme ils le font cette liberté dont ils jouissent si manifestement. D’autre part, si nous entendons par liberté le fait d’être soustrait aux lois, il n’est pas moins absurde de la part des hommes de réclamer comme ils le font cette liberté qui permettrait à tous les autres hommes de se rendre maîtres de leurs vies. Et cependant, aussi absurde que ce soit, c’est bien ce qu’ils réclament ; ne sachant pas que leurs lois sont sans pouvoir pour les protéger s’il n’est pas un glaive entre les mains d’un homme (ou de plusieurs) pour faire exécuter ces lois. La liberté des sujets ne réside par conséquent que dans les choses que le souverain, en réglementant les actions des hommes, a passées sous silence, par exemple la liberté d’acheter, de vendre, et de conclure d’autres contrats les uns avec les autres, de choisir leur résidence, leur genre de nourriture, leur métier, d’éduquer leurs enfants comme ils le jugent convenable et ainsi de suite ».

HOBBES, Léviathan (1651)

Ce texte a été donné au bac 2017 en terminale ES.

Première lecture :

– on remarque l’importance prise par la notion de liberté et secondairement celle de loi.

– Attention à l’expression : « être soustrait aux lois » qui signifie « ne pas être soumis aux lois ».

– compréhension phrase par phrase (simple paraphrase) :

Hobbes commence par affirmer que compte tenu que les lois ne peuvent pas tout régir (c’est une impossibilité de fait), la conséquence est que ce qu’elles n’interdisent pas est autorisé. La liberté est donc dans ce silence des lois. Hobbes précise tout de même que les gens suivent leur raison et font ce qui leur est profitable.

Puis il réfute par l’absurde la thèse que la liberté consisterait dans la possibilité corporelle de se mouvoir, puisque celle-ci est déjà donnée. L’absurdité ici consiste à réclamer qque chose (une liberté corporelle) que l’on a déjà. Comprenons : réclamer la liberté, c’est réclamer autre chose que la liberté corporelle, qque chose de plus qu’elle.

Il continue par une seconde réfutation par l’absurde, celle que la liberté consisterait à ne pas être soumis aux lois. L’absurdité ici consiste dans le fait que l’absence de pouvoir des lois entraîne que les actions des hommes ne sont plus empêchées, ce qui a pour conséquence que chacun peut se rendre maître de la vie d’un autre. C’est l’idée d’un « état de nature » qui pour Hobbes équivaut à un état de guerre civile, de tous contre tous. Il est absurde d’affirmer que c’est un état libre de l’homme, puisque faute de sécurité, il n’y a plus de liberté.

Par la suite, Hobbes affirme contient le pouvoir exécutif (le glaive) d’un Etat est nécessaire pour la sécurité et donc la liberté, ce pouvoir exécutif étant soumis aux lois (ce n’est pas une violence arbitraire).

Enfin, le texte se termine par une reprise de la définition de la liberté politique : elle consiste en tout ce que les lois autorisent, cad ce qu’elles n’interdisent pas, ce sur quoi elles se taisent. Des exemples sont donnés : achat/vente, résidence, régime alimentaire, choix d’une profession, éducation des enfants, etc.

Mise en valeur du problème et de l’intérêt du texte. 

On voit clairement que le problème du texte est celui de la compréhension de ce qu’est la liberté. Ce qu’elle n’est pas, et que Hobbes réfute : la simple mobilité du corps, sans les lois; des lois sans force pour être appliquées. Ce qu’elle est : le silence des lois pourrait-on dire de façon imagée, soit l’ensemble des conduites qu’elles n’interdisent pas, voire dont elles ne s’occupent pas. Intérêt ici : on voit que les hommes n’ont pas intérêt à avoir des lois sur toute chose, car cela réduit leur liberté d’autant. Il s’agit donc pour être libre de ne pas avoir trop de lois, mais au moins celles qui assurent la sécurité de tous.

On peut donc dire de ce texte qu’il est à la fois une défendre d’un Etat fort, capable d’assurer la sécurité, mais aussi d’un Etat limité quant aux domaines d’actions soumis aux lois. Il est donc de ce point de vue un texte libéral : limitation de l’autorité de l’Etat afin d’assurer la liberté politique des hommes.

Le mouvement du texte : 3 moments se dégagent assez bien, mais ils ne sont pas forcément équilibrés.

– les 5 premières lignes: définition de la liberté politique selon Hobbes.

– de la ligne 5 à la ligne 14 : 2 réfutation successives de mauvaises conceptions de la liberté. On s’attardera sur la 2nde qui est en fait la réfutation d’une conception très populaire de la liberté, celle de faire ce que l’on veut sans être soumis par aucun règlement ni contrainte.

– de la ligne 24 à la fin : reprise de la définition de la liberté politique, avec des exemples.

Un corrigé possible ici : http://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/leviathan-hobbes-1651-24434

 

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Problème : une oeuvre d’art est-elle nécessairement belle ?

Ce sujet a été donne en série ES au Bac 2017.

Avertissement : les sujets sur l’art sont attirants comme le sont les arts eux-mêmes. Mais ils sont un peu délicats à traiter parce qu’ils cristallisent les passions : chacun se croit volontiers autorisé à dire ce que l’art, et ce qu’il n’est pas, et s’offusque de ce que les autres ne pensent pas comme lui ! Gare aux réactions passionnelles donc !

Par ailleurs, la culture et les références des candidats sur l’art ne sont pas toujours ce que l’on pourrait attendre. Par ex, nombre d’élèves dans leur devoir se limitent à parler de la peinture et d’oeuvres picturales classiques qu’ils ne connaissent pas toujours très bien. Cela est étrange parce qu’il leur est tout à fait possible de faire référence à d’autres pratiques artistiques et à des oeuvres qu’ils connaissent mieux : celles de la littérature par ex, et les oeuvres étudiées en 1ère.

Pour aborder ce sujet, il convient donc d’accepter que de fait un certain nombre de pratiques soient considérées comme des arts, et un certain nombre d’objets comme  des oeuvres d’art. C’est là pourrait-on dire un fait historique, social, celui de l’usage de ces mots « art », « oeuvre d’art ». Après, libre à chacun, sur la base d’une argumentation précise de prendre ses distances par rapport aux usages.

Revenons au sujet. Une oeuvre d’art est-elle nécessairement belle ? On voit d’emblée que le sujet porte sur la notion d’oeuvre d’art -qui n’est pas celle de l’art- et qu’elle est associée à celle de beauté. Très vite, on remarque le terme « nécessairement » qui radicalise la question : il ne s’agit plus de savoir si une oeuvre peut être belle, mais si elle doit l’être, si la beauté est une de ses propriétés essentielles, ce sans quoi elle n’est pas une oeuvre d’art.

La forme de la question.

Le sujet invite le candidat à examiner dans un premier temps la ou les raisons pour lesquelles une oeuvre d’art est dite belle et devrait toujours l’être. On devine alors que dans un second temps, cette conception de l’oeuvre va être contestée. Voilà pour la forme. Reste à alimenter la réflexion sur le fond, et à essayer de comprendre les raisons qui s’opposent et font problème

– En quel sens une oeuvre d’art est-elle nécessairement belle :

Partons de ce qu’est une oeuvre d’art. D’ordinaire, on la distingue des autres objets créés par l’homme en ce que son apparence sensible est essentielle, là où elle est secondaire pour un autre objet. Cela ne veut pas dire que l’apparence d’un meuble, d’un vêtement soient sans importance, mais elle n’est là que pour embellir un objet qui en lui-même a une utilité autre: celle du meuble est de ranger, porter, celle du vêtement d’habiller. L’embellissement de ces objets a seulement pour but de les rendre plaisants, attractifs. L’oeuvre d’art elle, n’a pas d’autre utilité que celle d’être perçue. Son apparence sensible est donc essentielle.

Mais en quoi consiste cette utilité d’être perçue ? C’est celle de plaire, de causer un plaisir en touchant nos sens et par ce biais notre esprit. Une oeuvre d’art s’adresse à nos sens : la vue, l’ouïe principalement. Elle est constituée de telle façon que les sons, les couleurs, les mouvements, etc. que l’on perçoit d’elle nous plaisent. Sa composition n’est donc pas livrée au hasard mais obéit à un certain ordre, que l’on peut qualifier d’harmonieux : un ordre plaisant. Ce plaisir est le sentiment de beauté. En ce sens, une oeuvre d’art est conçue pour être belle, pour plaire par le seul jeu des formes, des couleurs, des sons, des mouvements, etc. qu’elle manifeste de façon sensible.

– en quel sens néanmoins la beauté n’est pas une propriété essentielle de l’oeuvre d’art :

Une première difficulté vient de ce qu’il n’est pas aisé de définir et donc d’établir la beauté d’une oeuvre. Il y a non seulement des goûts différents d’un point de vue individuel, mais des conceptions différentes du beau selon les cultures et les époques.

Une seconde difficulté est que la notion de beauté ne rend pas bien compte de la diversité des oeuvres d’art et des usages de l’art. Une oeuvre d’art ne fait pas que plaire par sa beauté : elle peut aussi émouvoir, faire rire, choquer, interpeller un public. Elle s’adresse aussi à l’esprit humain, à sa compréhension du monde et de l’existence à travers des formes sensibles. Elle s’adresse à la fois aux sens, à l’imaginaire et à l’intelligence : elle fait sentir, agir, penser. Aussi la notion de beauté peut-elle être jugée réductrice pour la définir.

 

Une correction possible de ce sujet : http://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/une-oeuvre-dart-est-elle-necessairement-belle-24435

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Problématiser : Peut-on se libérer de sa culture ?

Ce sujet a été donné en série S en juin 2017. Nous allons essayer de voir quel problème il pose.

Rappels :

– la question du sujet n’est pas encore un problème. Elle est une simple demande dont on ne comprend pas encore le sens, la nécessité et l’intérêt.

– un problème est une difficulté persistante. Dans le cas d’un travail de réflexion, il s’agit d’une difficulté de compréhension. Cela signifie que l’on doit répondre à la question suivante : pourquoi l’idée de se libérer de sa culture nous met-elle devant une difficulté ?

la forme de la question

La forme de la question est une aide ici.

Le terme introducteur « Peut-on » détermine 2 réponses possibles : oui ou non. On devine alors que le problème va consister dans le fait que l’on a à la fois de bonnes raisons de répondre oui mais aussi de répondre non à la question. Apparaît la difficulté. C’est elle que le travail de réflexion doit essayer de clarifier puis de résoudre de façon progressive.

Le possessif « sa » culture indique que le sujet présuppose un lien d’appartenance de l’individu à une culture parmi d’autres. Le mot désigne alors l’ensemble des pratiques, croyances, valeurs, etc. communes à un groupe donné (et pas un autre). Quelle est la nature de ce lien d’appartenance ? En quel sens peut-on dire qu’il est privatif de liberté ? Cela ne va pas de soi et mérite d’être précisé. Voilà un premier élément du problème, et vraisemblablement, une première partie du devoir.

Supposons ce travail fait. Demandons-nous maintenant quelles sont les raisons qui font que l’on peut vouloir se libérer de sa culture, et surtout les moyens que l’on peut mobiliser. C’est cela que le verbe « se libérer » indique : la liberté n’est pas donnée, elle est une conquête. Suffit-il par ex. de s’éloigner, de se couper de son groupe d’appartenance culturelle ? Se libérer implique-t-il de renoncer, rejeter ? Quel effort de pensée surtout cela demande-t-il ? Comment nourrir la critique, informée de sa propre culture ?  Voilà un deuxième travail à réaliser, et un deuxième partie du devoir.

A ce stade, en nous appuyant seulement sur la lecture du sujet, nous voyons apparaître 2 parties qui s’opposent : la 1ère explique en quel sens nous sommes liés à une culture, la 2nde essaie de penser comment nous pouvons ne pas lui être soumise.

Nous commençons alors à mieux comprendre le problème posé : c’est celui du lien individuel à notre culture. Le fait est que les hommes ne se développent pas de façon seulement naturelle. Ils vivent en société, au sein de différents groupes humains comme la famille, la ville ou le village, la communauté religieuse, le groupe social, la nation, etc. Dès l’enfance, par le biais de l’éducation et de la socialisation, il leur est transmis un certain nombre de pratiques, de croyances, de connaissances, de valeurs, de modes de vie. A terme, cela détermine leur comportement, leur manière de penser, d’agir, de vivre.

Cela a manifestement des aspects positifs puisque par ce biais, les hommes développent leur humanité au delà de la simple animalité. Mais on peut voir aussi dans ce lien d’appartenance à une culture un aspect négatif, celui de la limite, voire celui de la contrainte.

L’acquisition d’une culture n’est pas en effet un processus librement choisi par l’individu mais imposé – certes pour son bien- par son groupe. Quelle liberté critique, en particulier quelle liberté de pensée un individu a-t-il par rapport à sa propre culture ? Il existe en effet différentes façons pour les hommes de vivre, de penser, de croire, d’agir, d’aimer. Pourquoi un individu serait-il restreint à celles de sa culture native ? Ne peut-il, ne doit-il pas même chercher à s’en émanciper ? Et n’est-ce pas d’ailleurs un des buts de la philosophie de permettre cette émancipation, qui n’est pas un rejet de sa culture, mais une façon de ne pas en dépendre ? Cela ne doit-il pas devenir un but même de l’éducation ?

les termes de la question

Il est nécessaire de toujours préciser le sens des termes employés et donc d’en faire l’analyse. Ce travail doit être minutieux, précis. Attention néanmoins : l’analyse est au service de la compréhension du problème, elle n’est pas une fin en soi. Il ne s’agit de composer des définitions de dictionnaire.

2 notions importantes ici : celle de culture et celle de liberté, plus exactement celle de libération.

– La culture ici désigne en priorité l’ensemble des pratiques, croyances, connaissances, valeurs,  modes de vie, etc transmis par l’éducation et la socialisation. De ce point de vue la culture est lié aux traditions, aux usages, moeurs, coutumes, etc qui ont cours dans un groupe donné.
Cette culture, qui est profondément sociale, existe aussi en chacun d’entre nous. Chaque membre d’un groupe est porteur en lui-même de la culture de ce groupe. C’est « sa culture ».

Le terme de culture a aussi de façon plus générale le sens de transformation sous l’action de l’homme : c’est par ex. la culture de la terre, l’agriculture. De la même façon, un homme est transformé, changé sous l’action de la culture. Son état primitif, animal, est modifié, et il développe des capacités proprement humaines : celles du langage par ex. mais aussi des capacités techniques, des croyances religieuses, des connaissances du monde, des pratiques sociales, etc.

Le mot culture a enfin un autre sens : celui de connaissances. On parle ainsi d’un homme cultivé. C’est là un sens plus spécifique, qui est moins pertinent pour ce sujet, mais qui peut être en compte, à l’occasion d’une argumentation précise. Reste alors à préciser que l’on donne ce sens au mot culture.

– la notion de liberté est largement débattue en philosophie. Reste que l’on peut en donner 2 significations simples.

la première est la liberté d’action, celle des corps : la liberté de se mouvoir par ex. Un homme est libre lorsqu’il peut faire un usage non contraint, non forcé de son corps.

La seconde et la liberté de la volonté. Elle est plus complexe car elle ne se voit pas. Une personne est libre quand elle veut quelque chose sans être limitée, contrainte dans son choix (dans l’acte de choisir, et non pas dans sa réalisation).

Par ex, une personne qui se décide pour une action en fonction d’un mensonge qu’on lui a fait, n’est pas libre, car sa volonté est limitée par l’ignorance dans laquelle elle est du mensonge. De façon générale, une personne ignorante ou dans l’illusion ne veut pas librement, et donc n’est pas libre, même si elle croit l’être.

Ici, il est question de libération. Cela signifie comme nous l’avons vu plus haut, que la liberté est obtenue suite à un effort qui a consisté à supprimer les limites et les contraintes.

Pour un corrigé possible de ce sujet, cf ces liens :

http://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/peut-on-se-liberer-de-sa-culture-24438

http://hansenlove.over-blog.com/2017/06/peut-on-se-liberer-de-sa-culture-sujet-s-quelques-pistes.html

 

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